Limites 1. Sur le transfert en formation : le transfert, le cadre

Limites 1. Sur le transfert en formation : le transfert, le cadre

Il arrive, singulièrement en formation, d’être confronté à des interventions agressives de la part de participants qui ne réalisent pas que cette agressivité, qui bien évidemment pallie d’abord le défaut d’argumentation, n’est pas recevable lorsque ces « saillies » se produisent dans un cadre professionnel et, qui plus est, de la part de professionnels de l’accompagnement.

Il arrive aussi d’être sollicité par des interventions séductives qui, elles, seraient plutôt facilitantes pour le développement d’un travail d’apprentissage.

Ces premiers moments, agressifs, relatifs à la pulsion de destruction, peuvent prendre place dans des sessions de transmission et de formation quand le participant n’a pas encore pris le recul nécessaire à l’analyse des interactions, y compris lorsqu’il y est lui-même confronté, recul qu’autorise un travail sur soi et une éthique fondé sur une écoute attentive et bienveillante.

Cette écoute attentive et bienveillante met en branle la question du transfert* et du contre-transfert toujours analysables et aptes à être dépassés d’abord par l’accompagnant, du fait de sa formation, qui supposent un travail d’analyse et d’auto-analyse nécessaire, ainsi que la prise en compte de la question de l’éthique, décidément indispensable à une pratique intelligente et respectueuse de l’autre.

Dès lors que l’on comprend que c’est toute la question du cadre* qui se pose ici, et le plus important degré du cadre, c’est-à-dire celui qui ne peut autoriser les passages à l’acte, on saisit que ce cadre est destiné à être intégré et respecté. A cet égard, le transfert positif est facilitant, dans la mesure où il autorise une certaine souplesse et le recourt à une plus ample compréhension, pas l’empathie, l’humour, l’indulgence, cependant que le transfert négatif est à même de proposer des pistes de progrès, dès l’instant qu’il est admis par le participant, patient, étudiant, client…

Il faut en l’occurrence considérer trois points :

Tout d’abord la formation personnelle de celui ou celle qui intervient de façon inadaptée, déplacée, en fait agressive, dans la demande que présuppose le transfert. Cette situation doit particulièrement prendre en compte les phénomènes de transfert et de contre-transfert à l’œuvre dans les situations d’interlocution des relations à enjeu comme on les retrouve en coaching, psychothérapie, accompagnement… lesquelles impliquent non seulement de penser le problème posé par l’autre, mais également de penser la situation d’interlocution, et enfin de SE penser dans ce double fonctionnement.

En second lieu, le participant doit être prêt, comme en toute situation d’apprentissage, à accepter que des systèmes de référence, et éventuellement de valeur, différents des siens, lui soient proposés et indiquer à l’autre le phénomène auquel il est soumis. Ici, l’écoute attentive et bienveillante du participant à l’endroit du formateur et vice versa doit s’exercer.

Enfin, le participant doit pouvoir s’entendre en train de se modifier lui-même dans une relation productrice de valeurs, cette relation fût-elle professionnelle, et à comprendre ce que sont au plus juste les phénomènes auxquels il est soumis ce qu’a priori, en passant, les formateurs devraient connaître bien et transmettre aussi bien.

Le participant doit ainsi en tout premier lieu « participer » à ce triple mouvement, pour adopter la flexibilité nécessaire à l’exercice de son métier de participant et de son métier tout court, ainsi d’ailleurs que dans les relations que chacun entretient avec l’autre.

On peut ainsi d’ailleurs élargir cette notion du transfert à toutes les relations sociales, et considérer que les réactions sont certes légitimes lorsqu’elles induisent une certaine souffrance, mais qu’elles doivent faire absolument la part de l’histoire personnelle du sujet dans la considération et l’attribution de cette souffrance, faute de quoi la personne vivrait sa vie « à côté ».

1/11/2010 – Nicolas A. KOREICHO

*Le transfert représente dans les processus d’accompagnement, psychanalyse, psychothérapie, coaching, mais aussi vis-à-vis du médecin, de l’avocat, de l’enseignant, etc. la projection, par l’analysant, l’étudiant, le patient, le client, etc. de contenus issus de son propre inconscient et provenant d’expériences infantiles, sur la personne de l’accompagnant, qui lui apparaît dotée de qualités, d’intentions, d’affects différents de la réalité de l’accompagnant. (Francis Pasche – 1975) : « La reviviscence de désirs, d’affects, de sentiments éprouvés envers les parents dans la prime enfance, et adressés cette fois à un nouvel objet»

*Le cadre est multiple et ses composants les plus importants, les cadres, donc, sont, dans l’ordre d’influence, relationnel (transfert, contre-transfert), personnel (le non-verbal), conversationnel (discursif), référentiel (éthique, théorie), contractuel (l’objectif), matériel (lieu, temps).