Archives de catégorie : Actualités – Dialogues – Permanences

Coronavirus et psychanalyse

L’Ange déchu – Alexandre Cabanel – 1847

Coronavirus et psychanalyse – Le grand bluff

En ces temps d’épidémie, causée par l’invraisemblable stupidité d’humains abrutis de croyance et/ou d’immédiateté qui séquestrent, torturent, chassent tout ce qui a des plumes, des poils, des écailles, chauve-souris, singes, chiens, chats, requins, dauphins, ours, sur tous les continents… sans une once de compréhension pour la beauté du sauvage, l’écologie du monde, la fragilité de la vie, nous sommes confrontés à trois discours habituels dans les grands événements et qui se révèlent dans toute leur précarité :
Le discours politique, détaché, insincère, amusé parfois, appris, surjoué.
Le discours médiatique, stéréotypé, complaisant, interrogatif parfois, conformiste, compassé.
Le discours médical, contradictoire, approximatif, exigeant parfois, révolté, intéressant.
Les trois se rejoignent à l’occasion dans la défense de leurs intérêts. La question des masques est à cet égard révélatrice. Le masque c’est à la lettre ce qui gomme le sujet, l’identité, la personne. Le masque est une négation, comme l’indique son étymologie (les notions de « noir », cf. mascara, et de «sorcier, démon» sont étroitement associées dans l’imagination populaire).
Le masque est ce qui fait de l’humain des individus anonymes, dociles, consommateurs : maudits en tant que sujets. C’est aussi ce qui cache, camoufle, protège, l’esquive par excellence.
Les trois discours nous ont tout d’abord affirmé d’une seule voix que le virus se transmettait par la toux et les éternuements. Dans un second temps qu’il se transmettait également par les postillons. Dans un troisième temps qu’il se transmettait par la proximité et la parole. Or, depuis le début de l’épidémie, et ce n’est qu’aujourd’hui que les trois corps partagent timidement ce fait que tout le monde avait intégré simplement en regardant les images du monde, que le coronavirus est aérodispersible, et dès lors qu’il se propage par le souffle, la respiration, l’air, selon des modalités et des conditions variables en fonction de la densité virale ou de la promiscuité dans tel ou tel environnement.

Du côté du peuple, tour à tour inquiet, aveuglé, rassuré, désolé, trompé, excédé, le suivisme est partagé, montrant une population délaissée, privée de masques, car selon les trois corps, il y a peu, « réservés aux soignants car inutiles pour les autres », de tests, de soins et de traitements, qui existent pourtant et qui éviteraient que l’on pût se retrouver en réanimation à l’hôpital, adaptés aux personnes en début de maladie, population infantilisée par les explications qui lui sont données, confrontée au système D, au chacun pour soi et/ou à une certaine solidarité afin de se protéger a minimade l’isolement, des fautes, des arrogances, des malhonnêtetés.
Il est possible de déceler trois types de comportement généraux à l’œuvre chez une grande partie des personnes, confrontée à cette étrange « pause » dans la destructivité démographique mondialiste et placée soudain dans l’interrogation de paradigmes existentiels remis en question :

Une régression généralisée, conduisant selon les tempéraments à l’infantile, au gnangnan des réseaux sociaux (le pire), au papier toilette pour satisfaire au stade anal, aux coquillettes pour complaire au stade oral, à la servilité de l’infansqui tente en vain d’être considéré, avec comme ressort primaire face à la détresse la pulsion d’autoconservation.

La peur, avec le recours transférentiel au refuge substitutif vers le Père dans l’admiration de tel politique, éditorialiste, scientifique, peur éprouvée par la jeunesse dont les applaudissements au personnel soignant ou l’humiliant « restez chez vous » (quidde l’oubli de ceux qui travaillent dehors, des éboueurs, gens de ménage, livreurs, employés de caisse, artisans, indépendants, policiers, chauffeurs, pompiers… ?) ; peur ressentie par des « jeunes » et des « invités » qui profitent d’une délinquance commune protégée et à présent ouvertement tolérée ; peur envisagée par les enfants, qui retrouvent leurs devoirset leurs histoires, étonnés des spasmes du monde de l’humain expansif et délirant dont ils sont en train d’hériter.

Le renouveau de la personne, dans la créativité, les réseaux sociaux (le meilleur), une régression attendrissante des défis des photos d’enfance, la découverte du bien-fondé de notre culture, l’ouverture à l’autre, le retour sur soi, le travail intellectuel et artistique, la beauté, une certaine spiritualité, toutes manières de déjouer la pulsion de mort en des productions éphémères, durables, sublimatoires.

Des comportements particuliers se font jour à l’occasion des phénomènes dus à la transformation de l’angoisse consécutive aux névroses – qui proviennent d’un conflit interne suivi d’un refoulement, aux psychoses, qui représentent la reconstruction d’une réalité hallucinatoire, aux pathologies narcissiques, qui sont constituées par le désir que suppose l’idéal d’un objet inanimé, tous troubles, en l’occurrence réactionnels à la crise épidémique, en involution.
La névrose d’angoisse va se trouver régénérée par la proximité de la mort, le risque de la perte d’autonomie, la peur de l’isolement. Troubles de l’alimentation, du sommeil, de la sexualité, hyperactivité du système nerveux végétatif, anxiété idéique sont au programme.
La névrose phobique va plutôt se stabiliser ou migrer vers les TOC. Pensons au refuge dans le confinement pour les agoraphobiques et ayons une pensée pour les personnes souffrant du TOC de lavage des mains (!).
La névrose hystérique verra quant à elle apparaître une avidité affective, relativement épuisante, et des états paroxystiques de conversion.

La névrose obsessionnelle serait plutôt celle qui semble plutôt le mieux s’en tirer, avec des moments, voire des univers, ritualisés, rationalisé, intellectualisés, ce qui correspondrait assez bien à une forme d’adaptation.

Les stress post-traumatiques, dans les conditions de chocs consécutifs aux mauvaises nouvelles qui ponctuent nos informations, vont provoquer des refus, des dissociations, une agitation, ou, à l’inverse, un syndrome de glissement.

Les psychoses, schizophréniques, paranoïaques, maniaco-dépressives, vont davantage se stabiliser et faire le gros dos, comme si elles trouvaient dans les événements un environnement adapté, une nourriture environnementale idoine, qui colle (qui contient) à la souffrance psychotique.

Les pathologies narcissiques, qui sont de faux amis, des solutions superficielles à des problématiques profondes, la perversion, la toxicomanie, la psychopathie, les troubles limites de la personnalité, ne vont pas être modifiées par les événements qui malheureusement, ceci étant dû à une sorte de permissivité retrouvée, vont être l’occasion de passages à l’acte.

Nicolas Koreicho– Avril 2020

Gilets jaunes – le non-dit

Gilets jaunes – le non-dit

Une particularité de la révolte des gilets jaunes est la résistance des personnes à produire un discours organisé, laquelle résistance altère l’aspect malgré tout rationnel de ce mouvement. C’est ce qui nous fait dire que le fond de la cause de cette révolte n’est pas de l’ordre de l’articulé, mais de celui du pulsionnel, précisément de la pulsion d’autoconservation.
Ce mouvement, cette révolte, cette jacquerie si l’on veut est encore trop dépendante de ce que l’Autre, le politique, le journaliste, l’artiste, va en dire. Pourtant il y a justement du non-dit, de l’implicite, du sous-entendu dans les revendications qui s’expriment tant bien que mal. On sent une difficulté à exprimer ce qui blesse, une difficulté à nommer les choses, les failles, les manques.
De la même façon que le polythéisme ancien n’est compréhensible que lorsque l’on est prêt à mettre à distance critique autant les cultures anciennes que les cultures des religions monothéistes, la révolte des gilets jaunes ne peut trouver de débouché partageable, audible, qu’en se dégageant de la bien-pensance et du conformisme d’interprétations lourdement orientées. Elle ne remplira le rôle qui en est attendu qu’en se désolidarisant de ce que l’Autre (cf. supra) en dira.
Il faut comprendre que ce mouvement est d’abord le reflet d’une souffrance, c’est-à-dire d’un manque, comme l’on dit d’une lettre non reçue qu’elle est en souffrance.
Manque à gagner, manque de reconnaissance, deux manques qui à l’inverse profitent à ceux, intouchables selon la bien-pensance, qui sont perçus, identifiés et compris inconsciemment les uns comme des privilégiés et les autres comme des assistés, puisqu’en effet ce que ces deux groupes coûtent à la grande classe moyenne des citoyens payeurs placés entre les deux, entre les uns, dans les entreprises publiques, les parlements, les ministères, et les autres, à travers les banlieues, les écoles, les hôpitaux, est maintenu dans le non-dit, l’implicite, le sous-entendu de la part du politique, du journaliste, de l’artiste cette fois, et ce coût est, tabou et déshonorant, car issu du marché de la mondialisation.
Deux non-dits, deux implicites, deux sous-entendus se croisent.
Dans les rêves, la voiture représente le moyen par lequel nous menons notre vie, nous la prenons nous-mêmes en charge, et elle représente la liberté, l’indépendance, la force retrouvée. Or, cette fonction métaphorique, essentielle pour ceux qui n’ont guère que leurs déplacements, cet entre-deux d’une liberté temporaire, pour oublier les opérations dont ils sont les dupes, est ôtée à la société des classes moyennes dans la mesure où elles ne savent pas précisément ce que l’État fait de l’argent de leurs taxes et de leurs impôts, tout en enregistrant d’une part que les privilèges sont maintenus pour de soi-disant élites qui prospèrent et, en un même mouvement tendant vers un soulagement des consciences, d’autre part que les organisations prennent en charge des communautés adventices imposées coûteuses, parfois malhonnêtes, parfois hostiles, parfois violentes, tout en courbant l’échine sous une apparente fierté.
Le gilet jaune est celui que l’on enfile en voiture lorsque l’on est en panne, et particulièrement pour éviter le sur-accident. Il signale une vulnérabilité et il est donc le signe par excellence de l’insécurité. Si l’on considère l’insécurité face à la domination de prérogatives confortées et d’une délinquance généralisée, l’insécurité dont il est le symbole est, outre l’insécurité économique et l’insécurité culturelle, l’insécurité personnelle.

Nicolas Koreicho – Décembre 2018

Janvier 2018 : Johnny, héros des mal-aimés

Johnny, héros des mal-aimés

 

Cette fin d’année aura vu advenir deux événements extraordinaires d’un point de vue psychanalytique et mythologique.

D’une part la mort de Johnny Hallyday, d’autre part ses obsèques.

Nous pensions cet homme invincible, indestructible, lui qui avait survécu au double abandon de ses parents et à son élévation, seul, à travers toutes les épreuves et les couronnements de sa vie, au statut d’étoile.

D’une enfance psychotique ou le jet de déjections lui tenait lieu d’expression jusqu’à l’âge avancé du patriarche rassurant, Johnny s’est vu construire, au fur et à mesure des années et des épisodes de sa vie, une existence de destruction et de construction.

Véritable héros français résilient, adulé des mal-aimés, de ceux qui n’ont pas eu tout l’amour désiré de leurs parents, éducateurs, maîtres, l’homme a représenté au plus juste choix de ses chansons les projections de ceux qui, dans les familles, dans la société, pour les bien-pensants, demeurent les mal-aimés.

D’ailleurs ce sont eux, les mal-aimés, les mauvais élèves, les mal-pensants de la République caviar qui ont porté aux nues religieuses l’un des leurs, en l’exact fantasme de celui qui n’est jamais allé à l’école et qui fut obligé de paraître, dans le paradoxal rôle de la vedette, à la fois simple et éblouissant.

Mauvais exemple mais bonne énergie, sa mort fut saluée par « les petits, les obscurs, les sans-grades », certes, mais par les honnêtes gens, pas par ceux qui font la une des faits divers, et ces mêmes honnêtes gens reconnurent en lui le statut de héros qui fit être moins seul puisqu’il avait la charge de veiller sur nos tourments en « force qui va », en frère devenant le père qui leur avait manqué.

Tel est souvent, d’ailleurs, le rôle de la chanson qui va demeurer la grande consolatrice de nos existences parfois inachevées.

Nicolas Koreicho – Janvier 2018

Décembre 2016 : l’engourdissement

« Un bateau est conçu pour aller sur l’eau, mais l’eau ne doit pas y entrer. De la même façon, nous sommes conçus pour vivre dans le monde, mais le monde ne doit pas nous envahir. »
Sathya Sai Baba

Une année de l’engourdissement

Cette année qui se termine aura vu l’aménagement, par le souci de bien faire de responsables murés de bonnes et dogmatiques intentions et d’ignorance, de salles de shoot, au grand dam de toxicomanes ou de psychotiques encouragés à consolider leur addiction ou à autoriser de graves décompensations ; elle aura vu le bégaiement des responsables dans leur difficulté de donner une origine sociétale aux auteurs des attentats, contre les principes de reconnaissance pacifique ; elle aura vu la bonne conscience des acteurs de certains syndicats et de quelques associations plaider pour des migrants quittant leurs pays et souvent réduits à être de nouveaux allocataires, parfois délinquants, plus rarement activistes en Europe, au détriment des pays et des familles ; elle aura vu les mendiants se coucher dans les rues avec l’affirmation du droit de ces autres nomades haïs, cependant encouragés dans leur déchéance assistée par des administratifs bureaucrates, imposant régulièrement malhonnêteté et parfois maltraitance des enfants et des animaux.

L’engourdissement des responsables et des spectateurs encourage la misère des corps et des âmes à prospérer et la condition de cet engourdissement est l’ignorance et la bien-pensance dogmatique.

Il s’ensuit chez nombre de personnes le sentiment d’une effraction par l’autre, sous la forme d’attentats, de violence contre les biens et les personnes, d’incivilité, et l’angoisse de ne pas en être protégé.

Pour vieillir heureux et profiter de la vie, sans être accablé par les dogmes de la bien-pensance, il nous faudrait des liens humains forts dans de petites contrées non surpeuplées, un équilibre entre le travail et le repos de l’esprit et du corps, des activités physiques trophiques, et des nourritures terrestres et affectives.

Le grand nombre, qui sent tout au fond de son cœur palpiter un espoir faible qu’un sens, une raison, une hiérarchie fasse entendre leur vérité, un souci navré pour que l’image, la posture, la place de ceux qui doivent prendre soin de nous s’imposent à nouveau.
En attendant, tout cela ouvre la place dans les cabinets des psys à ceux qui doivent retrouver un sens, une raison, une hiérarchie dans les choses et dans les personnes, dans les inconscients aussi pour retrouver l’image nourrissante d’une mère, la posture accompagnante d’un psy, la place protectrice d’un père.

Luc Safrani – Décembre 2016

Décembre 2015 : Annus horribilis

« On commence par céder sur les mots et on finit par céder sur les choses »
Sigmund Freud, 1921, Psychologie collective et analyse du Moi.

Annus horribilis

Plus jamais on ne pourra parler d’amalgame ou de stigmatisation sans risquer d’être dans la dissimulation ou l’hypocrisie, car les liens sont patents. Malgré ce que disent beaucoup de journalistes officiels et certains politiciens, le silence du monde ne peut plus taire pour les témoins que nous sommes les relations que les événements éclairent entre immigration non régulée et délinquance, délinquance tolérée et criminalité, criminalité insuffisamment punie et angoisse des personnes.
A vivre sans frontière, sans limite, sans loi symbolique, dans un laxisme dogmatique et peut-être trop humain, le pire du mal reprend son écheveau national-socialiste, fasciste, communiste, islamiste, et en tricote à nouveau les mailles du malheur.
Le temps est à la haine, cette haine, indissociable de l’amour, qui évite de tomber dans la régression masochiste, et sans laquelle aucun deuil n’est possible.
Le temps aussi est à la peine, au renoncement, au deuil complet, qui pourra restaurer un narcissisme blessé, pour ceux qui ont perdu un morceau de leur vie.
Pour les enfants qui découvrent le voile du mal et de la discrimination, les jeunes gens qui apprennent leurs différences et leur relégation, les adultes qui, écrasés par l’enrichissement des politiques privilégiés, des artistes d’état et des journalistes officiels, voient leurs étudiants trahis et laissés dans la précarité, les vieilles personnes qui précipitent leur oubli dans le mal retrouvé.
Je souhaite aux mots de pouvoir se dire, aux images de pouvoir pleurer, aux musiques de pouvoir sonner.

Alexandre Santeuil. Décembre 2015

Décembre 2014 : Chronique de France

« (…) s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel ».
A. CAMUS

Chronique de France

De notre beau pays pas si loin d’un régime de discrète dictature politique et médiatique où on ne nomme pas les criminels, où on élimine les notes pour ne pas baisser le niveau, où on dénomme la viande pour que le clampin puisse l’acheter, où des instances ministérielles vous disent quoi dire aux repas de fin d’année, nous devons affirmer qu’appeler un islamiste un terroriste est une manière de ne pas nommer l’origine du crime, que ne pas donner de nom aux délinquants est une façon de complicité, que ne pas donner de note est une démission du bien devant le mal, que dicter aux journalistes et aux quidams leurs propos est un mensonge différé, que perdre du vocabulaire n’est qu’une réduction de la culture par le bas de la tolérance, tout ceci aboutissant à détourner le regard des problèmes à régler.
D’ailleurs, nier ou camoufler l’origine des choses et des personnes, c’est une lâcheté ou une incompétence. Cela pourrait devenir aussi nocif qu’une trahison. Cacher l’inculture (des quartiers), le no-limit (des « racailles »), le laxisme (des politiques), vouloir dire l’éducation sans évoquer l’intégration, c’est favoriser la chaleur sous l’œuf du serpent.
Origine des terroristes, inculture des préceptes, acceptation des vêtures discriminantes sont autant de motifs de ressentiment et de perdition.
Les gens ne sauraient ravaler indéfiniment leur inquiétude et leur ressentiment et garder ces motifs de dépression et d’anxiété à l’égard de ceux qui détournent, qui déguisent, qui rabaissent.

Alexandre Santeuil. Décembre 2014

Actualités 2013 : La grande illusion

« Et nous les petits, les obscurs, les sans-grades, – Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades, – Sans espoir de duchés ni de dotation. »
Edmond ROSTAND – L’Aiglon (1900), III, 9

La grande illusion

A quoi il faudrait ajouter : la grande division. On aurait pu penser que dans l’épreuve, nous aurions opéré un de ces regroupements qui promettent des lendemains qui chantent. Que confrontés aux mensonges, aux dogmatismes, aux lâchetés, aux sectarismes nous eussions dit, comme un seul homme, « Cessez, donnez-nous de la vérité, de la beauté, de la dignité, de l’humanité ! ». Foin de tout cela. Nous aurions été confrontés à l’histrion, au médiocre, à l’éventuel ?

Plus pernicieux et plus douloureux, nous aurions dû nous résoudre à payer comme jamais pour ce monstre plus froid et fourbe de l’Etat ?
Il y aurait eu un ministère de la Rééducation, un porte-parolat ministère de la Propagande, des ministères putatifs éphémères dirigés par des débutants et vieux militants d’icônes obsolètes, avec l’appui d’innombrables tenants de la fonction publique, de la députation, du train-train sénatoriel, de régions, de départements, de territoires, de grandes entreprises et leurs milliers de privilégiés qui sentiraient la république bananière dans lesquels les copains et les coquins pourraient assurer leurs prébendes, leur avenir et leur retraite ?

Pis encore, nous aurions été contraints d’accepter la bien-pensance, cette pensée unique boboïsante caviardesque, et d’accuser réception du no-limit à la délinquance, au multiculturalisme, à la déresponsabilité personnelle (les centaines de milliers de malfaiteurs sans nom, sans visage, sans nationalité) ?
Nous aurions vu l’éthique animale foulée aux pieds par l’insensiblerie afficionadée, par les producteurs, les égorgeurs (les rituels, les usines à viande, les jeux du cirque) ?
Nous observerions le déclin de l’histoire, de la tradition, du respect de la vie et de la mort, porté par les anti-judéo-chrétiens, les anti-jeunes, les anti-vieux (tout est possible, les minorités imposent leur paraphilie à la population) ?
Nous subirions l’absence de respect pour les anciens, la négation de la différence des sexes et des générations, un nouvel et ridicule anti-Œdipe anti scientifique et des négations de transmissions mémorielles (démolition de la morale, de l’honneur, du mérite, de la Loi) ?
Nous retrouverions les vieilles lunes du constructivisme et du déconstructionnisme vanté par les anti-stéréotypes, les anti-monde libre, les anti-psys (les anciens pseudo intellectuels en manque d’imagination, de genres et de concepts) ?

Nous en serions à un ersatz de civilisation du moins, du faux, du vide ?

La bien-pensance est une illusion : il n’y a derrière sa réduction par le bas du social et sa séduction par le pire de l’amoral, rien qui vaille, car elle est sans culture, sans mémoire, sans civilisation.

Alexandre Santeuil. Décembre 2013

Actualités 2012 : les limites du changement

« Avant de le rencontrer, je croyais que la violence était dans les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu’elle est parfois invisible à l’œil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l’enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se montre pas, la violence est ce qui ne trouve pas d’explication, ce qui à jamais restera opaque. »
Delphine de VIGAN

Le changement peut se signaler par un nouvel aménagement des libertés, ce qui peut naître d’un bon sentiment, mais aussi par le recul des frontières par lesquelles ces libertés respectent celles d’autrui et garantissent les nôtres.
C’est le cas par exemple dans les limites que les civilisations érigent en matière de sexualité, d’usage de toxiques, de procréation, de respect des races animales et humaines.
On ne peut que se réjouir du sain bon sens qui prélude à l’interdit de la prostitution, qu’apprécier le progrès civilisationnel qui permettrait l’abolition de la corrida, on ne peut que s’étonner de l’idée normative du mariage homosexuel, que déplorer le projet aberrant de légalisation du cannabis.
Et, comme d’habitude, il est nécessaire de s’indigner contre la tolérance dont bénéficient les dogmes de la frustration, de la discrimination et de la violence, en échange de quels avantages.

Il suffit d’être confronté aux problèmes psychopathologiques des prostituées pour comprendre de quelles souffrances les clients se paient.
L’abjecte corrida détient jusqu’alors l’effectivité de la pulsion de mort traînée en spectacle en exhibant la banalisation de la torture, du sang et de la peur.
La relation des homosexuels confondue avec la symbolique du mariage aurait pu être acceptable, mais la réalité de l’ontologie et de l’éthologie humaine contraste avec l’inquiétant mélange pour les droits de l’enfant qui peut s’ensuivre d’un pacte social qui rendrait possible l’idée de deux hommes ou deux femmes (pas deux papas ou deux mamans : il n’y a qu’un papa et qu’une maman.) élevant un petit garçon ou un une petite fille, idée particulièrement périlleuse pour l’humain en construction.
Le praticien qui a rencontré les victimes de psychoses cannabiques sait à quel point, après l’alcoolisme et le tabagisme, l’invention du cannabisme serait criminel.
Enfin, et comme d’habitude, il est tout à fait dommageable d’accepter les mouvements sectaires et religieux qui font l’apologie du crime, de la discrimination sexuelle, de l’intolérance, avec la complicité des médias qui ne donnent pas les noms des délinquants et des criminels, qui camouflent leurs visages, qui n’indiquent pas systématiquement l’abus dont les femmes sont l’objet de la part de certains, qui montrent sans les dénoncer les images d’animaux maltraités, qui ne s’insurgent pas contre l’effroyable obscurantisme de ceux qui ne voient le salut que dans la mort et la haine de l’autre.

Tout ceci pose de nouveau la question du suicidaire entêtement mortifère pour les hommes que de vouloir sans cesse repousser les limites.
Une grande tolérance implique une grande violence. Le flou des limites dans tout ce que l’élite politique et journalistique accepte et qui pourtant nous choque, nous qui fréquentons la rue, le métro, les lieux publics, l’école, l’université (signes religieux, prostitution, drogue, maltraitance, incivilité, surpopulation), et entraîne le dévoiement de l’impunité de ceux qui agissent sous l’égide de la permissivité, mais ouvre aussi l’ère des toujours possibles extrémismes sociaux qui ne demandent qu’à devenir totalitaires.

A. Santeuil
4 juillet 2012

Mai 2011 : Pourquoi les frontières ?

« L’amour surgira dans votre cœur quand vous aurez abattu les barrières entre vous et l’autre, quand vous rencontrerez et observerez les gens sans les juger, quand vous regarderez simplement le bateau à voile sur le fleuve et jouirez de la beauté du spectacle. »
Krishnamurti

«Ce qu’il y a de plus profond chez l’homme, c’est la peau.»
Paul Valéry

«Comment mettre de l’ordre dans le chaos? En traçant une ligne. En séparant un dehors d’un dedans
Régis Debray

Pourquoi les frontières ?

Paul Gustav Fischer – Summer day at Reformer Church in Copenhagen

On retrouve la notion de frontière, de limite, d’éthique inhérente à l’idée de respect de soi et de l’autre, dans toutes les sphères d’activité et de pensée du vivant, dans tout le mouvement de l’évolution.

Une des raisons pour lesquelles l’univers nous inquiète (et nous fascine) est qu’il paraît infini. « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » (Pascal).
C’est la prise en compte du cosmique et de son infinitude, jusque dans la formation de l’humain, qui fait que l’on comprend à quel point cette notion de frontière est vitale et nécessaire, ainsi que l’a démontré Ferenczi dans le rapport de l’eau des océans avec l’eau du liquide amniotique (Thalassa). A ce titre, du point de vue planétaire, la limite est l’atmosphère, du point de vue du corps, la limite est la peau.

C’est ainsi que les frontières, les limites, la raison morale nous rassurent – nous contiennent – et pour de bonnes causes. Il s’agit donc d’aider à leur établissement les nouveaux venus au monde.

Le nourrisson est rassuré (et psychiquement contenu, c’est-à-dire hors des facteurs prépsychotiques) par le holding, le handling, et l’object-presenting qui constituent trois gestes parentaux garantissant intégrité du moi, interrelation unifiante et développement libératoire qui le mettent hors de danger de déréalisation, de dépersonnalisation, de suicide (Winnicott).
L’enfant est rassuré également dans son discours, pris en compte même encore Infans, et dans l’interrelation de son discours avec celui de l’autre (intersubjectivité), son narcissisme se développant  en liberté, sauf lorsque celui du parent prend la place de celui de l’enfant, et que le langage y compris symbolique, est absent de la relation.
L’adolescent lui aussi est rassuré et orienté lorsque son parent reste dans la maîtrise de sa propre adolescence et qu’il ne participe à ses « crises » que d’une façon compréhensive et distanciée dans une limite œdipienne.

Ainsi, par exemple, la sexualité exempte de fondations limitantes, rassurantes, contenantes, sur un plan à la fois narcissique et relationnel, ainsi que ses avatars délirants ou enfermants, peut représenter un profond contre-sens pour la prise en compte d’un autre respectable, et d’un soi acceptable sinon aimable, et s’accompagner d’une dénaturation de la relation et de son cortège de précarité, de prostitution, de perversion, de polygamie, d’inceste, de punition corporelle, de violence verbale, de soumission, d’absence de consentement…,  puisque ces comportements conduisent au flou des relations, des corps, des personnes, au déséquilibre entre le principe de plaisir et le principe de réalité ainsi qu’à l’aliénation narcissique et personnelle et à de nombreux phénomènes contingents qui empêchent toute relation de qualité, de sincérité, de partage. Le no limit est aliénant, pour soi et pour l’autre (Cf. Sade). Au contraire, la prise en compte des limites est nécessaire à la poursuite et au bon développement de l’individuation.

A contrario, la personnalité limite (borderline) témoigne dans la symptomatologie corporelle, psychique et relationnelle d’un flou nosographique, d’une instabilité des mécanismes pathologiques propres aux psycho-limites dans lesquelles l’on retrouve à la fois des caractéristiques des névroses et des psychoses, des comportements pathogènes et des types pathologiques, mais également des excès retournés sur soi et des aberrations, sexuelles, sentimentales, relationnelles, orientées vers les autres objectalisés, c’est-à-dire non reconnus comme sujets. En ce sens, le type relationnel de ce type de personnalité est aliénant, en ce qu’il  demande à l’autre de résoudre cette aporie. A ce titre, le borderline projette sur l’environnement son absence de limites, dans une hésitation fondamentale entre homosexualité, perversion, passage à l’acte, tout en étant avide affectivement et nécessairement dépressif. Quant à l’étiologie des personnalités limites, on peut déceler dans la généalogie de tels sujets précisément l’absence, éducative, corporelle ou affective, de limites (le manque, la faille, le trop, la violence, l’intimité forcée, l’attention, le soin défaillants).

De l’évidence philosophique jusque dans le fait religieux, tout n’est pas possible, et les idées, les préceptes sont constitués de limites. La liberté s’arrête où commence celle des autres ; les tables de la loi symbolique (cf. infra) représentent une indication sur les exigences à respecter pour que chacun puisse vivre avec les autres dans le respect réciproque et, par exemple, le droit au blasphème doit être garanti car permettant une relativité à l’enfermement solipsistique de la conviction ; le bien et le mal ont un sens logique et biologique, sont opposés et, sinon définissables scientifiquement, du moins descriptibles en termes de respect et d’éthique, de prise en compte de la souffrance, de l’intégrité, de la distinction, de la transmission, de la bienveillance… Cela concerne les personnes bien entendu, mais aussi les animaux, et, pourquoi pas, la nature. Un paysage peut être en souffrance, c’est-à-dire absent de lui-même, comme une lettre peut être en souffrance.

D’un autre point de vue, littéraire cette fois, l’idée qui voulait jusque dans les années 90 que l’on ne dissociât pas  une œuvre de la personne qui l’avait produite, et qui amalgamait l’ensemble en une espèce de matière unique, était techniquement fausse et scientifiquement infondée. La psychanalyse dans ses liens avec la littérature nous a prouvé que les deux étaient dissociables, que les écrits et la personne n’étaient pas liés ontologiquement, et avec bonheur et créativité.

Au quotidien, sur un plan sociétal, s’autoriser les attaques, les violences, les incivilités personnelles n’est au mieux qu’une réminiscence exprimée de problématiques psychiques de négligence primaire de la part de l’attaquant, et, souvent, de son incomplétude intellectuelle et affective. C’est d’ailleurs le cas lorsque les humains ne considèrent pas la souffrance animale, perdant ainsi l’idée de frontière entre soi et l’autre ou, pire encore, qu’ils l’érigent en spectacle*, comble de l’amoralité, en une apologie du crime sur le vivant.
Nous touchons alors au libre cours, toujours mortifère, de la pulsion brute, non bordée et non investie de limites morales, éthiques et esthétiques.

Dès lors, sur le plan du système relationnel, les incivilités, les violences verbales ou physiques laissent la part libre aux pulsions mortifères lorsque les interactions imposées à l’autre sont exemptes de la prise en compte et de l’application de Loi symbolique (proscriptions, prescriptions) laquelle doit être transmise par les parents.
Par conséquent, l’absence d’interdits sexuels et corporels, de définitions de territoires (de frontières), de distanciations et de différenciations éclairantes non seulement empêche que se développent les phénomènes de sublimation nécessaires à l’amour et à l’art, au travail relationnel (personnel : avec l’autre et avec soi-même), au travail professionnel (pouvoir donner le meilleur de soi-même dans une tâche à laquelle on croit et qui nous épanouit), au travail social ou politique (orienter ses pulsions vers des buts élevés libérateurs), mais au contraire est propice aux abus de toute nature.
L’intolérance religieuse et politique (attentats, lutte des classes, collectivisme, obscurantisme, extrémisme, conformisme, progressisme), est une des conséquences de l’absence d’une morale éthique, c’est-à-dire sentie et appuyée sur l’idée de civilisation et de mémoire, intégrée individuellement, et se réalise fatalement dans un totalitarisme, toujours assigné au mélange du social et d’une pseudo morale, qui menace les personnalités insuffisamment étayées ou contenues et autorise l’omission de toute consistance individuelle. De la sorte, les dogmes privilégiant les intérêts, frustes du point de vue intellectuel, des masses sociales et reproductives sont forcément aliénants et, tôt ou tard, totalitaires.

La séparation des églises et de l’Etat, des extrêmes et des compréhensions, des pensées uniques et des singularités intellectuelles, préserve de toujours possibles aliénants s’il n’existe pas de frontière, de limite, de loi.
Ce n’est pas par moralité qu’il faut des frontières aux cultures, aux nations et aux personnes, c’est parce que l’absence de ces frontières est suicidaire.

*Cf. Un point de vue de la psychanalyse sur la corrida.

Nicolas Koreicho – Institut Français de Psychanalyse © – mai 2011

Janvier 2011 : Paris déprime ?

« Quand tu auras désappris à espérer, je t’apprendrai à vouloir »

SENEQUE

Janvier 2011 : Paris déprime ?

En cercles concentriques, les environnements dépréciatifs tels qu’ils se dessinent en prismes dans les grandes cités, induits par le stress logique de la surpopulation, créent les conditions de formes graduelles de déprime, formes dont la nature est fonction de leur adhérence de prédilection à tel environnement, lesquelles formes peuvent, selon la profondeur de la pathologie dépressive, se surajouter les unes aux autres. La solitude, l‘absence d’affiliation personnelle, la manque d’affinités professionnelles, les contraintes administratives et sociales, la ville et ses crapules, le défaut d’horizon et de lumière, les mensonges des ambitions politiques, les approximations journalistiques, l’envahissante violence religieuse, la guerre qui gronde au loin, leurs empiétements sur nos urbanités, nos rusticités, nos civismes, les animaux qu’on torture et qu’on déporte, la nature qui s’épuise, s’imposant en autant d’environnements dysphoriques, réfléchissent, dans leur retentissement en chacun, des problématiques plus profondes et essentielles, sans toujours la possibilité – et c’est là un drame profond – de formuler précisément ces ressentis. La plus ou moins grande sensibilité de chaque personne à tel de ces degrés d’une mise en abyme idéelle mais subie quotidiennement dépend de son histoire naturelle, culturelle et œdipienne, et la fera s’orienter vers le ralentissement, l’anhédonie, le défaut de motivation, les déplacements parasitaires, les substitutions prostitutives, les dépendances virulentes, et la fera se réfugier dans les faux objets que sont la violence reçue et donnée, les toxiques plus ou moins justifiés, la dévalorisation originaire et/ou le collectivisme sectaire, les illusions idéologiques meurtrières, la mensongère « lutte des classes », tous faux objets mais véritables ensembles psychopathologiques. Tous les leurres échafaudés par des esprits finalement simplement en mal de reconnaissance de leur vérité constitutive ne sauraient faire oublier à quel point la prééminence du travail psychothérapeutique et psychanalytique, qui rehausse l’individu à l’état de personne unique en s’établissant sur l’intimité langagière et discursive d’une relation unique et privilégiée, et qui seul est apte à faire se retrouver la vérité de l’unicité vitale hors des restrictions aliénantes et des impositions surmoïques, d’abord, fonction des transferts accompagnants, puis limpide et éclairant comme le narcissisme retrouvé, remet à leur juste place les combats revendicatifs et obéissants qui sont, disons-le nettement, d’un autre âge.

Nicolas A. KOREICHO
13 janvier 2011