3. Limite et no-limit : implications d’une dissolution

3. Limite et no-limit : implications d’une dissolution

Dans un premier temps (cf. 1. Le transfert en formation), nous avions évoqué les débordements verbaux dont le dépositaire de l’autorité, fût-elle temporaire, réelle ou symbolique, peut se voir projeter. Nous avions analysé, à cette occasion, en quoi ces débordements, ces quasi-incivilités, sur le fond ou sur la forme, recélaient des modalités propres au transfert et au contre-transfert.
Dans un deuxième temps (cf. 2. Entre transfert et morale : la question des limites), nous étions passé de cette analyse du phénomène transférentiel, en situant en cette occasion la question du cadre, représentant certaines limites nécessaires à la sauvegarde – quasi architecturale – des personnes et de leur relation, au bien-fondé d’une Loi symbolique, prémisse d’une éthique civilisatrice.

A présent,  il nous faut élargir et faire la synthèse, dans un troisième temps, de ces modalités relationnelles, afin d’en extraire des généralités qui nous éclairerons sur la question, tout à fait d’actualité, de la responsabilité des personnes.

Un grand nombre de questions sociétales se posent et trouvent prétendument leur résolution dans le filtre de l’action de certains hauts fonctionnaires qui développent des lois censées répondre aux difficultés. Disons-le tout net, la résolution de ces problématiques à l’aune de dogmes issus d’un collectivisme soi-disant démocratique est un leurre qui ne peut guère nous aider dans la pensée des questions qui conditionnent notre relation, éminemment individuelle, au monde et à l’autre.
En effet, il est inexact de considérer que les dysfonctionnements sociétaux ne trouvent une issue que dans la prise en compte de dysfonctionnements sociaux. Si cela se fait malgré tout ainsi, c’est au bénéfice des plus privilégiés, en l’espèce certains responsables de l’administration et leurs réseaux journalistiques et artistiques.
Car, par exemple, comment peut-on considérer sans être malhonnête que le geste du « jeune » qui dépouille un cadavre, ou qui tente de tuer un pompier à coup de boule de pétanque n’est que la conséquence de sa misère professionnelle en son statut de sans-emploi, lui-même dû à sa situation d’« issu de l’immigration » ?

Il s’agit bien de cela : dans quelle mesure et, surtout, jusqu’à quel point peut-on (certains politiciens, certains hauts fonctionnaires, privilégiés de notre système politique encore sur ce point féodal), dénier aux individus la possibilité d’être responsables de leurs actes, c’est-à-dire de bénéficier, pour la construction de leur propre vie, de limites, seules garantes de l’intégrité des personnes ?

Pourquoi une telle question, me direz-vous ? Mais parce que certains législateurs qualifiés dont je parlais à l’instant, sans en comprendre les enjeux ou pour le maintien de leurs privilèges matériels ou moraux d’une « bien-pensance » politique, obéissent aux lobbies de toutes obédiences et de toutes déviances pour des raisons électives (si ce n’est électorales), font reculer sans cesse les limites : limites du sexuel (mariage pour tous imposé aux enfants, lavage anti-oedipien par les théoriciens du genre, suppression de la nomination parentale – l’atroce parent 1 et 2 -), limites du corporel (salles de shoot, haschich toléré, admission des maladies volontaires), limites de l’histoire (pans entiers de la civilisation réduits au silence, conduite du repentir, négationnisme), limites de la relation (violence néo féministe, escroquerie antiraciste,  impunité des racailles), limites de la Loi symbolique (silence vis-à-vis de formes d’inceste familial, criminels remis en état de nuire, multiplication du port de signes religieux discriminants).

Les enjeux consécutifs au recul de ces limites dans l’ignorance de ses conséquences sont relativement simples. Il n’est plus fait de distinction entre le fantasme (ou le mensonge) et la réalité. Il s’ensuit un retournement pervers des valeurs essentielles. La faute n’est plus reconnue et le travail de responsabilisation ne peut s’exercer. L’autre est ignoré et le seul narcissisme à l’œuvre est mortifère car au service de quelques uns et au détriment de beaucoup d’autres.
Plus de distinction entre le fantasme et la réalité : tout est possible, le sexuel (pratiques récréatives, incestuelles, polygames) a le même statut que la sexualité (amoureuse, possiblement procréative, monogame).
Les valeurs essentielles, ne pas tuer, ne pas violer, ne pas soumettre l’autre, se retournent au profit de l’acceptation de l’irresponsabilité. Sont absouts de leurs méfaits les mineurs, les « déséquilibrés », les pervers.
La faute n’est plus reconnue, on parle alors de simple incivilité, de débordement social, de drame familial, de condition sociétale.
L’idée devenue celle de l’Autre, ce narcissisme mortifère, en un curieux retournement, vilipende victimes et honnêtes gens, «blancs» parfois, retraités, femmes, enfants, cinquantenaires, et ceux-là peuvent être persécutés, insultés, ignorés.
Du coup, le narcissisme dont il est question ici est mortifère, le repli sur un soi persécuteur devenant l’apanage de la minorité visible, du révolutionnaire patenté, de celui dont il ne faut pas avoir la « phobie », à l’image d’un narcissisme infertile, communautaire, multiplicateur.
L’irresponsabilité et sa jouissance peuvent hélas devenir des valeurs démocratiques.


Nicolas Koreicho – Août 2013