De la psychose au délit-re et au crime

De la psychose au délit-re et au crime

Echanges avec la criminalistique


Régressions

Je vais poser les conditions de la régression en les intégrant dans une temporalité qui va les distinguer d’un côté aux conditions de la fixation, de l’autre à celles du dépassement.
D’abord vous dire qu’ils s’expriment par l’intermédiaire des processus de répétition (compulsion de répétition névrotique par ex), comme processus psychologiques ancrés dans le biologique.

  1. Distinction de la régression à une fixation présente.

La fixation c’est la répétition des expériences fortes : Cf. la métaphore du disque dur rayé : la psychothérapie analytique consiste à retrouver l’endroit et répéter cette retrouvaille non seulement pour repérer avec précision, mais surtout pour neutraliser et réparer.
Le plaisir s’est trouvé enrayé et non satisfait, le moi cherche à savoir pourquoi, l’inconscient revient pour lui indiquer.
La culpabilité prend la place du plaisir sous la forme du plaisir pulsionnel puni.
On assiste alors à la persistance de comportements inadéquats à la réalité et au présent, à l’échec de la pensée symbolique et critique.
On constate, par la forme, la nature et l’histoire des symptômes, une dépendance de l’organisme par rapport aux affects (ressentis) issus des processus primaires de plaisir ou de déplaisir fixés aux stades correspondants.
Le moi, du fait de l’impossible satisfaction du plaisir, est affaibli, et, par suite, les fixations ramènent le moi sur ces points de fixation, à un moment où à un autre du développement de la personnalité, en fonction de l’histoire personnelle, de la nature de l’objet, de l’ancienneté de l’événement.
Ex. fixation au stade anal : obsessionnalité.

  1. La régression proprement dite au passé.

La régression est représentée par l’affaiblissement des facultés et le passage à des modes d’expression et de comportement inférieurs du point de vue de la complexité, de la structuration et de la différenciation.

La régression constitue un retour – plus ou moins organisé et transitoire – à des modes d’expression antérieurs de la pensée, des conduites ou des relations objectales, face à un danger interne ou externe susceptible de provoquer un excès d’angoisse ou de frustration.
C’est à un retour vers l’Œdipe ou le préœdipien, constitué en grande partie de problématiques narcissiques, auquel on assiste.
On distinguera :
– La compensation : (ne pas confondre avec le mécanisme de défense).
Fatigue, faim, sommeil, douleur, tristesse… sont des éléments de relation de la libido vers l’extérieur non satisfaits qui se retournent vers le moi et qui appellent des compensations régressives. Elles sont aux origines du narcissisme.
– La maladie psychosomatique. On a pu parler pour ce type de régression de conversion hystérique, végétative, qui se manifestent par des expressions d’émotions archaïques : hypertension, malaises vaso-vagaux, tachycardie, gastrites), de conversion organique (on parlait de névrose d’organe), de maladies psychosomatiques. Il n’existe pas de maladie qui ne possède une dimension psychique. On parle aujourd’hui de psychoneuro-immunologie.
– Le retrait apathique (apathetic withdrawal DSM-IV) : Il s’agit d’une régression à forme de détachement protecteur, fait d’indifférence affective, de restriction des relations sociales et des activités extérieures, et de soumission passive aux événements, qui permet à une personne de supporter une situation très difficile.
L’agressivité : modalité comportementale régressive si elle est univoque.
Dans la régression, on peut lire un certain nombre de syndromes comme représentatifs de retraits :
NB – Les syndromes : ensemble organisé de symptômes.
– Syndrome de Cotard : délire de négativité organique (absence des organes).
– Syndrome de Ganser : questions et réponses à côté et inhibition intellectuelle.
– Syndrome de Gélineau : cataplexie (perte brutale de tonus musculaire) et narcolepsie.
– Syndrome de Münchausen : simulation de pathologies viscérales sensées nécessiter une opération.
– Syndrome de Stockolm : Attachement à l’agresseur.
– Syndrome d’Asperger : les principales perturbations des sujets atteints d’autisme de haut niveau ou d’un syndrome d’Asperger touchent la vie sociale, la compréhension et la communication. Ces troubles sont la conséquence d’une anomalie du fonctionnement des centres cérébraux qui ont pour fonction de rassembler les informations de l’environnement, de les décoder et de réagir de façon adaptée. Le sujet ne parvient pas à décoder les messages qui lui arrivent (il parait submergé par la « cacophonie » de l’environnement), ni à adresser en clair ses propres messages à ceux qui l’entourent. Il est dispersé dans l’espace, déphasé dans le temps, dépassé par les échanges et sa communication maladroite et hésitante se perd le plus souvent dans des tentatives avortées. Pour être moins dispersé, il se concentre sur des détails, pour être moins déphasé, il se complait dans des routines, et ses échecs de communication avec les autres l’amènent à une concentration exclusive sur lui-même, sans pour autant le satisfaire. (G. Lelord)
– Syndrome d’influence (Clérambault).: pensée soi disant commandée et manipulée par l’extérieur.
– Syndrome d’automatisme mental : dédoublement de la pensée (dissociation) et expression parasite d’idées, de mots, de gestes qui parviendraient d’une force étrangère qui contrôlerait l’activité psychique du sujet.
– Syndrome hallucinatoire.
– Syndrome confusionnel : obnubilation de la conscience, perturbation de l’activité psychique. Grande inertie ou grande agitation. Origine infectieuse ou toxique. Une obnubilation de la conscience où les idées s’agglutinent et se confondent (degrés : de l’engourdissement à la stupeur). Une modalité d’expérience proche de celle du rêve. Des troubles de la mémoire. Des signes physiques (fièvre, déshydratation…).
Causes peuvent être infectieuses, toxiques, traumatiques, épileptiques, démentielles, psychotiques.
– Syndrome de Korsakov (Syndrome confusionnel + polynévrite des membres inférieurs).
– Syndrome dissociatif (discordance idéique et verbale, indifférence affective et apragmatisme) : hébéphrénie.

  1. Distinction de la régression eu égard à son dépassement futur du complexe d’Œdipe et de ses prolongements.

C’est une des marques de l’équilibre psychique qui sans cesse procède à des ajustements pour s’établir de manière plus ou moins stable. C’est critiquer (séparer le présent du moi du passé du ça et du surmoi) ; c’est distancier, accepter, renoncer.
Un dépassement à noter comme pouvant participer à l’équilibre et à l’indépendance est la sublimation. Le terme sublimation a deux sens dans l’œuvre de Freud :

  • La désexualisation d’une pulsion s’adressant à une personne qui pourrait (ou qui a pu) être désirée sexuellement. La pulsion, transformée en tendresse ou en amitié, change de but, mais son objet reste le même.
  • La dérivation de l’énergie d’une pulsion sexuelle ou agressive vers des activités valorisées socialement (artistiques, intellectuelles, morales). La pulsion se détourne alors de son objet et de son but (érotique ou agressif) primitifs, mais sans être refoulée. C’est le sens le plus habituel.

Du délire au crime

Les délires. latin delirium, de delirare, « sortir du sillon ».
Ce sont des modes d’expression psychotique. Ils sont l’expression d’un conflit psychique en réaction à des événements historiques précis.
Syndrome : Aliénation du sujet, croyance en la réalité du délire. Jugements, perceptions et logique erronés sur la réalité. Le discours représente le symptôme lui-même en une formation de compromis entre l’ics et le cs. Paroxysme de l’ambivalence des mots. Réponse à une sollicitation sexuelle (et vraisemblablement homosexuelle) non assumée.
On distingue :

Les délires paranoïaques :
Ce sont des délires organisés (en réseau : envahissement en toile ou en secteur : un seul thème).

  • Délires passionnels (Clérambault) : à thème de projection sur l’autre. érotomanie, jalousie, revendication (ou de préjudice). Thème commun : la persécution (Lasègue).
  • Délires de relation des sensitifs : susceptibilité, accueil des brimades, dépressions. Retournement sur soi des motions haineuses.
  • Délires d’interprétation systématisés : interprétation erronée de faits (signes, sensations corporelles) Délire de filiation. Délire mégalomaniaque.
  • Invasion projective des pensées (paraphrénies – Kraepelin : imagination, fantastique, dédoublement des pensées)
  • Délires de possession (démon, dieu, être surnaturel, animal) (Duprè).
  • Psychose Hallucinatoire Chronique.
  • Bouffée délirante aiguë : brièveté et richesse du délire.

Les délires paranoïdes :
Diff. du délire paranoïaque. Propres à une forme de schizophrénie. Délires non systématisés, flous, abstraits, hermétiques. Fréquentes hallucinations auditives et automatisme mental. Hébéphréniehéboïdophrénie.
La psychanalyse est convoquée pour participer à une discussion qui a pour visée « l’établissement des faits dans les recherches judiciaires » en 1906, date à laquelle Löfler prof de médecine légale invita Freud à prendre la parole à l’Université de Vienne sur une question de « criminalistique » des plus concrètes, c’est-à-dire la possibilité d’identifier et de démasquer l’auteur d’un crime à l’aide de la méthode associative initiée par Jung et perfectionnée par Freud sous le terme d’associations libres.
Freud se réfère à Hans Gross (1847-1915) en tant que ce juge d’instruction et enseignant en droit pénal va être à l’origine du terme « kriminalistik » que l’on retrouvera dans son Manuel pour juges d’instruction et fondateur d’un Institut de criminalistique en 1912.
On attribuera par ailleurs à deux de ses élèves –Wertheimer et Klein- d’avoir amené Freud à prendre position initialement sur la question de la criminalité dont il y a une trace dans les « Archives d’anthropologie criminelle et de criminalistique » de Gross, intervention qui était destinée à des étudiants en droit. Ici la psychanalyse croise de manière effective vers 1906 la criminologie.
Psychanalyse est aux origines d’un double crime : Œdipe. Inceste et parricide.

Crime : le mot « crime » vient du mot latin « crimen (-inis) » qui signifiait à l’origine « décision judiciaire ». Ce mot vient à son tour du grec « krimein », c’est-à-dire « juger », « choisir », « séparer ». Dans le latin classique, le mot « crimen » a aussi pris le sens d’« accusation » ou de « chef d’accusation » (…). Cela veut dire que, dans son sens étymologique, le mot crime ne désigne pas directement une action, un acte ou un comportement particulier, mais plutôt l’acte de juger un comportement dans le cadre d’un processus institutionnel de type judiciaire.» Pires in Debuyst, Digneffe, Labadie et Pires, 1995, pp. 13-67.
D’un point de vue psychanalytique, le crime est le rapport que le sujet entretient avec la culpabilité : condamnation et prévision de la condamnation (sentiment de culpabilité).

Psychose criminelle

La criminalistique (police scientifique) s’intègre à la criminologie, elle constitue une science jumelle bien distincte, complémentaire à l’étude doctrinale et appliquée au phénomène appelé crime pris dans le sens large du terme, c’est-à-dire toute agression dirigée contre les valeurs morales ou sociales légalement définies ou pénalement protégées. Elle s’intéresse aux traces consécutives au crime.
– La police scientifique : dimension de l’intervention sur les lieux intégrée à un corps de police
– La criminalistique : dimension du travail technique en laboratoire sur des traces liées à l’investigation criminelle
– La forensique : cette science englobe les deux premières dimensions mais inclut également des aspects médico-légaux ainsi que la résolution de problèmes ou litiges dans des domaines autres que criminels (civil, administratif, règlement, arbitrage), ainsi que l’expertise judiciaire

– Cas de l’épilepsie
Tout le monde est confronté à la problématique du double. Chez l’épileptique, la crise est un moment d’amnésie, d’Ab-sens (qui n’a pas de sens). Le sujet épileptique demande aux spectateurs de rendre compte de la gémellité, chose qu’il ne veut pas voir. Pour lui existe dans la réalité un moi qu’il connaît, qu’il peut voir. Mais existe aussi un double, un non-Moi qu’il ne peut pas voir puisque l’amnésie lui cache ce non-Moi de la crise. Le mot « double » prend alors plusieurs sens. C’est celui qui est étrange(r), non-familier. C’est celui qui pourrait lui appartenir mais qui n’est pas lui. S’il y a eu gémellité réelle et mort intra-utérine, la crise épileptique rejoue la quête perpétuelle, la recherche de ce mort que l’épileptique en crise tente de faire revivre.
L’épileptique et son double. Le sujet peut vouloir tuer un double encombrant. (Mythe d’Héraclès). Dans le stade du miroir, le double est structurant et nécessaire. Le double non reconnu est étrangement inquiétant. Un double mort, réel ou fantasmé, a existé, il s’agit de lui faire face.

– Cas de la schizophrénie
L’héboïdophrénie. Schizophrènes délinquants
Discordance et dissociation : crime immotivé, vol saugrenu
Automatisme mental : acte imposé
Délire paranoïde : injonction hallucinatoire, agression du persécuteur

– Cas de la paranoïa
Le délire chronique et le passage à l’acte comme le moyen de mettre fin à la persécution.
– Persécution amour-haine (« Je l’aime, il me hait »)
– Jalousie (« Ma femme me trompe avec un homme »)
– Erotomanie (« Cette femme m’aime mais un homme m’empêche de le dire »)
Le persécuteur est toujours une personne du même sexe (comme représentant de l’interdit homosexuel).
Caractéristiques du crime paranoïaque : acte individuel ; immotivé ; non prémédité ; non dissimulé ; touche un proche ; inaugural ; associé à un trouble de l’humeur ; plus fréquent si stupéfiants, désocialisation, absence de soins.
Exemples : Le Président Schreber – Les sœurs Papin
Causalité : le crime mu par un sentiment de culpabilité et pour soulager une certaine conscience de culpabilité. La culpabilité précède, cause même, le crime. C’est le cas dans la transgression de l’interdit pour l’adolescent dont la culpabilité réelle les soulage du sentiment de culpabilité inconsciente. C’est une rationalisation de la culpabilité dans sa mise en situation formelle.

– Cas de la mélancolie.
Forme majeure de la dépressivité.Passage à l’acte comme fin au destin malheureux. Délire mélancolique de persécution.
Démence précoce (Morel).

– Cas de la bouffée délirante.
Agression du persécuteur prétendu. Homicide volontaire
Toxicomanie
Crise perpuérale. Après la confusion survient le délire à thème d’infanticide.
Confusion mentale. Violences, homicide involontaire, criminalité routière.

– Cas du crime sexuel
Perversion ; psychopathie
Exhibitionnisme, attentat à la pudeur, agression sexuelle, viol
Inceste

Questions :

Place de la persécution.
Place de la morale.
Place de la Loi symbolique.

Nicolas Koreicho – Institut Français de Psychanalyse © – Novembre 2013