Archives de l’auteur : Nicolas Koreicho

Modèles en psychopathologie

Nicolas Koreicho – mars 2017

Modèles en psychopathologie : biomédical, psychanalytique, béhavioriste, cognitiviste, systémique, humaniste

Les différentes approches en psychothérapie

Pierre-Auguste Cot, La Tempête (1880) – Metropolitan Museum of Art – New-York

– Le modèle biomédical
Il concerne la mise en relation de troubles psychiques et de perturbations biologiques. L’archétype initial en neurobiologie en est l’infection syphilitique. Le développement de ce modèle concerne les neurosciences et la génétique. Les nouvelles techniques d’imagerie cérébrale mettent en corrélation des déficits cognitifs avec des atrophies cortico-neuronales comme dans la maladie d’Alzheimer. Selon ce modèle, les comportements « déviants », les troubles de la pensée, seraient liés à des altérations chimiques ou électriques du cerveau. Des traitements médicamenteux et, parfois, dans certaines conditions,  l’électro-convulsivothérapie (l’ancienne psycho-chirurgie, avec le triste exemple de la lobotomie, a été en grande partie abandonnée) seraient aptes à réguler le fonctionnement du système nerveux et par là à normaliser les émotions, les conduites, les comportements. si en effet le système nerveux contrôle les conduites cognitives, émotionnelles et motrices, les avancées neurologiques ont affiné notablement le modèle. Au plan neuro-anatomique, l’accent est mis sur l’implication du système nerveux central dans les perturbations comportementales. Au plan neurochimique, les perturbations de la communication neuronale génèrent les troubles psychiques. Au plan génétique, les anomalies d’un gène augmentent la vulnérabilité à telle ou telle maladie mentale.
Ce modèle met en valeur un fonctionnement du cerveau plus complexe et interconnecté, ce qui est une bonne chose, en particulier dans l’idée de l’interaction de divers neurotransmetteurs, les conditions psychologiques et environnementales modifiant l’activité neurochimique, voire l’immunité générale, activant ou neutralisant l’expression d’un gène, favorisant ou non des mécanismes de connectivité et de plasticité cérébrale, et permettant ou non l’éclosion d’un trouble psychique. L’influence des composantes émotionnelles, motivationnelles, socioculturelles demeurent pour ce modèle agissantes sans être déterminantes.
Le modèle biologique des affections psychiatriques a permis la découverte des neuroleptiques et des psychotropes.
La neuropsychopharmacologie a mis en place et décris en particulier les systèmes noradrénergique, dopaminergique, cholinergique, glutamatergique, sérotoninergique du cerveau.
Auteur : Engel
Dérivés : Neuro-psychiatrie

Le modèle psychanalytique

Il concerne l’approche des phénomènes et des troubles mentaux en s’attaquant à leurs causes et à leurs racines les plus profondes. Ceux-là sont placés sous la lecture principale des conséquences de la mémoire inconsciente, à partir de l’organisation de l’appareil psychique telle que l’a développée Sigmund Freud (particulièrement selon la notion des points de vue : point de vue topique avec les systèmes inconscientpréconscientconscient puis avec les instances çamoisurmoi, point de vue économique avec les processus énergétiques primaire et secondairel’affect, la représentationl’objet, point de vue dynamique avec la pulsion, le refoulement, le symptôme, le transfert), dans le bien fondé parfaitement argumenté des concepts majeurs constitutifs de la personnalité (Œdipe, Narcissisme, Pulsions, Principes de constance, de plaisir-déplaisir, de réalité). L’archétype psychanalytique en est, au début de ses travaux, l’hystérie (Freud et Breuer – Anna O.) d’abord traitée par l’hypnose. Ensuite, selon la méthode de l’association libre, la psychanalyse a été éprouvée pour mettre en correspondance des représentations et des affects qui avaient été déliés pour abréagir (voir ce terme et les autres termes techniques) des souvenirs refoulés et actifs. L’appareil psychique se construit progressivement au cours des stades de développement de la personnalité, lesquels se caractérisent par un mode prévalent de la relation du Sujet à l’Objet (stades foetal, oral, anal, narcissique, phallique, génital, adulte). L’organisation psychique de la personne met en relation systèmes, instances, concepts, affects et percepts dans une Métapsychologie étayée par une clinique rigoureuse étayée jusqu’aujourd’hui. La personnalité est ainsi le résultat de la constitution de la personnalité en relation avec le comportement lié singulièrement aux environnements familial et symbolique. Les auteurs originels en sont Adler (complexe d’infériorité), Horney, Sullivan (contexte social et parental), Fairbarn, Winnicott, Ferenczi, Mahler (relations objectales, séparation/individuation), Hartmann, Bowlby (attachement), et surtout Sigmund Freud (métapsychologie générale et appliquée) dont l’étude permet d’ouvrir et de développer des pistes d’approfondissement toujours plus abondantes.
Auteurs : Freud ; Ferenczi ; Winnicott
Extensions :
La psychothérapie analytique
La psychosomatique
Le psychodrame psychanalytique
La psychothérapie de relaxation
La psychanalyse de l’adolescent
La psychanalyse groupale et familiale

– Le modèle béhavioriste

Ce modèle se fonde sur une psychologie du comportement manifeste (Pavlov, Watson), et s’inscrit en faux contre l’étude des émotions, des cognitions, de la subjectivité. A ce titre, il rejette l’introspection. Le modèle postule que les comportements sont appris à partir des expériences, donc de l’environnement, et qu’ils peuvent dès lors être corrigés directement. Le comportement s’améliore s’il est récompensé, se dégrade si il est pénalisé (Skinner). Ce modèle, plutôt simple et enfermé dans l’idée d’immédiateté, s’intéresse aux symptômes (l’expérience psychique est une « boîte noire ») et est utilisé principalement en milieu carcéral, par l’intermédiaire de jeux de rôles, de thérapie de groupe, de relaxation musculaire, de techniques de visualisation, complétées par la confrontation et le soutien. Les principes de la gestalt-thérapie, de l’analyse transactionnelle, de la programmation neuro-linguistique, du cognitivisme dérivent en partie du modèle béhavioriste.
Auteurs : Pavlov ; Watson
Dérivés : Gestalt-thérapie ; Thérapie de groupe ; Analyse transactionnelle ; Programmation neuro-linguistique, cognitivisme

– Le modèle cognitiviste

Le promoteur de ce modèle, axé avant tout sur le symptôme – c’est-à-dire la surface plutôt que la profondeur – est Piaget. Il fonde l’étude du développement des processus intellectuels chez l’enfant, dans l’optique d’une continuité entre les actions motrices et la pensée sous la forme d’une action intériorisée. Ce modèle représente une suite dérivée du béhaviorisme. Il est aujourd’hui théorisé selon les thérapies comportementales et cognitives (TCC). Le conditionnement y joue un rôle princeps, et les processus médiateurs (pensées, conceptions, souvenirs, croyances, perceptions, attributions, évaluations, attitudes, auto-affirmations, émotions) peuvent modifier les effets des stimuli à l’origine des dissonances cognitives ou patterns des pensées inappropriées et déformées, sources de troubles psychologiques.
Pour Beck, les schémas cognitifs (façons de se percevoir et d’interpréter le monde) appris dès le plus jeune âge et guidant le traitement de l’information, influencent nos réactions émotionnelles. Ainsi, les schémas inadaptés (les expériences d’apprentissage défavorables) infléchissent la vision de soi et génèrent des déformations de la pensée provoquant dépression, anxiété et troubles de la personnalité.
Pour Ellis, ce sont des croyances irrationnelles concernant les expériences qui génèrent les difficultés psychologiques (obligations, attentes pessimistes ou irréalistes) en faisant envisager les conséquences déplaisantes des situations, ce qui génère un sentiment d’impuissance.
Auteurs : Piaget ; Beck ; Ellis
Dérivés : Thérapies cognitivo-comportementales (TCC 3ème vague, méditation de pleine conscience, biofeedback…)

– Le modèle systémique

L’archétype de ce modèle provient de l’école de Palo Alto (Bateson – Watzlawick). Il inclut des données de la cybernétique et de la théorie des systèmes généraux. Sont considérés dans ce modèle des aspects phénoménologiques de l’interaction dans la cellule familiale avec des observations d’entrées (input) – ex. les symptômes – et de sorties (output) d’information. Y sont observés les mécanismes de la distorsion familiale : double lien, schisme, déviance parentale, pseudo-mutualité et barrière de caoutchouc, masse de moi indifférenciée, mystification, défaut d’individualité intégrée, famille à transaction schizophrénique, triangulation rigide.
Auteurs : Bateson ; Watzlawick
Dérivés : thérapies familiales et groupales

– Le modèle humaniste

Les représentants de ce modèle sont Rogers, Maslow, Perls, et une partie des développeurs de la gestalt-thérapie. Il postule que le comportement est déterminé par la perception que la personne a d’elle-même et du monde, et s’appuie sur son libre arbitre. Ce modèle consiste en un point de vue candide de l’humain qui aurait en lui, grâce à l’écoute et à l’empathie, les ressources nécessaires à son mieux-être. Chacun pourrait ainsi développer des valeurs fondées sur ses propres expériences et en modifier le devenir. Le modèle développe par exemple l’idée de fausses suppositions ou d’un désir exagéré de satisfaire les attentes des autres, ce qui cause des dysfonctionnements. Les perturbations psychiques seraient liées à des influences sociales néfastes ou à des obstacles concrets. Anxiété, dépression ou autres troubles seraient des modes d’adaptation à de mauvaises structures culturelles et sociales qui entravent l’expression de la personnalité. Chacun aurait la responsabilité dans ces contextes de reconnaître et d’accepter ses besoins et sentiments.
Auteurs : Jung ; Rogers ; Maslow ; Perls
Dérivés : Dasein-analyse ; Psychothérapie existentielle ; P. bio-énergétique ; P. intégrative ; P. relationnelle ; P. éclectique ; Approche centrée sur la personne (ACP) ; psychosynthèse

La pluralité des modèles thérapeutiques et la multiplicité des pratiques dérivées remplacent la plupart du temps l’appréhension rationnelle (scientifique : en référence à la métapsychologie) des symptômes par des croyances philosophiques ou sociales ou défensives ou parapsychologiques ou morales, grâce à des partis pris laissant la place au dogme ou à des postulats non vérifiés par la clinique. Cette pluraliité est utile, dans la mesure où elle peut permettre à un patient (peu) souffrant de tel trouble psychique relatif de choisir l’accompagnement adapté. Utile aussi la prise en compte d’une approche multidisciplinaire pour la bonne intégration d’une pathologie, y compris avec les données de la médecine et des neurosciences, pour tendre vers un diagnostic différentiel.

Ces modèles sont, dans leurs développements les moins nocifs (voir a contrario la Liste noire des thérapies), des simplifications plus ou moins heureuses de théories psychologiques. Or, l’appréhension la plus approfondie logiquement et aboutie rationnellement des symptômes est la métapsychologie psychanalytique dans la mesure où elle est bien étayée d’abord par la clinique psychiatrique et par la psychopathologie scientifique, y compris par les neurosciences, d’une part, et qu’elle est non dogmatique et a-principielle, d’autre part, puisque l’on sait à présent que l’organisation et le fonctionnement de l’appareil psychique ne peuvent être dissociés du système de la pensée et, particulièrement, de la pensée inconsciente. Nous disposons donc d’une référence générique, c’est la métapsychologie psychanalytique. Ici, les autres modèles (cognitivisme, systémique, béhaviorisme, humanisme, biomédical au sens strict…)  ne nous sont pas vraiment utiles, même si nous pouvons piocher parfois ici et là quelques idées, voire quelques concepts. Ainsi, la psychosomatique est une extension de la psychanalyse qui peut quelquefois et sous certaines conditions nous aider, comme le psychodrame analytique, la psychanalyse groupale, etc.). Par contre certaines disciplines (psychopathologie, psychologie, psychiatrie) nous sont indispensables pour le développement raisonné et étayé de la psychothérapie psychanalytique. C’est à cela qu’il est nécessaire de prêter attention afin de ne pas perdre de temps et pour ne pas s’égarer dans l’approximation de ces paradigmes (ou modèles), insuffisamment développés et approuvés scientifiquement. Ainsi, les connexions synaptiques et les embranchements dendritiques se font et se défont en fonction de l’exercice perceptif, intellectuel, expérientiel, représentatif et affectif de la personne. Le modèle analytique est naturellement scientifiquement consolidé par la compréhension de la période de développement de l’enfant, de l’adolescent et de l’adulte ainsi que le démontrent les conjonctions de la psychanalyse, de la psychiatrie et de la psychopathologie. Outre qu’elle est une métapsychologie, comme la linguistique pour le langage, et qu’elle est le fondement de la psychologie, de la psychiatrie et de la psychothérapie, c’est-à-dire ce sur quoi les professionnels de ces trois disciplines sont d’accord, elle est sans doute la méthode la plus approfondie d’accession au sujet et à l’objet de notre vie et à son mieux-être.

Nicolas Koreicho – mars 2017 – Institut Français de Psychanalyse©

 34RL1H3    Copyright Institut Français de Psychanalyse

Caligula – 3ème chant

Caligula – IIIème chant – Gérard de Nerval

César a fermé la paupière ;       
Au jour doit succéder la nuit ;
Que s’éteigne toute lumière,
Que s’évanouisse tout bruit.

A travers ces arcades sombres,
Enfants aux folles passions,
Disparaissez comme des ombres,
Fuyez comme des visions.

Allez, que le caprice emporte
Chaque âme selon son désir,
Et que, close après vous, la porte
Ne se rouvre plus qu’au plaisir.

Gérard de NERVAL (1808-1855) (Recueil : Odelettes)

 34RL1H3         Copyright Institut Français de Psychanalyse

Le Petit Cheval

Le Petit Cheval – Paul Fort

Le petit cheval dans le mauvais temps,  iumqcl9zbrv2xkkar2-h9525q5g
Qu’il avait donc du courage !
C’était un petit cheval blanc,
Tous derrière tous derrière,
C’était un petit cheval blanc,
Tous derrière lui devant.

Il n’y avait jamais de beau temps
Dans ce pauvre paysage,
Il n’y avait jamais de printemps,
Ni derrière, ni derrière.
Il n’y avait jamais de printemps,
Ni derrière, ni devant.

Mais toujours il était content,
Menant les gars du village,
A travers la pluie noire des champs,
Tous derrière tous derrière,
A travers la pluie noire des champs,
Tous derrière lui devant.

Paul Fort

Le Mécréant

Le Mécréant – Brassens

Est-il en notre temps rien de plus odieux
De plus désespérant, que de n’pas croire en Dieu ?

J’voudrais avoir la foi, la foi d’mon charbonnier
Qui est heureux comme un pape et con comme un panier

11713349_1

Salvador Dali – Christ de saint Jean de la Croix (1951)

Mon voisin du dessus, un certain Blais’ Pascal
M’a gentiment donné ce conseil amical

« Mettez-vous à genoux, priez et implorez
Faites semblant de croire, et bientôt vous croirez  »

J’me mis à débiter, les rotules à terr’
Tous les Ave Maria, tous les Pater Noster

Dans les rues, les cafés, les trains, les autobus
Tous les de profundis, tous les morpionibus

Sur ces entrefait’s-là, trouvant dans les orties
Un’ soutane à ma taill’, je m’en suis travesti

Et, tonsuré de frais, ma guitare à la main
Vers la foi salvatric’ je me mis en chemin

J’tombai sur un boisseau d’punais’s de sacristie
Me prenant pour un autre, en chœur, elles m’ont dit

« Mon pèr’, chantez-nous donc quelque refrain sacré
Quelque sainte chanson dont vous avez l’secret  »

Grattant avec ferveur les cordes sous mes doigts
J’entonnai « le Gorille » avec « Putain de toi »

Criant à l’imposteur, au traître, au papelard
Ell’s veul’nt me fair’ subir le supplic’ d’Abélard

Je vais grossir les rangs des muets du sérail
Les bell’s ne viendront plus se pendre à mon poitrail

Grâce à ma voix coupée j’aurai la plac’ de choix
Au milieu des petits chanteurs à la croix d’bois

Attirée par le bruit, un’ dam’ de Charité
Leur dit : « Que faites-vous ? Malheureus’s arrêtez

Y a tant d’homm’s aujourd’hui qui ont un penchant pervers
A prendre obstinément Cupidon à l’envers

Tant d’hommes dépourvus de leurs virils appas
A ceux qu’en ont encor’ ne les enlevons pas  »

Ces arguments massue firent un’ grosse impression
On me laissa partir avec des ovations

Mais, su’l’chemin du ciel, je n’ferai plus un pas
La foi viendra d’ell’-même ou ell’ ne viendra pas

Je n’ai jamais tué, jamais violé non plus
Y a déjà quelque temps que je ne vole plus

Si l’Eternel existe, en fin de compte, il voit
Qu’je m’conduis guèr’ plus mal que si j’avais la foi

Le Mécréant – Georges Charles Brassens • Copyright © Universal Music Publishing Group

Brise marine

Brise Marine – Stéphane Mallarmé

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres parfum5
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux

Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !

Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !

Stéphane Mallarmé – Vers et prose – 1893

 34RL1H3         Copyright Institut Français de Psychanalyse

Vida

♪ Vida ♪ – Lluís Llach

tsunami_by_hokusai_19th_century

Tsunami (XIXème) – Hokusai

Potser em deixin les paralelo
o potser em deixeu vosaltres
o només els anys em posin
a mercè d’alguna onada,
a mercè d’alguna onada.
Mentre tot això m’arriba,
que a la força ha d’arribar-me,
potser tingui temps encara
de robar-li a la vida
i així omplir el meu bagatge.
Mentre tot això m’arriba… vida, vida !

Encara veig a vegades,
de vegades veig encara
els meus ulls d’infant que busquen,
més enllà del glaç del vidre,
un color a la tramuntana.
M’han dit les veus assenyades
que era inútil cansar-me ;
però a mi un somni mai no em cansa,
i malgrat la meva barba
sóc infant en la mirada.
A vegades veig encara… vida, vida !

Si em faig vell en les paraules,
si em faig vell en les paraules
per favor tanqueu la porta
i fugiu de l’enyorança
d’una veu que ja s’apaga.
Que a mi no m’ha de fer pena,
que a mi no em farà cap pena
i aniré de branca en branca
per sentir allò que canten
nous ocells al meu paisatge.
Que a mi no em farà cap pena… és vida, vida !

Si la mort ve a buscar-me,
si la mort ve a buscar-me
té permís per entrar a casa,
però que sàpiga des d’ara
que mai no podré estimar-la.
I si amb ella he d’anar-me’n,
i si amb ella he d’anar-me’n,
tot allò que de mi quedi,
siguin cucs o sigui cendra
o un acord del meu paisatge,
vull que cantin aquest signe… vida, vida !

Potser em deixin les paraules
o potser em deixeu vosaltres
o només els anys em posin
a mercè d’alguna onada,
a mercè d’alguna onada.
Mentre tot això m’arriba… vida, vida !
Mentre tot això m’arriba… vida, vida !
Mentre tot això m’arriba… vida, vida !

Lluís Llach


Vie

Peut-être les mots vont-ils m’abandonner,
ou peut-être est-ce vous qui m’abandonnerez
ou seulement les ans finiront par me laisser
à la merci d’une vague,
à la merci d’une vague.
En attendant que tout cela m’arrive,
car tout cela m’arrivera forcément,
peut-être ai-je encore le temps de voler un peu encore à la vie
et de remplir mon bagage
en attendant que tout cela m’arrive… vie, ô vie !

Je vois encore parfois,
parfois, je vois encore mes yeux
d’enfant qui cherchent,
au-delà de la vitre de la fenêtre
une couleur à la Tramontane.
Des voix sensées m’ont déjà dit
qu’il était inutile de me fatiguer,
mais moi, un rêve ne me fatigue jamais
et malgré ma barbe,
j’ai toujours le regard d’un enfant…
Par moment, je vois encore … vie, ô vie !

Si mes mots ont pris un coup de vieux,
si mes mots ont pris un coup de vieux,
je vous en prie, fermez la porte
et fuyez la nostalgie
d’une voix qui s’éteint.
Sachez que cela ne me fera pas de peine,
sachez que cela ne me fera pas de peine,
et j’irai de branche en branche
pour écouter ce que chantent
les nouveaux oiseaux de mon paysage.
Non, ça ne me fera pas de peine, car c’est la vie, vie !

Si la mort vient me chercher,
si la mort vient me chercher
elle peut entrer dans ma maison
mais qu’elle sache, dès maintenant,
que jamais je ne pourrai l’aimer.
Et si avec elle je dois partir,
et si avec elle je dois partir,
je veux qu’il ne reste de moi que des vers, des vers
ou de la cendre nue ou un accord de mon voyage,
je veux qu’ils chantent ce signe, vie, ô vie !

Peut-être les mots vont-ils m’abandonner,
ou peut-être est-ce vous qui m’abandonnerez
ou seulement les ans finiront par me laisser
à la merci d’une vague à la merci d’une vague…
vie, ô vie !
En attendant que tout cela m’arrive…
vie, ô vie …
En attendant que tout cela m’arrive…
vie, ô vie…
En attendant que tout cela m’arrive…
vie, ô vie…

 34RL1H3 Copyright Institut Français de Psychanalyse

Ce n’est pas drôle de mourir

Ce n’est pas drôle de mourir

Félix Valloton – Jardin à Honfleur

Ce n’est pas drôle de mourir
Et d’aimer tant de choses :
La nuit bleue et les matins roses,
Les fruits lents à mûrir.

Ni que tourne en fumée
Mainte chose jadis aimée,
Tant de sources tarir…

Ô France, et vous Île de France,
Fleurs de pourpre, fruits d’or,
L’été lorsque tout dort,
Pas légers dans le corridor.

Le Gave où l’on allait nager
Enfants sous l’arche fraîche
Et le verger rose de pêches…

Paul-Jean Toulet

 34RL1H3 Copyright Institut Français de Psychanalyse

Le Navire mystique

Le Navire mystique – Artaud

Il se sera perdu le navire archaïque
Aux mers où baigneront mes rêves éperdus ;
Et ses immenses mâts se seront confondus
Dans les brouillards d’un ciel de bible et de cantiques. Ivan Konstantinovich Aivazovsky

Un air jouera, mais non d’antique bucolique,
Mystérieusement parmi les arbres nus ;
Et le navire saint n’aura jamais vendu
La très rare denrée aux pays exotiques.

Il ne sait pas les feux des havres de la terre.
Il ne connaît que Dieu, et sans fin, solitaire
Il sépare les flots glorieux de l’infini.

Le bout de son beau pré plonge dans le mystère.
Aux pointes de ses mâts tremble toutes les nuits
L’argent mystique et pur de l’étoile polaire.

Antonin Artaud

 34RL1H3         Copyright Institut Français de Psychanalyse

Que ton âme soit blanche ou noire

Que ton âme soit blanche ou noire – Verlaine

Enlèvement d’Europe – Félix Vallotton

Que ton âme soit blanche ou noire,
Que fait ? Ta peau de jeune ivoire
Est rose et blanche et jaune un peu.
Elle sent bon, ta chair, perverse
Ou non, que fait ? puisqu’elle berce
La mienne de chair, nom de Dieu !

Elle la berce, ma chair folle,
Ta folle de chair, ma parole
La plus sacrée ! – et que donc bien !
Et la mienne, grâce à la tienne,
Quelque réserve qui la tienne,
Elle s’en donne, nom d’un chien !

Quant à nos âmes, dis, Madame,
Tu sais, mon âme et puis ton âme,
Nous en moquons-nous ? Que non pas !
Seulement nous sommes au monde.
Ici-bas, sur la terre ronde,
Et non au ciel, mais ici-bas.

Or, ici-bas, faut qu’on profite
Du plaisir qui passe si vite
Et du bonheur de se pâmer.
Aimons, ma petite méchante,
Telle l’eau va, tel l’oiseau chante,
Et tels, nous ne devons qu’aimer.

Paul Verlaine – Chansons pour elle

 34RL1H3         Copyright Institut Français de Psychanalyse

Whispering

« Whispering » – Sheri J.

« I am the dog you see on the chain, »

Whispering waters

« I am the cat you see in the drain, »

« I am the friend who has no home, »

« I am the ‘stray’ who lives all alone, »

« I am the friend ‘you’ helped today, »

« I am the ‘one’ you transported away, »

« I am the voice you hear in your head, »

« I am the caged animal who often dreads, »

« I am the opinion you are trying to change, »

« I am the anger you feel, tears & the rage, »

« I am the tears you cry when I am sick, »

« I am the hurt you feel, but cannot fix, »

« I am the voice in your head, when you can’t sleep, »

« I am the reason for the long hours you keep, »

« I am the ‘voiceless’ who desperately needs you, »

« And, If not you….then who? »

« I am whispering & you are my voice. »

Sheri J. – transport coordinator 🙂

 34RL1H3         Copyright Institut Français de Psychanalyse