Le Symptôme

Le symptôme

 

Le mot σύμπτωμα, en grec, signifie « accident », « coïncidence » ; il est constitué du préfixe σύν, Sym de sun « avec, ensemble » et de πίπτω, piptein « tomber, survenir, arriver ». Le symptôme est donc, à l’origine, « ce qui survient ensemble », ce qui « concourt » ou « co-incide (tomber sur) », au sens littéral du terme.
D’où « fait qui permet de prévoir, ou qui manifeste un état, une évolution, une émotion ».

Un symptôme, « rencontre », c’est en cela un signe fonctionnel, est un signe clinique qui représente une manifestation d’une maladie, tel qu’exprimé et ressenti par un patient. En général, pour une pathologie donnée, les symptômes sont multiples, il peut y avoir le symptôme d’un symptôme, et parfois il peut ne pas y avoir de symptôme : la maladie est dite dans ce cas asymptomatique. Inversement, un même symptôme peut très souvent être attribué à différentes maladies : on ne peut donc en général pas conclure automatiquement qu’un symptôme (par exemple, le mal de gorge) est dû à une maladie donnée (par exemple, la grippe) ; ce serait commettre le sophisme de l’affirmation du conséquent.

Le symptôme n’est que l’expression d’un mal ancien qui n’a pu s’exprimer en mots ou en gestes, c’est-à-dire en signifiés exacts. C’est pourquoi la psychologie positive, les TCC, la méthode Coué, ne sont pas tenables à long terme, en ce qu’elles ne s’occupent que de la forme du symptôme, de son exprimé.

Le symptôme correspond, avec la maladie, l’accident, l’angoisse, à l’un des moyens pour l’inconscient d’atteindre son objectif premier : faire la personne être elle-même (coïncider) et procéder à une intégration de la personne et de son ressenti.

Lorsque l’on veut transmettre à l’autre la forme de son symptôme et, inconsciemment, sa cause, son signifiant, il s’agit de transmettre des éléments d’un métadiscours déjà psychopathologique pour une meilleure compréhension de l’humain, par soi, par l’autre, dans ce qu’il a de plus mystérieux et grâce à la mobilisation d’une expérience éminemment individuelle et singulière.

Ainsi, lorsque l’on souhaite comprendre et interpréter un symptôme – c’est d’ailleurs pour quoi le travail sur soi est indispensable pour l’accompagnement d’autrui – il s’agit de reprendre ou de poursuivre l’analyse de son propre fonctionnement en se référant d’abord à soi-même, puis à l’autre, en particulier dans la relation.

C’est le travail sur soi qui permet de fonctionner de manière satisfaisante avec l’autre, et, a fortiori, de le comprendre.

C’est ce travail, sur les rapprochements possibles entre les éléments de psychopathologie repérables et les situations rencontrées, qui implique que l’on doive partir des formes marquées, « pures » (formes pathologiques), pour en comprendre les formes atténuées, ordinaires, « normales ». En chacun de nous existent ces tendances, il faut en étudier les formes caractérisées pour comprendre la place des potentialités psychopathologiques et les formes qu’elles prennent dans la réalité de l’expérience et du partage.

Il s’agit tout naturellement d’approfondir sa propre sensibilité, sa proximité avec son propre inconscient pour apprendre à réfléchir en fonction de ce que les notions rencontrées inspirent.

On doit aussi mobiliser ce que l’on a en soi d’intuition, de culture, particulièrement de culture littéraire et artistique. Nous pouvons nous référer ici au roman, à la poésie, et, quelquefois, à l’essai, dès lors qu’il emploie les mots justes, ainsi qu’à la peinture et à la sculpture.

On est amené à faire des liens entre notre rôle et la psychopathologie, déontologiques et éthiques en particulier.

Il est nécessaire de considérer la psychopathologie et la psychanalyse sous ses formes abouties (névroses, psychoses, pathologies narcissiques) pour observer les formes atténuées (comportements, troubles, types, crises) afin de les reconnaître (re-co-naître) en soi et en l’autre.

Notons, pour les orientations professionnelles des uns et des autres, que les stratégies psychothérapeutiques sont fondamentalement différentes des stratégies d’accompagnement, et que si l’on peut se référer sans crainte à la théorie et à des lieux communs, à l’observation de bon sens, en favorisant son implication personnelle, sa pensée libre, ses liaisons, sa flexibilité, son autonomie, son adaptation, il faut toujours avoir la distanciation nécessaire à son propre métier afin de ne pas abîmer ou ralentir les personnes que l’on accompagne ou dont on prend soin.

 

Pour Freud

Ainsi, la peur du cheval chez le petit Hans fait substitution d’un péril extérieur à un danger intérieur.

Un châtiment externe (être castré) se trouve remplacé par un autre (être mordu) interne.

Différenciation inhibition et symptôme (indice d’un processus morbide).

Le symptôme est indice et substitut d’une satisfaction pulsionnelle qui n’a pas eu lieu, un succès du processus de refoulement. Par le processus de refoulement, le plaisir de satisfaction est transformé en déplaisir et le déplaisir est le résultat d’une satisfaction pulsionnelle.

Le moi tente de supprimer le caractère étranger et isolé du symptôme en utilisant toutes les possibilités de le lier à lui-même et par de tels liens de l’incorporer à son organisation. De tels efforts influencent l’acte de formation du symptôme.

Exemple du symptôme hystérique transparent en tant que compromis entre le besoin de satisfaction et celui de punition.

En tant qu’accomplissements d’une exigence du surmoi, un tel symptôme a part au moi, et signifie une position du refoulé et un lieu d’irruption de ce refoulé dans l’organisation du moi.

Freud nomme ces symptômes « des postes frontières à occupation mixte ».

L’existence du symptôme peut empêcher l’apaisement d’une exigence du surmoi ou le rejet d’une revendication du monde extérieur.

Les symptômes de l’hystérie de conversion, paralysie, contracture ou décharge motrice, douleur, hallucination, sont des processus d’investissement. Ils remplacent un cours d’excitation perturbé.

La douleur fut présente dans la situation où survint le refoulement ; l’hallucination fut jadis perception, la paralysie fut défense contre une action qui fut inhibée, la contracture est déplacement pour une innervation musculaire dont on avait eu jadis l’intention à un autre endroit, l’accès convulsif est l’expression d’une éruption d’affect qui s’est soustraite au contrôle normal du moi.

Les questions à se poser sont alors de savoir ce que le symptôme, sa forme et son expression, le lieu qu’il concerne, représentent, éventuellement de façon associative.

Les symptômes de la névrose de contrainte sont ou bien des interdictions, des mesures de précaution, des pénitences, ou bien des satisfactions substitutives, sous un déguisement symbolique.

Ils représentent une défense contre les revendications libidinales du complexe d’Œdipe.

Quand le moi commence ses efforts de défense, il obtient comme succès que l’organisation génitale soit ramenée au stade antérieur sadique-anal.

La formation de symptômes dans la névrose de contrainte tend à accorder toujours plus d’espace à la satisfaction substitutive. Les symptômes comme restrictions du moi deviennent des satisfactions. Un « moi restreint à l’extrême » est réduit à chercher ses satisfactions dans les symptômes.

Le déplacement du rapport de force en faveur de la satisfaction peut conduire à la paralysie de la volonté du moi.

Le conflit entre ça et surmoi englobe toutes les tentatives du moi pour se sortir de ce conflit.

Les symptômes lient l’énergie psychique, en lui évitant l’angoisse. L’inhibition que le moi s’impose pour éviter l’angoisse peut être appelée symptôme.

 

Fonction du symptôme

Dans Introduction à la psychanalyse, Freud compare le symptôme et la structure du rêve. Selon lui, le symptôme est un désir réalisé : « Le symptôme reproduit d’une manière ou d’une autre cette satisfaction de la première enfance, satisfaction déformée par la censure qui naît du conflit… »

Lacan reprend la thèse freudienne et dit que, comme le langage, il est analysable. Le symptôme est structuré par le processus métaphorique du langage, il est une formation de l’inconscient comme le rêve, le mot d’esprit, le lapsus…  »

Dans « lituraterre » il revient sur le symptôme métaphore et y adjoint la notion de symptôme jouissance. Plus tard encore, il définit le symptôme comme lettre à la jonction du symbolique et de la jouissance. La lettre, comme le symptôme, est le résultat d’un signifiant refoulé qui fait retour partiellement et revient avec sa charge de jouissance.

Si, dans un premier temps, le symptôme apparaît comme étant un matériel qui attend d’être déchiffré, il sera rapidement repéré par Freud comme étant la manifestation d’une satisfaction substitutive répondant à un défaut de jouissance. Le symptôme est une souffrance qui satisfait. Il y a là quelque chose de noué, qui rend difficile le traitement du symptôme car le sujet, quoi qu’il en dise, y tient. C’est ce paradoxe, cette aporie qu’est le symptôme.

Plutôt que de gloser sur le paradoxe, je voudrais reprendre cette idée de Freud selon laquelle le symptôme est tout d’abord une formation de compromis, puisque dans cette formation particulière qu’est le symptôme, se satisfont à la fois, en un même compromis, le désir inconscient et les défenses contre ce désir. Selon l’étude du mécanisme de la névrose obsessionnelle, Freud constate que les symptômes portent en eux-mêmes la trace du conflit défensif dont ils sont le fruit. Dans les représentations obsédantes, le souvenir refoulé est déformé et prend la forme de « formations de compromis entre les représentations refoulées et refoulantes ».

Dès lors, le compromis sera au cœur de toute production de l’inconscient, de tout rêve, de tout symptôme.

Ainsi, un symptôme névrotique est « le résultat d’un conflit ». Deux forces séparées (le désir, son refoulement) se réconcilient dans le symptôme. C’est d’ailleurs « ce qui explique la capacité de résistance du symptôme : il est maintenu de deux côtés ».

Y a-t-il une différence entre la formation de compromis et la formation du symptôme ?

Freud assimile d’abord la formation de symptôme au retour du refoulé. Cependant, il en fait deux processus distincts, les facteurs qui donnent au symptôme sa forme étant indépendants des facteurs qui donnent son caractère à la défense. En réalité, le symptôme et la défense ne correspondent pas à la même opération.

La formation de symptôme correspond prend non seulement la forme de formations de compromis, mais également celle de formations réactionnelles ainsi que de formations substitutives.

 

Formation réactionnelle

Une formation réactionnelle correspond à une attitude psychologique telle que celle-ci est l’opposé du désir refoulé. Par exemple la pudeur comme expression d’une pulsion exhibitionniste. C’est un contre-investissement d’un élément conscient inverse à l’investissement inconscient.

Ces formations peuvent être localisées à un comportement ou bien participer d’un caractère général de la personnalité.

Cliniquement, une formation réactionnelle possède la valeur d’un symptôme dans la mesure où elle n’est pas l’objet d’une intentionnalité. Formation de « remplacement », la formation réactionnelle prend la place d’une représentation pénible et lui substitue un « symptôme primaire de défense » ou « contre-symptôme » qui sont censés annuler l’expérience infantile libre, non censurée. La représentation et le conflit qu’elle implique sont remplacés par une vertu morale obsessive. Ainsi, dans la névrose obsessionnelle, les formations réactionnelles sont directement en rapport d’opposition avec la réalisation du désir.

Les traits de caractère constitués, les altérations du moi constituent des processus de défense consolidés, ou l’agressivité d’une réaction s’exprimera par exemple que vis-à-vis d’une personne ou d’une situation. Le geste violent de l’hystérique pour un enfant tranchera ainsi avec la tendresse générale qu’elle témoigne habituellement aux enfants… La propreté exacerbée tranchera avec les fantasmes d’analité… Dans l’exercice même d’une vertu affichée et de ses actes poussés dans leurs dernières conséquences, on pourra observer à un moment donné une pulsion antagoniste, l’extrême attention éducative se transformant en pédophilie… Le juge obsédé par l’équité et la justice pourra devenir de la sorte le sadique se comportant de manière cruelle avec tel ou tel…

Une part importante du surmoi se constitue en fonction de cette formation réactionnelle.

 

Formation substitutive

Une formation substitutive désigne des symptômes ou des formations équivalentes (lapsus, fantasmes, traits d’esprit, actes manqués…) qui remplacent des contenus inconscients.

Cette formation a une double signification. Une signification économique, la formation substitutive donne une satisfaction au désir inconscient, une signification symbolique, la formation substitutive remplace un contenu inconscient par un autre auquel il est associé.

Formation de compromis, formation réactionnelle et formation substitutive entrent dans la composition du symptôme. En effet, si le symptôme est le produit d’un conflit défensif, il est formation de compromis ; si le désir cherche dans le symptôme à s’y satisfaire, il est formation de substitution ; si le symptôme est d’abord fruit d’un processus défensif, il est formation réactionnelle.

A la suite de Freud, Lacan lie le symptôme à la fonction paternelle et de ses ratés. Le symptôme est alors le signe de ce ratage, dont l’interprétation se fait dans le cadre du transfert. On retrouve d’ailleurs cette mise en regard du père et du symptôme dans la littérature psychanalytique : le père pervers des premières hystériques de Freud, le père de Hans et sa complaisance, le père d’Ernst Lanzer et son rapport aléatoire à la parole donnée, le père de Dora et son impuissance sexuelle, le père éducateur de Schreber, … Le symptôme est alors, pour reprendre un mot de Marc Strauss, l’index du dysfonctionnement de la métaphore paternelle.

Du point de vue du soignant, la première fonction d’un symptôme c’est de permettre d’établir un diagnostic.

 

Emotions

Les émotions sont la traduction de la nécessité de mouvement, c’est-à-dire de changement pour une meilleure adaptation. Etym. Ex (extérieur) – movere (se mouvoir).

Emotions primaires sont liées à la survie du corps.

Elles stimulent le système nerveux autonome (viscéral), le système musculo-squelettique (muscles faciaux, posture), le système endocrinien.

Emotions secondaires sont liées à l’organisation de la pensée.


La vie – Le désir – Le corps

Un corps en souffrance, c’est comme une lettre en souffrance. Il n’est pas perdu, il est en attente, délaissé. Il s’agit de le retrouver, et, pour cela, de le reconsidérer, avec ce qu’il a vécu, souffert. Réveiller son droit à l’existence, à la projection vers le lendemain, à s’imposer (phallus).

Le schéma corporel. Comme les premières expériences, les épreuves de l’esprit se voient sur le corps.

La religion et le corps sont intimement liés, le plus souvent selon le mode de la punition, jusqu’au crime.

 

L’hypocondrie

Transformation des reproches à faire aux autres qui n’ont pu être exprimés, découlant de chagrins non pris en compte ou de pulsions agressives, en reproches à soi-même puis en plaintes de douleurs, de maladie somatique, le plus souvent touchant au système digestif. « Des choses n’ont pas été digérées ». Il existe à la fois une plainte et un rejet de l’aide, cette aide qui aurait du être donnée jadis par des êtres affectivement liés à soi. Le reproche est masqué et reste agissant. Il nous faut à présent rendre possible son expression, dans ses dimensions historiques, inconscientes et instancielles.

N. Koreicho – Avril 2017