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Janvier 2011 : Paris déprime ?

« Quand tu auras désappris à espérer, je t’apprendrai à vouloir »

SENEQUE

Janvier 2011 : Paris déprime ?

En cercles concentriques, les environnements dépréciatifs tels qu’ils se dessinent en prismes dans les grandes cités, induits par le stress logique de la surpopulation, créent les conditions de formes graduelles de déprime, formes dont la nature est fonction de leur adhérence de prédilection à tel environnement, lesquelles formes peuvent, selon la profondeur de la pathologie dépressive, se surajouter les unes aux autres. La solitude, l‘absence d’affiliation personnelle, la manque d’affinités professionnelles, les contraintes administratives et sociales, la ville et ses crapules, le défaut d’horizon et de lumière, les mensonges des ambitions politiques, les approximations journalistiques, l’envahissante violence religieuse, la guerre qui gronde au loin, leurs empiétements sur nos urbanités, nos rusticités, nos civismes, les animaux qu’on torture et qu’on déporte, la nature qui s’épuise, s’imposant en autant d’environnements dysphoriques, réfléchissent, dans leur retentissement en chacun, des problématiques plus profondes et essentielles, sans toujours la possibilité – et c’est là un drame profond – de formuler précisément ces ressentis. La plus ou moins grande sensibilité de chaque personne à tel de ces degrés d’une mise en abyme idéelle mais subie quotidiennement dépend de son histoire naturelle, culturelle et œdipienne, et la fera s’orienter vers le ralentissement, l’anhédonie, le défaut de motivation, les déplacements parasitaires, les substitutions prostitutives, les dépendances virulentes, et la fera se réfugier dans les faux objets que sont la violence reçue et donnée, les toxiques plus ou moins justifiés, la dévalorisation originaire et/ou le collectivisme sectaire, les illusions idéologiques meurtrières, la mensongère « lutte des classes », tous faux objets mais véritables ensembles psychopathologiques. Tous les leurres échafaudés par des esprits finalement simplement en mal de reconnaissance de leur vérité constitutive ne sauraient faire oublier à quel point la prééminence du travail psychothérapeutique et psychanalytique, qui rehausse l’individu à l’état de personne unique en s’établissant sur l’intimité langagière et discursive d’une relation unique et privilégiée, et qui seul est apte à faire se retrouver la vérité de l’unicité vitale hors des restrictions aliénantes et des impositions surmoïques, d’abord, fonction des transferts accompagnants, puis limpide et éclairant comme le narcissisme retrouvé, remet à leur juste place les combats revendicatifs et obéissants qui sont, disons-le nettement, d’un autre âge.

Nicolas A. KOREICHO
13 janvier 2011

Dialogue – Juin 2009 : II – La pleine écoute

Juin 2009 : dialogue entre un psy et un coach

« Chercher le bonheur dans cette vie, c’est là le véritable esprit de rébellion »
Henrik Ibsen

II La pleine écoute

Nicolas de Beer
La pleine écoute, ne se satisfait pas d’écouter les mots, attentivement, d’être présent, bienveillant et pour beaucoup, « reformuler » ce qui a été dit pour signaler au client qu’on l’écoute et le comprend. Serait-ce une envie de nous légitimer de cette façon, aurions-nous peur que notre client ne se sente pas compris ? A ce sujet, nous nous sommes aperçu depuis un certain temps que faire reformuler le client est bien plus efficace que de reformuler soi-même ses propos.
Ecouter, c’est aussi observer avec les yeux, avec le corps, les oreilles et aussi faire appel à la pensée.
Observer, pour agir, ne pas agir, aider, ne pas aider. Pour certains aussi interpréter les propos.
Regarder l’autre avec ses yeux, c’est être attentif aux expressions de son visage, ses expressions par rapport aux mots qu’il exprime, aux mots que j’exprime, aux silences que je pose, aux silences qu’il pose. C’est aussi être attentif à la position de son corps, en avant, droit, en arrière, détendu, tendu, etc.
Part-il en réflexion, alors je me tais ? Se détend-il, je le laisse ? A-t-il un visage interrogateur, je me peux me demander si je réponds ou me tais. A-t-il besoin de moi, j’y suis attentif, comment ? Ou pas ?
Observer avec mes oreilles, écouter donc. Je peux écouter à plusieurs niveaux. Ecouter les mots, certains pour y trouver du sens, y relever une répétition, un mode culturel, des contradictions, des répétitions, etc. Certains vont écouter ce que les mots disent qui n’est pas dit, l’absent mais implicite, inspiré des travaux de Derrida ; certains vont chercher la demande cachée ; certains vont chercher des associations de mots ; d’autres vont écouter les stratégies derrière l’expression ; d’autres encore vont observer ce qui se dit entre eux et le client, se demandant s’il y a une analogie avec un dialogue de mon client dans son contexte problématique. Etc.
Ecouter aussi à l’intérieur de soi, les associations, ce que soudain « un moi me dit », les voix intérieurs utiles ou inutiles. Et être attentif à son « courant de conscience » dont parle William James et qui s’écoule sans fin dans mon cerveau. « la conscience de soi n’est pas le point de départ mais un point d’arrivée, celui d’interactions sociales et publiques, de notions communes (langage, croyances…) déterminant notre conscience.
Expérimenter physiquement ce qui nous arrive, c’est une écoute du corps, des ressentis. Ayant un thérapeute pour traiter de ses propres difficultés, de ses résonances, il est possible que certains de des ressentis du praticien soient le vécu d’une partie de l’expérience que le client vit.
Tout ceci, nous amène à des négociations intérieures qui nous feront prendre une décision d’agir ou de ne pas agir, de proposer ou de se taire, ou tout autre chose.
Etre attentif à ne pas réagir, à faire ce qu’Alfred Korzybski appelait « une pause sémantique », mettre de l’espace entre le message reçu et son propre message, s’il y a lieu. Et toujours se laisser plusieurs choix, répondre et alors de multiples manières, ou ne pas répondre, ou encore donner un délai à sa réponse…
La pleine écoute implique d’être conscient à de multiples niveaux, que l’on utilise le paradigme psychodynamique, cognitivo-comportementaliste, gestaltiste, systémique, socio-narratif ou d’autres.
Elle semble indispensable pour respecter le client, respecter sa demande, co-élaborer ensemble les séances.

Nicolas Koreicho
Quel titre, et quel défi, pour nous qui nous honorons d’avoir la meilleure écoute, c’est-à-dire la plus juste.
Pour cela, nous disposons en effet de notre regard, dans le sens naturel, de nos yeux qui à leur tour sont observés (attendus même), et dans le sens culturel, avec toute notre histoire personnelle et professionnelle.
A quelques moments, il est d’ailleurs bon que les regards s’abandonnent, dans la contemplation de l’autre, ou dans le vide d’un mur, d’un tableau, d’un velours, afin de laisser l’autre prendre sa liberté, remplir l’espace de ses yeux.
Nous disposons également de notre écoute, éminemment complexe et enchevêtrée dans les discours de l’autre, et dans nos propres discours intérieurs. La justesse et la stratégie d’accompagnement nous font jouer là un merveilleux rôle quasi tactile pour jouer et tourner dans nos discours qui se cherchent, s’exaltent, se résolvent, en émotions, en illuminations, en sanglots, en rires, en consolation et en rationalisation, toujours…
Nous devons demeurer scientifiques et analystes dans nos circonvolutions platoniques.
Cependant, il nous arrivera d’observer et de compléter notre vision (regard, écoute, compréhension) par tous ces moments qui font le sel de nos métiers, c’est-à-dire la chaleur ou la froideur du visage, la souplesse ou la raideur d’un corps, la manière dont la vie a sculpté une silhouette, lui a donné rythme, respiration, battement ou gestualité, l’odeur d’une personne, de son pays, de sa ville, de sa maison, de sa peau, du soin qu’elle a de son apparence, de la qualité de son énergie, défaite, subjuguée, à côté, ou prompte à bander l’arc de ce qu’elle a de conquête.
En effet, c’est ce que tu appelles les « négociations intérieures » et qui me paraissent être une des clés du bon professionnel, on doit là aussi être au plus juste de ce que l’on fait de ce qu’on ressent, de ce qui se tait et de ce qui se défait. Tout n’est pas à relever, à prendre, à renvoyer. L’analyse du transfert et du contre-transfert sont là pour nous y aider. Il faut prendre le temps de l’accueil, de l’interstice, du « je ne sais quoi et du presque rien ».
Dès lors, le respect se développera et s’imposera comme La qualité profonde et entière à restaurer et à nourrir sans cesse pour que, finalement, elle s’impose d’elle-même dans un paradigme analytique responsable.

Nicolas de Beer
Je prends au vol deux mots : complexité et respect.
Oui, honorer la complexité, baigner dans la complexité, écouter la complexité, respecter la complexité de l’humain, et d’autant plus la relation entre deux êtres. Accepter l’ambiguïté. Une écoute respectueuse ne cherchant pas à simplifier la parole de l’autre, la réduire, à l’appauvrir pour se simplifier la vie de praticien. Vivre et accepter le mystère. « Il est bien vrai que les gens gagnent à être connus. Ils y gagnent en mystère ». (Jean Paulhan)

Nicolas Koreicho
Je dirais, et comme c’est la Centième de la Newsletter du site de Médiat-coaching, que le thème intitulé par toi, Nicolas, « La pleine écoute », est non seulement important pour l’efficacité et l’éthique de nos métiers de l’accompagnement, mais qu’en outre ce thème est peut-être un de ceux qui reflètent le mieux les plus profonds malentendus de notre société.
En effet, ce que nous disent l’adolescent qui commet un geste violent envers son professeur, l’épouse qui fait disparaître son enfant, le militant qui promène son vote entre différents refus, et par respect pour notre démocratie, si complexe soit-elle, il faut apprendre (et enseigner) que l’on peut croiser le sauvageon tout puissant qui doit rencontrer la Loi, l’épouse délaissée qui doit saisir le bien fondé de la sanction, l’idéologue déçu qui doit subir pleinement le discours des urnes, que ceux-là n’ont pas été écoutés, et qu’il y a encore bien du mystère à connaître. Médiat a encore de beaux jours devant elle.

Dialogues – Mai 2009 : I L’écoute, une qualité

Mai 2009 : dialogue entre un psy et un coach

« Qui a le goût de l’absolu renonce par là au bonheur. »
Aragon

I L’écoute, une qualité

Nicolas Koreicho
Bien loin de ce qui était pertinent à la fin du 19ème siècle à Vienne pour une société fonda-mentalement différente de la notre, culturellement et en complexité, je postule que tout est dans la présence non pas flottante mais constante et effective du thérapeute que repose la qualité de la psychothérapie. Dès lors, le bon psy est celui d’abord qui peut instaurer une forme de dialogue intime, sincère, adapté, serré, précis, attentif, bienveillant, profond, analysé transférentiellement.

Ces quelques lignes reflètent les plaintes des analysants et des patients vis-à-vis des psychanalystes neutres, absents, silencieux. D’abord de la part des gens ordinaires, mais il peut de plus en plus souvent s’agir de psychanalystes en formation qui ont été abusés trois fois par semaine pendant 10 ans, simplement pour être inscrits sur les annuaires de sociétés sectaires, d’écoles prestigieuses, d’associations lucratives pour les titulaires, dans lesquelles les notables, les copains et les coquins font leur beurre, qui écrivent des livres assertifs (ni démonstratifs, ni logiques, ni argumentés), n’ayant que peu de patients, ils ont le temps pour ça, mais qui soumettent et exploitent leurs quelques pairs nourriciers… à coup de règlements intérieurs, de statuts, de contraintes qui transpirent le mépris et l’absence de considération pour la vie, la vraie vie, celle des histoires des gens qui veulent être, à tous prix, considérés !

Je suis pour ma part celui vers qui l’on va après. Après avoir essuyé les absences… Celles de psychiatres iatrogènes, de psychologues sauveurs, de psychanalystes supposés savoir et appliqués à ne rien en dire… Ces patients, mes patients, se voient reprendre les grandes étapes de leur propre analyse pour les structurer enfin, les relativiser alors, les repenser sans honte à la lumière d’une psychopathologie clinique, pour remettre en perspective leurs véritables capacités à faire le bien, pour eux, et le moins de mal possible aux autres…

Ces lignes s’inscrivent contre une psychothérapie toute puissante et volontiers culpabilisante qui laisse dans le silence, qui n’argumente pas, qui n’explique pas, qui ne discute pas, en faveur d’une psychanalyse ou d’une psychothérapie analytique efficace et libératrice qui rend plus heureux et qui n’empêchent en aucun cas que se développent chacun des éléments constitutifs d’une psychanalyse, ou d’une psychothérapie analytique, réussie. Etre heureux ? Ce mot ne doit pas faire peur. Il est l’idée qui envoie les déçus de tous les « psys » vers nous. Aller mieux. Allez ! Mieux ?
Et du côté des coaches, comment ça marche ?

Nicolas De Beer
Qu’est-ce que l’écoute, à quoi ça sert dans la relation d’aide ? Dans le coaching ?
C’est une question que nous pouvons nous poser. En effet c’est un concept tellement acquis, tellement évident, une qualité tellement nécessaire, qu’il serait peut-être temps de dépoussiérer, voire de remettre « en questions » cette vaste et floue qualité. Remettre en question veut simplement dire, se poser des questions à ce propos et non remettre en question le fait qu’écouter doive exister !

Souvent nous entendons de la part de personnes qui viennent nous voir pour apprendre le métier, l’écoute est une qualité essentielle. Certes ! Mais laquelle ?
L’écoute flottante, l’écoute active, l’écoute tournée vers le praticien, l’écoute tournée vers le client ? La double écoute ? Poser un silence ?

L’écoute tournée vers le praticien est une écoute orientée vers « le besoin d’information » en vue de décoder, diagnostiquer, avoir une représentation du client ou de son problème. Les questions vont alors aller dans ce sens : « Dites m’en plus à ce propos » … C’est une écoute qui cherche à des fils pour remplir les trous de la tapisserie, de trouver une ou plusieurs pièces du puzzle dans l’objectif de qualifier, caractériser voir classifier le client. C’est en quelque sorte, une curiosité tournée vers soi.

L’écoute tournée vers le client, est une écoute faite de curiosité, d’attention au récit de l’autre, à la découverte de sa différence. Donc, en tant que praticien, je ne raccroche pas mon client vers le connu, mais je le distingue. Mes questions vont avoir pour objectif de le faire travailler pas de m’aider à comprendre. Ce sont des questions-tâches. « Quand vous me dites cela, qu’être-vous en train de me dire ? » « Racontez-moi une histoire ou ça c’est passé différemment de cette fois ? Comment cela se passe-t-il quand le problème n’apparaît pas ? » …
Alors écouter, oui. Mais écouter quoi ? Et jusqu’à quand ? L’information qui augmente le savoir du praticien, écouter afin de parler, de poser une question qui aidera le client à relier des idées, des concepts, des événements ?

Et puis, une autre option souvent bien utile, c’est l’écoute remplacée parfois par le silence posé. Le silence extérieur et intérieur. Soudain, au coin d’un propos, je pose un silence. Ce n’est pas un silence gêné, un silence hésitant, un silence venu parce qu’on ne sait pas quoi faire, pas qui être. Celui qui surgit de ces circonstances marque possiblement une attitude peu professionnelle.
Dans le silence posé, nous sommes dans un espace fort différent de « l’écoute ». C’est une intervention, un silence actif, un espace concave, un espace d’accueil, un lieu de libre pensée pour le client, un temps où le client chemine, monologue, agit, surgit.

Mai 2009

Dialogues – Avril 2009 : intégrisme, intégrité

Avril 2009 : dialogue entre un psy et deux coaches

« Qui a le goût de l’absolu renonce par là au bonheur. »
Aragon

Intégrisme, intégrité
Nicolas de Beer, Isabelle Laplante & Nicolas Koreicho

Nicolas Koreicho
Tu souhaitais que l’on différencie Intégrité et Intégrisme. Voilà qui nous fait passer de l’intégrité, c’est-à-dire ce qui est intact, entier, « droit dans ses bottes », la probité, voire l’irréprochabilité, à l’intégrisme, c’est-à-dire la soumission à une vieille doctrine d’étroite observance, la tradition, (à l’origine une subordination de l’Etat à l’Eglise), l’opposition au moderne, bref, toute forme d’obscurantisme.
Dans les métiers de l’accompagnement, il s’agit donc :
– pour ce qui est de la métapsychologie, d’œuvrer pour l’intégrité, de permettre que le patient puisse redevenir intègre, ce qui ne va pas de soi, compte tenu de la place de l’Autre dans les processus d’évolution de la personnalité : « L’enfer c’est l’autre », et il faut devenir soi-même comme le disait l’ami Nietzsche, dans toute son estime et sa confiance de soi retrouvées. L’intégrité du professionnel n’est pas en question, dès lors qu’il se situe dans une forme actuelle de l’éthique, approfondie de la technique, et qu’il est allé jusqu’aux termes d’un travail sur soi réussi.
– pour ce qui est du coaching, les conditions d’exercice de son intégrité sont les mêmes, puisqu’il s’agit pour lui, non plus de permettre l’autonomie, mais de la considérer comme une condition sine qua non de l’action et de la réflexion de son client. Son intégrité à lui serait de ne pas trop laisser parler son envie de délivrer une solution qui mettrait son patient dans une position de soumission à l’autre.
Pour le psy et le coach, il est question facilement d’intégrisme, dans la mesure où la tentation est grande de remplacer les éléments non complètement identifiés dans un travail sur soi qui ne serait pas mené soigneusement et régulièrement (grâce à l’analyse des processus relationnels spécifiques dans les définitions personnelles intersubjectives et inconscientes, et grâce aux remises en question dont ils sont – et tant mieux – les objets) par une doctrine, une grille, un gourou, une école, une association où les maîtres à penser se sont réfugiés dans la position de conserver (coûte que coûte : c’est le cas de le dire) leur forteresse dans un discours inextinguible, exemptés de remise en question dès lors qu’ils sont arrivés. Leur sécurité (sociale) les fait passer avant celle de leurs patients et de leurs clients.
Dis-moi dans quelle madrasa tu as fait tes classes et je te dirai qui tu es.
Les deux métiers, psy et coach, se rejoignent dans la nécessité de favoriser l’autonomie de la personne, selon deux acceptions différentes et toutes deux respectables de l’éthique.
Bon. Je vais courir pour sauvegarder mon intégrité physique au présent, en observant les intégristes du jogging lutter contre le temps passé !

Isabelle Laplante
J’ai envie de m’inclure dans votre conversation, car elle résonne. Quand je pense à l’intégrité, j’entends se décliner sa famille sémantique, intègre, intégrer, intégration, et son anti-famille, intégrisme.
A mon sens l’intégrité relève d’un processus d’unification (l’intact, l’entier, comme tu le dis Nicolas), d’harmonie. Une femme intègre (et un homme aussi, d’ailleurs) est fidèle à l’éthique, loyale à ses principes et engagements de vie, respectueuse de ses valeurs et de ce qui est précieux pour elle/lui. Elle/il est dans une dynamique d’inclusion, d’intégration de la pensée, de l’affect. Intègre serait être un, intégré serait être uni.
J’oppose l’intégrisme à l’intégrité en ce sens qu’il me semble relever d’un processus d’unification pervertie, c’est-à-dire d’un principe d’exclusion. Un homme intégriste (et une femme aussi d’ailleurs) prêche une morale reposant sur le rejet de toute proposition différente. Il/elle n’est pas animé par la loyauté, mais enkysté, sclérosé, et se révolte contre ceux qui ne pensent pas ou ne ressentent pas comme lui. L’intégrisme mène à la désintégration.

Ainsi, sous la même apparence de recherche de l’entier, du « un », l’intègre est dans un mouvement « aller vers » (vers les valeurs qui le portent) et l’intégriste est dans un mouvement « éviter de » (éviter les anti-valeurs qu’il refuse). Avec pour résultat l’intégration pour l’un et la désintégration pour l’autre.
L’intègre propose le dialogue, garantie d’une fertilisation croisée –c’est de la rencontre que l’émergence de nouveauté peut jaillir– et l’intégriste impose la soumission à sa loi –la rencontre lui est une menace pour exactement la même raison– avec violences pour ceux qui voudraient en discuter.
Alors, le coach et le psy dans tout ça ? Moi, j’en ai rencontré des deux bords. Mais, dans toutes les familles, il y a des voyous aussi.

Nicolas de Beer
Je mets mon grain de sel, je prendrai l’intégrité ici dans le sens : « l’intégralité de soi ». Alors cela voudrait-il dire que l’on ne fait pas un accompagnement « à moitié », ou encore avec une seule partie de soi ? Que l’on s’investit auprès du client ? « Utilisant » certaines démarches, approches, certains pourraient croire qu’il est possible de n’intervenir qu’avec des outils, grilles, classifications. S’il est parfois pertinent d’utiliser ces outils, grilles… ce n’est pas à la place de… mais comme complémentarité, comme une aide possible, en plus de l’indispensable : la connaissance de ses limites en lien avec la demande du client, la posture adaptée, la capacité d’accompagner avec sa personne entièrement, un travail étoffé sur soi et sur le soi praticien.
Et, l’intégrité se pratique dans un contexte précis, accompagné du respect en lien avec l’autre. Le professionnel intègre serait en vigilance dans un contexte partagé avec son client, et est bien délimité par ses compétences. Elle ne peut s’envisager dans l’absolu. Alors peut-être doit-elle se manifester par le respect du client et le respect de soi, la tolérance à l’autre et à soi, partager une éthique. L’éthique régule, tempère ; ce sont des règles que l’on va choisir pour mieux vivre ensemble.
Par ailleurs, l’intégrité accueille le doute, la critique la remise en question. Ethique, intégrité, vont bien ensemble.

Au contraire, l’intégrisme est intolérant, affirmatif sur ses savoirs, n’a pas de doutes, veut séduire, voire conquérir, n’a pas de limites, utilise tous les moyens. Séducteur et/ou répressif, son objectif : rassembler pour convaincre plus de monde, être complimenté, voire admiré ou/et craint. La critique n’est pas de mise.
L’intégrisme est ambiant, subreptice, feutré de nos jours en Occident. Oui, je suis d’accord, c’est une doctrine, des idées reçues, des théories incontestables sur la relation, sur les clients. Elle a quitté l’Eglise pour se réfugier aussi dans la société civile. Combien de couleuvres avalons-nous ? Combien de vérités toutes faites, d’idées reçues ? Comme de croire que certains clients viennent nous voir et n’ont pas vraiment envie de s’en sortir, ou qu’on serait capable de les changer, ou que telle hypothèse de travail est passé au statut de vérité. Tomber amoureux de sa théorie au point de la croire vraie peut amener à de l’intégrisme ? Pas toujours, mais possiblement. Les modernes en sont souvent capables tels ceux qui pensent que la recherche de la vérité est nécessaire, « la solution économique » sera trouvée un jour, la vitesse est inéluctable, ainsi que la performance, la réussite ou … Tous ces enjeux que nous n’avons pas choisi et qui nous poussent habillement vers un intégrisme envers soi. Les normes imposées seraient-elles de cette nature ? Les modernes ne sont-ils pas tombés amoureux de leur voie unique, la recherche de la solution, de la vérité. Convaincre même par la force que la pensée occidentale est la meilleure, voire la seule ?

Responsables d’une école, nous sommes évidemment vigilants à notre travail et à notre position. Bien conscients des risques d’imposer, nous pensons nécessaire d’avoir un espace théorique suffisamment large pour éviter de se laisser séduire par une seule démarche spécifique quelle soit scientifique, philosophique, thérapeutique. Vigilants à prioriser éthique et pratique sur les théories et concepts, les démarches seront vérifiées en rapport à la pertinence, au fait qu’elles soient actionnables et donnent des résultats chez celles et ceux qui viennent se former.
Quant à l’outil, le dogme, la grille, la classification, ils sont au coin de la rue. Au-delà de l’étique et de l’intégrité, l’autonomie de penser, s’autoriser à penser différemment de la pensée dominante, être attentifs à prioriser l’autonomie du client, voilà d’autres attentions nécessaires, que nous soyons psy ou coachs.

Nicolas Koreicho
Je trouve très pertinent le balancé que fait Isabelle entre l’intégrisme et la désintégration. On touche là à l’intégration de la politique dans la personne elle-même et à ce qu’elle fait de ses convictions. Ce qui est à relever ici, c’est l’idée que le geste, le mouvement, l’effectivité du propos révèle l’homme même. Celui qui, pour défendre une idée, vilipende, critique, détruit, ne démontre en fait d’idée que son agressivité, sa violence, son incomplétude, l’absence de travail sur soi.
Par conséquent, en ce qu’il fait violence à l’autre, à l’éthique du respect de la pensée de l’autre, l’intégriste impose la soumission non pas à une loi, mais à l’absence de loi, puisque la justice ne s’y trouve pas : une loi injuste ne saurait être légitime bien longtemps.

Pertinente également, Nicolas, l’idée selon laquelle on ne doit pas faire les choses à moitié : Le psy qui ne moufte pas, enfermé dans un dogme obsolète et nuisible, le coach qui ne donne pas un conseil, emmitouflé dans une certitude confortable et facile.
Bref tout enfermement est une régression, pour soi comme pour l’autre. A ce titre, l’intégrisme ne veut pas séduire, il veut soumettre, ce qui est son inverse. La séduction oriente, incline, suggère, alors que l’intégrisme impose, détourne, pervertit. La séduction propose, construit, fait exister, cependant que l’intégrisme impose, détruit, anéantit.
Rien de tout cela dans nos démocraties ? C’est pourtant là où règnent les maîtres à penser, les sommités auto proclamées, les people de la superficialité et de l’imposition de leur image. Et en effet, si le dogme est au coin de la rue, il est peut-être deux ou trois principes qui peuvent désacraliser l’autonomie, notion complexe, aléatoire et subjective : c’est par exemple le bien être, le bien vivre, le libre arbitre, la parole libérée, etc. … Cependant, le laisse émerger les associations qui peuvent naître de la belle métaphore d’un qui vient d’entrer dans la cour des grands : « Aux dirigeants de la planète qui sèment le conflit et rejettent la responsabilité de leurs maux sur l’Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous avez bâti et non sur ce que vous avez détruit. » (Discours d’investiture, Barack H. Obama. 20 janvier 2009).

Avril 2009

Dialogues – Mars 2009 : co-incidences…

Mars 2009 : dialogues entre un psy et un coach

« Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer »
A. Artaud

Co-incidences, reliance, associations d’idées, synchronicité, …
Nicolas de Beer & Nicolas Koreicho

Nicolas de Beer :
« La coïncidence n’est due qu’à l’homme qui fait le lien entre deux événements » (Karl Popper)

Interrogeons-nous sur le concept de synchronicité, ou de co-incidence, c’’est-à-dire deux événements que nous, êtres humains verrions comme reliés. Certains diront « il n’y a pas de hasard », d’autres « reliances », d’autres encore utiliseront le terme de « synchronicité ». Ce concept prend, pour beaucoup, une grande place dans l’interprétation de le vie, nous permettrait de filtrer et donc d’interpréter notre vécu, donner du sens à notre vie.
Tout aurait du sens, relié à un autre événement, geste… La reliance, la synchronisité pourrait-elle être, pour certains abusivement la clé du sens ?
». « Tout a du sens ». « Il a eu des difficultés lors de la dernière séance, il n’est pas venu à la suivante, il n’y a pas de hasard… »

Mais comment ce concept pourrait-il être pertinent, comment l’utiliser sans en user ?
OK, c’est une possible porte d’entrée pour le praticien, il peut questionner cette co-incidence, forcer le trait, exagérer, provoquer, influencer. Il peut donc utiliser la synchronicité de même qu’il utilise l’analogie. C’est un artifice, une intervention pour aider le client. Cela permet de poser des hypothèses dans l’espace, de générer des questions différentes. Mais cela ne dévoile pas la vérité derrière l’inquiétante brume, cette vérité qu’il nous faudrait découvrir, car grâce à elle nous serions sauvés ! La séduisante vérité à trouver, magie derrière le réel.
« La finalité n’est importée dans la nature que par notre intellect qui s’émerveille d’un miracle dont il est en premier lieu l’auteur » (Schaupenhauer)

En tant que praticien de la relation d’aide, il est nécessaire de me poser la question : relier des éléments entre eux pour comprendre le client, en tirer des déductions, ou aider le client à relier des éléments entre eux et le laisser trouver ce qui est pertinent pour lui ?

On ne fait de liens qu’avec ce que nous percevons et décidons de sélectionner ! Alors, quand un client nous parle nous ne percevons qu’une partie de son discours. Les liens que nous faisons nous concerneraient donc. Il n’y a de sens que pour celui qui perçoit, voit, entend, sélectionne et relie des éléments, événements entre eux.
Quid du client ?
Ce n’est pas l’univers qui fait des liens, ce sont les hommes, pour leur propre confort, pour donner du sens, mais qu’y a-t-il de réel dans tout cela ?
« Souvenons-nous que nous n’observons pas la nature elle-même, mais la nature soumise à notre méthode d’investigation » (Heisenberg)

L’outil qui se prend pour la théorie, c’est une dérive possible. Percevoir la « synchronicité » comme réelle peut en être une. Une personne décodée pour des co-incidences et qui par les conséquences qu’elle subit peut se retrouver responsable et donc fautive voire coupable. Si elle a des maux de dos c’est qu’elle a voulu trop porter, elle n’était pas obligée. Son cancer vient de son refus d’accepter la réalité. C’est un conflit interne…
La personne est non seulement blessée dans son corps mais en plus victime de la toute puissance de la cause à effet injustement soulignée par le corps social en mal de savoir fast-food.

« Quand les événements nous échappent, feignons de les avoir organisé ». Tant d’entre nous voudraient pouvoir donner du sens à tous les événements, trouver une cause à un effet, comme si notre vie en dépendait.
Créer des règles, des normes pour établir une universalité. Donner du sens à sa vie par ce moyen.

Nicolas Koreicho :
Evidemment, tout a du sens. Comment pourrait-il en être autrement ?
Ce que recouvre le terme de synchronicité répond à une double facilité : de discours, puisqu’il n’est pas toujours question dans l’emploi du terme de « temporalité mise en commun », de sémantique, car il est une façon de dire qu’on ne va pas au-delà du terme lui-même. Or, il est des milliers d’occurrences différentes d’une simple coïncidence qui vont au-delà du sens manifeste, et qui sont simplement autant de correspondances entre un sens caché et un sens apparent, lui, facile à relever.
En effet, à partir de l’intuition ou de la coïncidence que l’emploi du mot « synchronicité » (néologisme) présuppose, on peut analyser ce qui fait dire « Tiens, il y a synchronicité » (synchronie suffirait). Oui. On peut, et on doit, lorsqu’on est en position d’accompagner une personne qui ne comprend pas forcément tout à sa vie, professionnelle ou personnelle, analyser. Pour découvrir (ou inventer : mettre au vent de la lumière de la vérité, pourquoi pas ?) ce que tu appelles la magie derrière le réel, c’est-à-dire selon moi une interprétation qu’on doit faire la plus exacte possible, seul ou dans le dialogue, selon les cas.
Dès lors, à partir de cette intuition que quelque chose se passe du côté, non plus du réel, mais de la réalité de l’interprétation à faire, à produire, à partager, on peut tendre des perches, faire des ponts, établir des liens, ouvrir des portes, afin que l’autre ne se voit pas servir une réalité toute crue et indigeste, mais bien de lui permettre de se déplacer dans un espace nouveau qui ne correspond pas à une partie de son discours mais à une vérité pleine et entière « à un moment donné », la synchronie étant rejointe ici.
A ce moment, cette lumière posée sur la réalité et son plaisir trouvé, c’est ce que l’interprétation réussie modifie, provoque, convoque, touche dans le monde de l’autre, à condition d’être là pour faire quelque chose des conséquences de cette interprétation esquissée, si possible dans une certaine délicatesse, ce qui n’est pas toujours chose aisée.
Il est certaines réalités qui peuvent cependant être dites, dénoncées. Là, tout va dépendre, pour choisir ce qui peut ou ne peut se dire et comment, de techniques de fond, les concepts, et de techniques de forme, les talents.
Finalement l’idée étant de faire coïncider ce que l’on comprend avec ce que l’autre peut en faire : une synchronie engagée.

Nicolas De Beer :
Tu as raison de parler de synchronie plutôt que de synchronicité.
La synchronie c’est : envisager une situation à un moment donné – c’est un état – un arrêt sur image – relier des éléments (événements ?) entre eux à l’intérieur d’une frontière oui (thème partagé) mis hors du temps. S’arrêter pour donner du sens ?
Quoique ce soit existe-t-il sans temps ?
La diachronie propose d’introduire la dimension temporelle (qu’il n’y a pas dans la synchronie) : c’est envisager une situation comme évolutive – un processus plutôt qu’un état – relier des événements (ou des éléments)) entre eux autour d’un thème commun à travers le temps. On y ajoute la dimension temporelle.
La première systémique établissait qu’un système ne pouvait que rechercher l’équilibre (homéostasie) et reproduisait ainsi le même problème. Perception désespérante puisque plus on change moins on change.
La seconde systémique (dite dynamique ou encore biologique) introduit le « processus », le temps dans la situation arrêtée. Celle-ci ne tourne plus en rond mais est un continuum. Et alors ce n’est plus un scénario qui se répète mais une histoire qui se déroule.

Tu dis que tout a du sens. Alors je te demande si il serait possible plutôt de formuler ainsi « Dans mon paradigme, que tout ait du sens est souvent utile au client » ?
Et si la vie n’avait pas de sens, et que nous ayons besoin de lui en donner un comme si cela nous aidait à vivre ? Ce n’est pas nouveau. Donner du sens est important pour nous, cela nous permet de rester cohérents. Comme le disait Cioran « Ce matin, après avoir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j’ai renoncé à faire ma toilette : à quoi bon se laver encore ?

Tu me parles d’intuition. Si tu te sers de la synchronie comme moyen pour aider un client à envisager autrement, éclairer le paysage différemment et non comme une vérité, je suis à côté de toi, évidemment. C’est convoquer, inviter à envisager d’autres possibles, et c’est une « voix » d’intervention.
La synchronie serait-elle le moyen pour chacun de commencer à raconter une histoire hors du temps, comme on disait « Il était une fois… » Dans ce cas, et si cela aide le client à se dire une histoire différente et plus confortable ou plus aidante que celle qu’il se raconte, oui, trois fois oui. Parfois ! Gardons cela comme une possible intervention parmi d’autres, mais pas la « clé des champs ».
Ma façon d’intervenir serait plutôt d’aider à quitter la synchronie pour aller vers la diachronie, c’est-à-dire passer d’une histoire que le client se raconte en boucle et ou la dimension temporelle est absente générant « un jour sans fin », pour passer à la ré-inscription d’événements dans l’histoire de la personne réintroduisant ainsi la dimension temporelle.
Relier des événements entre eux pour créer une nouvelle histoire qui continue à s’écrire et continue même après la mort de la personne, car elle continue tant que l’on parle d’elle oui. Belle et vivante est alors cette histoire. Belle aussi est la vie des personnes.

Nicolas Koreicho :
En effet, peu de choses existent sans temps, sauf une, qui est de taille : l’inconscient. Il est lui atemporel et anhistorique. Des éléments en sont inscrits, qu’on peut éventuellement dater, mais nos cellules, notre corps, notre esprit en sont pénétrés, et à jamais.
La vie n’a pas de sens tant qu’on ne l’a pas saisi. Ensuite, à partir de ce qui est saisissable, tu as raison de dire qu’il faut jouer à l’aiguilleur et garder, distribuer, approfondir, transmettre, en tant que de besoin et, comme tu le soulignes, en fonction d’une utilité.
Oui, l’intuition c’est un de nos trésors, comme ce que l’on ressent. Cela nous appartient, et il faut y tenir dur comme fer. C’est une chose que l’on peut garder et donner aussi. Ainsi, le moi se renforce, et la confiance suit, le dialogue ne peut que s’y retrouver.
Très belle idée de vouloir permettre à – je préfère à aider – l’autre à passer de la synchronie bouclée, trop inscrite et obstinée, à la diachronie, qui réinscrit les événements dans la vraie vie et dans le présent qui se poursuit sur une histoire réappropriée. Je suis cependant étonné par la licence – c’en est une, n’est-ce pas ? – qui te fait dire que la vie des personnes est belle, j’y veux voir autre chose que de l’optimisme et j’y trouve moi de la poésie ce dont je suis, comment dire, comme deux ronds de flanc !

Mars 2009

Dialogues – Février 2009 : sur la relation

Février 2009 : dialogues entre un psy et un coach

 » Nous étions faits pour être libres,
Nous étions faits pour être heureux
Le monde l’est lui pour y vivre
Et tout le reste est de l’hébreu. »
Aragon

Sur la relation, en coaching et en psychothérapie
Nicolas de Beer & Nicolas Koreicho

Nous publions quelques échanges d’un dialogue entre un coach et un psy sur un mode possible de relation coach – client et psychothérapeute – patient, étant entendu que ce dialogue dialectique pose des questions qui touchent à la fois la nature de la relation coach – client mais aussi psy – patient, et sur un point de débat éthique sur le bien-fondé d’une relation authentique.
Les auteurs de l’article courent le risque de dévoiler quelques bribes de leur pratique afin que le lecteur, dans la mesure où il peut situer sa pratique dans un ensemble d’idées qui ne craignent pas de revenir sur des questions de fond, peut s’évite de se reposer sur des certitudes, toujours dangereuses.

Nicolas de Beer :
Le praticien comme re-tisseur de relation sociale.

Nous entendons souvent dans nos séances, avec nos clients, l’expression de difficultés relationnelles. Elles peuvent être directement exprimées dans les entreprises comme des difficultés à communiquer avec un collègue, un adjoint, un membre de son équipe, un supérieur hiérarchique. Hors entreprise comme la difficulté à faire des entretiens, à aller chercher de l’information pour avancer dans son projet… Bien-sûr tous les cas qui se présentent à nous ne sont pas ceux-ci. Et pourtant ils sont fréquents.
Nous pouvons alors souvent remarquer que cette difficulté ne date pas d’hier, que la relation est même parfois inexistante dans la vie de la personne, qu’elle est parfois un peu factice, qu’oser la relation n’a été possible que peu de fois, ou que l’expérience de la relation authentique n’a pas encore eu lieu, et même n’a jamais eu lieu.
Je m’explique. Notre société nous demande toujours plus, nous demande de réussir, de nous montrer forts, d’être beaux et jeunes. Alors comment parler de nous sinon pour dire que ça va ! Que nos relations sont bonnes. Parler, dire, poser des actes, ne pas être d’accord, se confronter, c’est possible, c’est même un signe que nous sommes vivants. Ressentir des moments de doute, de pessimisme, c’est aussi la vie. Mais quand nous n’allons pas, nous serions en échec, quand nous ne sommes pas en forme nous serions en échec, quand nous sommes fâchés, nous ne savons pas nous contrôler, bref nous devrions réussir à avoir de bonnes relations si nous avions fait suffisamment de « travail sur soi ».
Cette vitesse, cette performance, ce manque de temps, la perfection impossible nous soumettant à une la discrétion obligatoire sur notre vie amènent certaines personnes à avoir un discours sans aspérités.
Face à l’émergence de plus en plus forte de ce comportement social obligatoire et isolant, se met à émerger des outils relationnels : FaceBook, YouTube, Flickr, Viadeo, Tweeter, …
Je suis connu, j’ai 3000 personnes dans mon réseau… Je communique avec le monde entier, j’ai des amis partout…Mais ces relations sont pauvres émotionnellement. Nous ne critiquerons pas ces moyens de communication car ils ont le grand avantage d’exister et de remplace une relation devenue quasi inexistante.

Nous avons remplacé la relation de qualité, faite de différences ou on ose se dire avec des risques vivants par une relation lisse, polie, sans relief, virtuelle, une relation quantitative.

Et nous nous retrouvons, nous, coachs, et peut-être aussi certains thérapeutes, comme des personnes aidant à co-créer, à co-inventer une relation humaine authentique, vivante, de qualité, sans enjeu de pouvoir. Avec parfois une seule intention : faire expérimenter, toucher du doigt une relation authentique, vivre une relation de qualité.
Plusieurs clientes et clients avec lesquels j’ai travaillé exposaient des difficultés de rester dans l’organisation car elles/ils n’arrivaient pas à dire leur difficulté, demander de la reconnaissance, se faire respecter, peur de dire au risque d’une fâcherie fatale… Et, vers la fin de la séance, quand je demandai comment elle/il se sentait, les client(e)s me disaient qu’elles appréciaient surtout la qualité de relation, la possibilité de s’exprimer, de dire, d’avoir osé… Vous allez me dire que j’enfonce une porte ouverte, d’accord ! Les métiers de la relation d’aide sont là pour avoir des échanges « profonds ». Non, Non, Non, c’était l’expression de la découverte qu’une relation humaine pouvait se dérouler et exister « vraiment » !
Je suis très interpellé par ce qui arrive, ce n’est pas au départ comme cela que j’envisageais mon travail. Il est au départ de permettre à une personne de trouver ou de retrouver dans sa vie professionnelle l’efficacité dans un certain confort ou de retrouver un lien avec la société par le biais d’un projet. Eh bien, maintenant ce sera aussi de trouver ou de retrouver une relation authentique en société, avec la société
Alors, serions-nous en train de devenir aussi des socio-praticiens ou des éco-praticiens ?

Nicolas Koreicho :
Ce qui s’exprime dans les difficultés relationnelles, particulièrement décelables au sein des entreprises, s’appuie sur des données fondamentales. Il y a bien sûr les systèmes transférentiels auxquels nous sommes habitués, puisque, ainsi que tout professionnel de l’accompagnement, l’on intervient comme le père qui peut protéger de l’administration, de la hiérarchie, des froids organigrammes, comme la mère qui doit nourrir la réflexion, les échanges, la prise en compte des points de vue, comme le grand frère ou la grande soeur qui pallie les défauts de l’autorité pas toujours bienveillante, loin s’en faut. Alors en effet, ces difficultés ne datent pas d’hier, elles sont même carrément archaïques.
Tout cela nous ramène, du coup, à la personne elle-même, et à ses capacités à dépasser des éléments, communicationnels, personnels, relationnels, qui n’ont pas encore eu lieu. « Nous ne sommes pas encore nés, nous ne sommes pas encore au monde, il n’y a pas encore de monde, les choses ne sont pas encore faites, la raison d’être n’est pas trouvée, la seule question est d’avoir un corps ».
Cela n’a l’air de rien, mais qu’avons-nous à opposer au discours de la performance, de l’efficacité, de l’immédiateté, de la jeunesse médiatique, sinon un corps en accompagnant un autre. Seulement ça, pourrait-on arguer, et comment ! Mais oui !

Les réseaux sociaux permettent-ils que l’on puisse retrouver un corps ? Choix de la photo, du profil, des référents, ils nous autorisent une autre image en tout cas. Ils sont censés se substituer à une réalité sociétale décevante. Mais en effet, qu’en est-il de la relation, où est l’échange, la vie, où sont les « aspérités » ?
Voilà en effet peut-être ce que nous faisons nous, professionnels de la relation, psys ou coachs : reconstituer une possibilité de relation, et, de là, réinventer l’idée de la personne, c’est-à dire un corps et une âme, pourvus de relief de manière que l’on fasse autre chose que glisser, lisser, policer : ralentir, s’accrocher, se rencontrer.

Nicolas de Beer :
J’ai envie d’ouvrir une autre porte dans cette digression sur la relation : que le client se connecte à l’authenticité (1), l’espoir personnel face à ou plutôt à la place de l’exigence sociale. Découvrir son histoire personnelle, celle qui peut l’entrainer vers l’envie, l’espoir, l’authenticité, plutôt que l’histoire qui est imposée, qui le formate, le norme. En fait un « semblable ».
Le corps ? Oui, a le droit à ses propres ressentis et émotions.

Et j’aime beaucoup ce passage ou tu parles du « lisse ». Je dirais passer du lisse au rugueux. A l’accident, à la froissure, à la fêlure, à l’événement, à l’erreur nécessaire. « Le monde réel se manifeste là où nos constructions échouent » disait Francisco Varela. Que faire sans l’erreur nécessaire ? Le lisse, comme un savon mouillé, est inappréhendable. Le rugueux permet la préhension, la circulation par ses creux et bosses… L’apprentissage…

Et puis, de cet échange me vient une idée. J’ai pu remarquer que la relation authentique qui se crée peut faire que le problème pour lequel le client était venu se dissolve peu à peu. Car beaucoup des problèmes qui nous sont proposés viennent possiblement de relations inexistantes, en morceau, pauvre, affaiblies, fragiles. Les personnes pouvant retrouver le droit à la parole personnelle, à donner et même affirmer leur avis s’en trouvent affermies.

NOTE
Pour Charles Taylor, l’authenticité suppose qu’on accepte les trois prémisses suivantes :
1/ que l’authenticité est vraiment un idéal qu’il vaut la peine d’adopter
2/ que vous pouvez définir rationnellement ce qu’il implique
3/ que ce genre d’argument peut avoir des conséquences pratiques – c’est-à-dire que vous ne pouvez pas croire que les gens sont à ce point conditionnés, par l’évolution sociale, à l’atomisme et à la raison instrumentale, qu’ils seraient incapables de modifier leurs façons d’être, même si vous les persuadez qu’il le faudrait.

Ncolas Koreicho :
D’accord sur l’authenticité à trouver ou à retrouver. Ce qui peut équivaloir à un discours, comme d’ailleurs peut l’être un idéal de la relation, non immédiat, non superficiel, non mensonger. Alors oui, on peut parler d’authenticité. Cependant, il ne s’agit pas d’imposer à l’autre son idée de l’authenticité. L’autre a peut-être besoin de temps pour accéder à cet idéal, peut-être lui faut-il un certain temps de partage, de confiance, certains changements de perspective pour comprendre qu’il est plus intéressant de tendre vers cette forme d’authenticité dont on parle, plutôt que de rester recroquevillé dans ses certitudes, son intérêt matériel, sa survie. Et pour cela, il faut d’abord aller vers ces certitudes immédiates, superficielles, mensongères, accepter (comprendre : prendre avec soi) la rugosité, la fragilité dont tu parles, et les soumettre par la démonstration, au bien-fondé de la profondeur et de la densité d’un moi retrouvé.

Nicolas de Beer :
Nous ne sommes pas plus pressés que nos clients. Nous pouvons être juste attentifs et restant proches de leurs attentes et de leurs intentions. Et, quand je lis le mot idéal, je ne sais comment le prendre. Est-ce l’idéalisation du client sur le praticien, l’idéal du moi, un idéal de vie. C’est un concept très usité et de différentes manières.
Digression : face à la possible idéalisation du praticien par le client, je proposerais d’être simplement démonstratif ou encore « exemplaire » de ce que souhaite le client, courageux comme lui, à sa hauteur, à la hauteur de son challenge. Oser risquer autant que lui.
L’idéal de vie, le rêve, la vision, c’est un attracteur utile permettant de réaliser et de franchir des étapes (intermédiaires réalistes et réalisables ou objectifs).
Quant à l’idéal du moi, je te le laisse, c’est un terme trop spécifique, du langage psychanalytique, pour que je m’y risque. Chasse gardée, expression ésotérique.
Idéal vient d’idée. L’idée est souvent simple, et peut souvent se réaliser. L’idéal est bien plus ambitieux. Je donnerais ma préférence à des petits pas faciles et réussis presque à tout coup plutôt qu’aux grandes aspirations, aux idéaux qui ont parfois fait du mal, qui ont souvent aveuglé ou inhibé, muselé le présent pour améliorer le futur. L’idée peut être personnelle. L’idéal ne serait-il pas celui dont je veux convaincre les autres de sa pertinence ? Vouloir le bien des autres ?
Brrrr, cela m’effraie. Mais je suis parti loin de la relation.

Ncolas Koreicho :
Les attentes et les attentions du « client » ne sont pas tout, disais-tu, il peut cacher les vraies causes de sa venue. De fait, le psy risque toujours plus que son patient. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est payé. Il doit comprendre, mais aussi il est supposé porter, tout ou partie, ce que l’autre attend, avant d’en faire quelque chose dans l’interprétation et la résolution. Ainsi, je n’ai pas parlé d’idéal du moi, le débat est ailleurs, il est général, non spécifique d’autre chose que de la relation d’accompagnement. Je n’emploie pas de termes psychanalytiques à dessein ; au passage, rien d’ésotérique dans un terme scientifique précis comme celui d’idéal du moi. Nos cours de philo nous préservent d’un emploi intempestif de propos raccourcis, sans pour autant que l’on puisse se passer de termes techniques. Bref, là n’est pas le propos. L’idéal est simplement une piste, une idée en ligne d’horizon, rien de plus, mais rien de moins : un cap.
Enfin, ne faut-il pas accepter aussi les échecs comme, encore une fois, représentant la personne qu’il faut prendre (comprendre) dans son ensemble et dans ses particularités ? La personne est dans son pas, qu’il soit droit et réussi ou qu’il soit torve et mal assuré. Vouloir son bien ce serait ne pas lui dire que son pas est réussi lorsqu’il ne l’est pas, mais que c’est une indication de la correspondance entre lui et son action.

Février 2009

Permanences 2008 : Les fêtes de fin d’année

Janvier 2008 : Les fêtes de fin d’année

« Penche-toi sur ton passé, répare ce que tu peux réparer, et tâche de profiter de ce qui te reste. »
Philip ROTH

Les « fêtes » de fin d’année résonnent comme un bilan, une jauge de l’état de nos vies. Elles ont cette particularité de permettre que l’on observe, de leur point de vue, de cette sorte de palier d’évaluation, avec l’œil neuf et le regard usé de cette période de fin et de commencement, où l’on en est.
Cela est dû à la rencontre du passé et de l’enfance, avec Noël, et du futur et de l’âge adulte, avec le nouvel an.
C’est la coïncidence de l’espoir d’un Noël plein de promesses avec la désillusion de la répétition crainte de l’année nouvelle, de la joie toujours déçue des cadeaux si l’on a été sage avec le bilan sans cesse inachevé car on ne l’a pas été assez.
Il y a derrière ce décembre mortifère ponctué de joie et de crainte mêlées quelque chose du paradis perdu, pour toujours. Et dans l’ombre de ce janvier que les jours augmentant commencent à porter quelque chose de la culpabilité vibrant encore.
L’impression de vide laissée par cet entre-deux années vient aussi de ce que l’on se sent accroché à ce fil qui va de l’exaltation d’une vie qui serait toujours Noël à ce poids de la mort qui vient de l’année sans cesse finie.
La difficulté et l’intérêt de la vie se poursuivant quand même, c’est que notre vérité, la beauté de l’autonomie et de la liberté, se trouve précisément entre ces deux absolus, naissance et mort. Voilà tout le plaisir de la vie où l’on peut construire notre corps érigé et renoncer, chaque chose en son temps, à l’alitement obligé.
Essayer de réparer ce qui peut l’être, de retrouver les bons moments, de rendre heureux ceux dont nous sommes responsables, de s’habituer à une forme de solitude, de s’entourer de la beauté, d’être bon avec les gentils, de se tenir loin des méchants, de respecter la vie, les plantes, les animaux, les humains, l’eau, de regarder ce qui brille, et qui palpite, et qui scintille, et qui est beau de l’enfance encore. Penser, rêver, approfondir, faire ce qui est bon et qui fait du bien, parler, pleurer et rire.

Nicolas A. KOREICHO – Janvier 2008

Une hypothèse sur le phénomène anti Sarkozy

Une hypothèse sur le phénomène anti Sarkozy

Une hypothèse sur les élans affectifs, de haine (de mésamour ?), que suscite Nicolas SARKOZY et leurs conséquences.

Les mouvements sociaux et les diverses oppositions auxquels a été durant le quinquenat 2007 – 2012 confrontée la politique de notre pays sont pour une large mesure d’origine inconsciente.
En réalité, les sentiments d’hostilité dont a été l’objet Nicolas SARKOZY, lesquels s’expliquent sans doute principalement par des transferts massifs, vont être la cause de mouvements sociaux non justifiés objectivement.
Les propos de haine ( ? : d’envie, de rivalité, en réalité de mésamour…) qui pleuvaient presque constamment et dès le début du quinquennat sur le chef de l’Etat ne sont pas inhabituels et touchent tous les présidents de la République. Cependant, il reste que les éléments formulés récemment encore, particulièrement les critiques, se distinguent des diatribes habituelles sur deux registres.
Tout d’abord, c’est la personne physique de Nicolas SARKOZY qui fut soumise aux élans et aux attaques, alors que la vie de cet homme était assez semblable sur le fond à celle de n’importe quel autre homme de pouvoir, distincte cependant au niveau de la position de responsabilité occupée. Les différences de traitement de sa personne et qui entraînaient les attaques étaient spécialement dues à son rang, à sa fonction et à ses prérogatives, à une partie de sa dimension phallique (le grand frère), car il était le chef de l’Etat (auparavant le chef de l’Etat était le père de la nation).
Ensuite, ce sont davantage les discours et les comportements, verbaux et implicites, que la politique du président de la République qui, malgré les apparences, firent l’objet de condamnations, puisque presque jamais aucune argumentation ne fut développée de manière satisfaisante.
Les arguments de ceux qui courent le risque de l’expression et du discrédit, sont d’ordre émotionnel, voire personnel (arguments de « contre-autorité » en rhétorique) et dénotent en cela une gestuelle agressive primaire s’appuyant sur des vulgates faibles, et sont « avancés » par ceux parmi les moins équipés conceptuellement, les plus violents verbalement et les plus dogmatiques (ou les plus conformistes et affidés à des médias connotés d’opposition). Les intellectuels eux-mêmes soumis à ce pathos empruntent des formes de critique fondées sur des « procès d’intention ».
Ce double éreintement en réalité à côté provient d’un fait inédit qu’est simplement, lequel se traduit par un comportement, un discours au sens large, c’est-à-dire l’âge du capitaine.
En effet, nous n’avions eu jusqu’à présent comme responsable de notre pays que des hommes dont les années étaient propices à représenter le statut de Père de la nation. Or, nous sommes aujourd’hui confrontés à un homme qui se présente et se représente, du point de vue du mode de vie et de l’image personnelle et professionnelle, comme le Frère plutôt que comme le Père symbolique.
A ce titre, son pouvoir, son mode de vie et les qualités de sa femme suscitent auprès de ses frères de pouvoir, journalistes (François MITTERRAND parlait de « classe politico-médiatique », ici nous parlons de fratrie donc), intellectuels fonctionnaires, personnalités bien pensantes de l’art et de la mode, du show-business, patrons privilégiés de syndicats, une intense pulsion transférentielle agressive de rivalité (et sa forte composante de jalousie), facilement transmise par ces maîtres à penser aux franges populaires.
C’est pourquoi jamais chef de l’Etat ne suscita autant de sentiments si chargés d’affect négatif de ses rivaux masqués.
En effet, le grand frère est censé nous ressembler. Il nous est moralement et psychologiquement substituable. Il est à la fois le rival, et celui qui est censé réparer les défaillances du père.
C’est là que résident l’essentiel de la haine, plutôt que la raillerie habituelle (pensons aux soi-disant comiques et autres people mais souvent d’abord vrais militants), et la considération, de la part de nos aînés, dont il est l’objet, et qui est fondé sur une rivalité respectueuse (comme lorsque l’on respecte, à la loyale, son ennemi) archaïque.
Le frère de la horde primitive* s’est un jour, avec l’aide du reste de la fratrie, révolté contre le père : ils ont tué celui-ci, constatant que rien de bon ne pouvait advenir à la famille humaine si un seul homme, le père, continuait de s’adjuger les femelles de la horde et de soumettre (argument d’autorité) la fratrie.
C’est au passage cette position qui explique l’exploitation que l’on peut faire des prétendus abus somptuaires dont le Président se serait montré coupable : la prévalence du grand frère sur la nourriture (le Fouquet’s) et sa prérogative sur le phallique (le Boloré’s yacht) qui la symbolisent, sont ici concernés comme pouvant priver les autres (les autres politiques, les journalistes patentés, quelques penseurs, certains artistes) du phallus.
La rébellion de la fratrie dans la horde primitive* donnait à leurs prérogatives espérées l’idée qu’elles pouvaient être conditionnelles et susceptibles d’être remises en question ; car étant plusieurs frères souhaitant s’imposer à « égalité » eu égard au sexuel, ils pouvaient tous un jour prétendre au pouvoir. Ainsi, une telle révolte conférait à leurs attributs le sentiment qu’ils pouvaient aussi bien leur être enlevés (seconde castration). Devant faire montre de « fraternité » ils étaient pourtant censés n’utiliser leur attribution phallique qu’au sein d’une compétition. L’éthique fratricielle reste ainsi à inventer.
D’ailleurs, les jeunes générations à ce titre se révoltaient (alors) plus normalement contre le Président car il avait représenté bien certainement leur père à eux. Cependant certains adultes non suffisamment étayés affectivement ou par trop rigidement consolidés se prennent au jeu de l’instinct de la horde et de ses excès facilement mortifères.
Une personne éminemment placée qui se dé-complexifia si ostensiblement du système archaïque de l’Œdipe, pour ceux-là qui attendaient encore du père la sanction du surmoi, le rétablissement d’une autorité inaliénable, bref la soumission, fut un ennemi redoutable, puisqu’il fit échec à leur pathos frustré de n’avoir pu rencontrer le père, contre lequel l’archaïque envie de meurtre s’exprima.

Louis SANTEUIL
Le 7 janvier 2008

*Sigmund Freud, Totem et tabou

Actualités 2006 : Vers du meilleur

Novembre 2006 : Vers du meilleur

«Nous ne sommes pas encore nés, nous ne sommes pas encore au monde, il n’y a pas encore de monde, les choses ne sont pas encore faites, la raison d’être n’est pas trouvée, la seule question est d’avoir un corps.»
Antonin ARTAUD

Quoi de neuf depuis l’an dernier ?

Il y a toujours quatre catégories dans le monde des psys :
Des psychothérapeutes, des psychanalystes, des psychiatres, des psychologues. Tous doivent être psychothérapeutes.

Les psychothérapeutes ne peuvent apporter comme garantie de la scientificité de leur pratique, et donc de leur efficacité, une autoproclamation, une inscription sur un annuaire, un autre titre, fût-il prestigieux.
Ils doivent pouvoir apporter pour exercer des informations sur trois dimensions :
Leurs pratiques, leurs concepts, leurs formations.

Leurs pratiques :
Les pratiques concernent la durée des séances, les principes de fonctionnement, les prix appliqués. Une séance qui dure moins de 45 minutes ne laisse pas au patient la possibilité d’être porté par le processus thérapeutique, de développer l’alternance des modalités d’expression nécessaire au travail sur soi (les associations, les raisonnements, les mouvements émotionnels), d’intégrer les langages (l’inconscient, le corporel, le rêve…) indispensables à la réalisation de soi, de se voir pleinement reconnu.
Dans les principes de fonctionnement des séances, la parole du thérapeute est indispensable. Son silence n’est plus d' »attention flottante ». L’époque ne s’y prête plus. Il doit parler, expliquer, orienter, interroger, répondre.
Les tarifs se doivent d’être adaptés à la situtation du patient. Il ne saurait être question de faire payer des séances un prix excessif, sans rapport avec le service rendu, ni de faire payer des séances loupées, dès lors que le patient a prévenu suffisamment tôt de son absence, ou que manifestement son absence ne peut lui être imputée.

Leurs concepts :
Les concepts, classiques et reconnus par les psychothérapeutes, les psychanalystes, les psychiatres, les psychologues, et utilisés par le praticien, doivent pouvoir être transmis au patient, dès lors que cet apport peut lui faire gagner du temps, et donc de l’argent, de l’énergie, du mieux être. Ainsi, l’explicitation des principes de fonctionnement des composantes et des mécanismes physiques, psychiques et relationnels de l’humain sont susceptibles de donner au patient des alliances de compréhension de ses propres troubles, dysfonctions, désirs. Dès lors, il se trouve à même de s’approprier les conditions de son émancipation du désir, du savoir, du confort de l’autre.

Leurs formations :
Les formations des psychothérapeutes sont de deux ordres.
Pour se prévaloir de ce titre et de l’habilitation à exercer, le psychothérapeute doir pouvoir justifier d’abord :
d’un cursus universitaire ou d’école agréée au titre de l’enseignement supérieur d’une durée de 5 ans incluant les domaines indispensables à la compréhension du fonctionnement psychique de la personne : organisation de l’appareil psychique, psychopathologie, concepts fondamentaux de la psychanalyse.
Le psychothérapeute doit également pourvoir faire état d’une spécialisation dans au moins un domaine : psychologie, psychiatrie, psychanalyse, psychosomatique, psychanalyse de groupe, psychothérapie analytique, relaxologie…
Voici succinctement les éléments que chacun doit connaître pour choisir un « psy ». Triez le bon grain de l’ivraie, embrassez ce que vous voudrez, choisissez ce que vous aimez.

Nicolas A. KOREICHO

Actualités 2005 : La misère ou des trésors

Novembre 2005 : La misère ou des trésors
                                                                        « On a trois ou quatre fois dans sa vie l’occasion d’être brave, et tous les jours, celle de ne pas être lâche. »
René BAZIN

L’année qui commence ou le temps qui continue ? Que pourrait-on laisser derrière nous ?

La misère des cités, la misère sexuelle, la misère des pays, la misère du monde ?…

Y a-t-il des points communs entre la misère des cités, cette révolte qui n’est qu’ennui mal canalisé, la misère sexuelle, cette soi-disant libération qui n’est que conformisme à l’efficacité, la misère des pays, qui n’est que l’ignorance des rouages de leur politique, la misère du monde, qui n’est que l’absence de poésie ?…

Oui. Des trésors en voie de disparition.

La pensée, le beau langage, la valeur des choses.

Avec le déclin de la pensée, c’est-à-dire de l’utopie, avec l’affaissement du beau langage, c’est-à-dire de l’exactitude des termes, avec la relativisation de la valeur des choses, c’est-à-dire du discernement du bien et du mal, s’en viennent le sombre et le noir, le couloir et la déprime.

Il faut revenir à l’oiseau, au soleil, à ce qui brille, et à l’amour, à l’amitié, à l’enfance.

Et s’il faut sauver des trésors, il faut aussi empêcher la fin du tigre, et la fin du loup, et la fin du requin…

Nous serons là !

Nicolas A. KOREICHO