Le scénario fantasmatique

Le scénario fantasmatique

Scénario pervers, paraphilique, narcissique, onirique, artistique…

« Alors, ils se montaient des bobards, des entourloupes monumentales, ils rêvaient tous de réussites, de carambouilles formidables… Ils se voyaient expropriés, c’était des fantasmes ! »
Céline, Mort à crédit, 1936.

Distinctions :

Fantasme – Passage à l’acte – Délire – Mythomanie – Hallucination

Langage des pulsions inconscient (délires), conscient (fantasmes), constructions fantasmatiques perverses agies (passages à l’acte pervers), mode discursif (mythomanies), mode perceptif (hallucinations).

Dans la névrose, les fantasmes sont refoulés et entraînent une souffrance alors que, dans la perversion, les pulsions s’expriment avec plaisir. D’où la théorie freudienne : « La névrose est le négatif de la perversion ».

Les fantasmes qui accompagnent les relations sexuelles (érotiques, actifs, pré et post orgasmiques, négatifs) sont conscients et transmis à l’impulsion physique.

Le fantasme est conscient et ne se manifeste pas dans la réalité (sauf réalisation substitutive avec mise en scène).

Le délire est inconscient et se manifeste dans le réel neurologique et l’isolement de la perception.

La mythomanie est un syndrome discursif produit par un clivage du moi. Ex. Syndrome de Münchausen

L’hallucination est expression de désir, ou de crainte, perception sans référent située hors de la réalité du sujet (diff. du délire), mentale, sensorielle, cénesthésique (sensation), motrice.

En résumé, le fantasme est un : « scénario imaginaire où le sujet est présent et qui figure, d’une façon plus ou moins déformée par les processus défensifs, l’accomplissement d’un désir et, en dernier ressort, d’un désir inconscient. » Laplanche, Pontalis.

Le scénario fantasmatique

Lorsque Freud définit le mouvement qu’il nomme désir (wunsch), il évoque le réinvestissement d’une trace mnésique de satisfaction liée à l’identification pulsionnelle.
L’examen de la satisfaction alimentaire chez le nouveau-né constitue l’exemple du premier repérage pulsionnel :
Faim = tension (cris, pleurs) = déplaisir
Lait = satisfaction, sans que le nouveau-né la cherche = plaisir immédiat.
C’est donc une expérience de satisfaction qui est liée à la réduction de la tension originaire de la pulsion. Cette première expérience de satisfaction, purement organique, laisse une trace mnésique, une représentation du processus pulsionnel au niveau de l’appareil psychique à laquelle se trouve désormais liée l’image/perception de l’objet ayant procuré le plaisir. Dès que le besoin se représentera la relation précédemment établie sera la source d’une nouvelle impulsion ; elle investira à nouveau l’image mnésique de cette perception dans la mémoire. Autrement dit, elle reconstituera la situation de la première satisfaction où l’enfant imagine (fantasme) avoir créé l’objet.

Un fantasme est un scénario imaginaire, une fiction où le sujet est présent et qui figure de façon plus ou moins déformée, par les processus défensifs, l’accomplissement d’un désir.
On ne peut donc pas parler de mémoire au sens commun du terme, mais de traces mnésiques dans l’ics du sujet qui sont des réalités psychiques pour le sujet de l’ics, mais que l’individu ignore.
Il existe tout un répertoire de la vie fantasmatique : sexualité, agression, fantasmes de gloire, d’abandon, de castration, etc., liés à quelques noyaux organisateurs de la vie psychique.
Le fantasme est la formation de compromis, il élabore différents matériels, dont certains sont conscients et d’autres non. Mais certains fantasmes demeurent inconscients. Le fantasme peut témoigner d’une fixation de la sexualité à un stade psychosexuel, comme le stade oral ou le stade anal. De ce point de vue, il est résultat d’une régression.
La capacité à fantasmer signe une certaine normalité psychique : on peut soupçonner chez les patients psychosomatiques une défaillance de la fonction fantasmatique, repérée sous forme de pensée opératoire. Le fantasme permet ainsi une régulation psychique des désirs inconscients, nécessaire à la bonne santé mentale.

Les fantasmes originaires

Les fantasmes originaires sont des fantasmes qui transcendent le vécu individuel et ont un certain caractère d’universalité. En ce sens, ils sont à rapprocher des mythes collectifs. Ils « mettent en scène » ce qui aurait pu dans la préhistoire de l’humanité participer à la réalité de fait et à ce titre ils entrent dans le cadre de la réalité psychique.

Ce sont :
La scène primitive – La castration – la séduction – la vie intra utérine, le sein maternel.
Ils renvoient respectivement à :
La différence des générations – La différence des sexes – La différence désirs-interdits – la différence des pulsions de vie et de mort.
Ils sont les fondements des origines de la Loi symbolique.

« Je nomme fantasmes originaires ces formations fantasmatiques — observations du rapport sexuel des parents, séduction, castration, etc. » Freud.
Les fantasmes dits originaires se rencontrent de façon générale chez les êtres humains, sans qu’on puisse en chaque cas invoquer des scènes réellement vécues par l’individu ; ils appelleraient donc, selon Freud, une explication phylogénique où la réalité retrouverait son droit : la castration par exemple, aurait été effectivement pratiquée par le père dans le passé archaïque de l’humanité.
Si l’on envisage maintenant les thèmes qu’on retrouve dans les fantasmes originaires (scène originaire, castration, séduction, retour au sein et à la vie intra-utérine), ils se rapportent tous aux origines. Comme les mythes collectifs, ils prétendent apporter une représentation et une « solution » à ce qui pour l’enfant s’offre comme énigme majeure ; ils dramatisent comme moment d’émergence, comme origine d’une histoire, ce qui apparaît au sujet comme une réalité, d’une nature telle qu’elle exige une explication, une « théorie ». Dans la « scène originaire », c’est l’origine du sujet qui se voit figurée ; dans les fantasmes de séduction, c’est l’origine, le surgissement de la sexualité ; dans les fantasmes de castration, c’est l’origine de la différence des sexes, dans le retour au sein ou à la vie intra-utérine, la différence des pulsions de vie et des pulsions de mort.

Le fantasme comme construction

Le fantasme peut être appréhendé comme une construction imaginaire, consciente ou inconsciente, permettant au sujet qui s’y met en scène, d’exprimer et de satisfaire un désir plus ou moins refoulé, de surmonter une angoisse.
Ces pulsions refoulées cristallisent sur elles les complexes morbides les plus différents. (« Au lieu d’être enfoui dans les profondeurs du moi, l’objet redouté ou désagréable peut être dérivé vers un fantasme imaginaire et agréable, où se dissout l’angoisse, souvent en retournant l’objet en son contraire ». Freud.
Le fantasme est une création psychique consciente de scénarios idéalisés autour de désirs non assouvis ou espérés, notamment dans des domaines libidinaux et transgressant souvent les interdits relatifs aux règles éthiques et morales.
Le fantasme se crée consciemment et souvent n’est pas réalisé par respect des lois ou des principes.
En soi, le fantasme est un désir inassouvi.
Le sujet est toujours présent dans de telles scènes, soit comme observateur, soit comme participant grâce à une certaine permutation des rôles, des attributions.
Il semble aussi être le lieu d’opérations défensives suivant les modalités les plus archaïques : retournement sur la personne propre, renversement en son contraire, dénégation et projection.
Dans la mise en scène organisée par le fantasme, la dimension de l’interdit est toujours présente dans  le déploiement même du désir.

Lectures :
– Laplanche et Pontalis : Vocabulaire de la psychanalyse, P.U.F, 1967
– Chemama et all. : Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse, 1993
– « Les fondements de la clinique », Javier Aramburu , in La cause freudienne, N° 50, février 2002

Le fantasme paraphilique

Exemple du transsexualisme.
Dans le transsexualisme, à partir d’une dépression précoce, sur la base d’une séparation, le sujet a introjecté au niveau psychique la bonne mère, et au niveau physique la mauvaise mère en un clivage devant être réparé par une réalisation fantasmatique concrète (à rapprocher de l’anorexie mentale, des hystéries, des hypocondries).
Le transsexuel se refuserait à toute élaboration fantasmatique. S’y révèle une intolérance psychique à la pulsion, un déficit de représentation qui oblige le sujet à évacuer l’énergie vers le corps. C’est comme si le fantasme, ne pouvant pas être élaboré psychiquement devait apparaître dans le réel. L’espoir mégalomaniaque du transsexuel ne peut qu’être déçu, en référence à la dépression précoce, et peut finir par convaincre le chirurgien d’intervenir. A une revendication fantasmatique est alors répondu une correction corporelle qui ne résoudra rien à la dépression originelle.

Le fantasme narcissique comme construction perverse

Les fantasmes dans les stades fondamentaux de la personnalité.
– Les fantasmes de l’oralité visent à posséder l’autre. Dans la relation, cela se traduit par la possessivité, la dévoration, la jalousie, la boulimie, l’anorexie, la kleptomanie, les toxicomanies, l’incorporation (sexualité addictive), l’effraction et la destruction sur un mode agressif (les fantasmes de viol prennent leur place ici), fantasmes d’abandon et de fusion.
– Les fantasmes de l’analité de la première phase sont dirigés sur la destruction de l’objet.  Dans le rapport sexuel, apparaîtra le désir de mordre, griffer, déchirer, détruire, uriner, etc…
– Les fantasmes de l’analité de la deuxième phase sont plus orientés vers la prise de contrôle de l’objet. Ici, la possessivité se met en scène par les marques temporaires (fouet ou éjaculation faciale) ou plus ou moins définitives (les colliers, tatouages, piercings…). Ces fantasmes engendrent des relations de domination/soumission avec selon l’humeur utilisation de cravaches, fessées, martinets…
– Les fantasmes de l’Œdipe font appel bien évidemment à un troisième objet. Des désirs qui se matérialisent dans le voyeurisme, l’exhibitionnisme, les rapports extra-conjugaux, le fétichisme, le triolisme, l’échangisme, le mélangisme, la zoophilie.
– Les fantasmes narcissiques qui sont des déclinaisons de fantasmes pervers et des fantasmes de no-limit.

Le fantasme onirique

Fin du Songe d’une nuit d’été
Le rêve comme régulation fantasmatique.

Le fantasme artistique

Le père noël est une ordure « le fantasme de l’artiste »

L’art comme sublimation.

 

Nicolas Koreicho – Institut Français de Psychanalyse © – Juin 2014