Archives de catégorie : Actualités – Dialogues – Permanences

La liste noire des thérapies

Le liste noire des thérapies

Voici une liste de thérapies établie entre autres dans un Guide de 2012 par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires pour lutter contre les dangers d’emprises sectaires de médecines et de psychothérapies non conventionnelles qui sont, compte tenu de leurs insuffisances conceptuelles et de leur manque de scientificité, dans le collimateur de la Miviludes, en raison de leur risque supposé de « dérives sectaires », ou de manipulation de personnes insuffisamment informées. En tant que pratiques, pas forcément sectaires, et pas systématiquement inintéressantes, mais la plupart du temps non réglementées, et, à ce titre, pouvant se révéler potentiellement dangereuses ou inutiles ou mensongères, elles ont pu faire l’objet de plaintes et de procès avec constitution d’associations de victimes et de remontées de signalements aux parlementaires et à la justice, pour atteinte à l’intégrité des personnes, abus de l’état de faiblesse ou d’ignorance, mise en danger de la vie d’autrui, escroquerie, exercice illégal de la médecine, de la psychothérapie*, de la kinésithérapie… Quelques méthodes listées peuvent s’appuyer sur des approches tour à tour « psychologisantes, déviantes, par ingestion de substances, aux fins de prévention, de développement personnel, de rééquilibrage de l’énergie… » :

Amaroli (traitement du cancer par ingestion de sa propre urine)
Analyse transactionnelle
Ayurvédique
Biomagnétisme
Biopsychologie systémique
Breuss (t. du cancer par cure de jus de légumes)
Budwig (t. du cancer par ingestion huile de lin et lait caillé)
Constellation systémique et familiale
Décodage biologique
Énergiologie
Ennéagramme
EMDR (eye movment desensitization and repossessing)
Etats de conscience modifiés
Gemmothérapie
Gestalt-thérapie
Hamer (méthode) ou Médecine Nouvelle Germanique
Holistique
Hygiénisme
Instinctothérapie
Iridologie
Kinésiologie
Kryeon (EMF) (enfants « indigo » ou « cristal »)
Lefoll (t. du cancer par ingestion d’un composé de trois acides)
Libération des cuirasses (MLC)
Massage Tui Na
Médecine énergétique
Méthode Hamer
Mythe de l’enfant parfait
Naturopathie
Neo chamanisme
Neuro quantique
Ozonothérapie
PNL (programmation neuro-linguistique)
Psychobiologie
Psychogénéalogie
Psychologie quantique
Psychosomatoanalyse
Médecine quantique
Rebirth
Reiki
Résonance
Respirianisme
Scohy (t. du cancer par ingestion de jus de citron)
SHI (spiritual human yoga)
Simoncini (t. du cancer par ingestion de bicarbonate de soude)
Simonton
Sophrologie
Systémique
Systémique orientée solution
Tabitah’s place
Thérapie(s)
Thérapies du rêve éveillé
Thérapie systémique
Tipi
Vittoz
Yunâni

La Miviludes précise qu’un grand nombre d’autres méthodes, non citées ici (il en existerait environ 400 au total : Astrologie structurale, Bioénergie, Biosynergie, Biodynamique, Biologie totale des êtres vivants, Body Mind Movement, Conscience énergétique des chakras, Intégration posturale, Massage bio-dynamique, Psycho-bio-thérapie, Psychosynthèse, Somatanalyse, Sophroyoga, Technique du dialogue intérieur…), ne sont pas non plus exemptes de risques.
De nombreuses thérapies, ainsi que des organismes de formation, qui font les beaux jours de certains praticiens,  peu exigeants sur le plan de la validité scientifique et conceptuelle de leur activité, naissent, se développent, changent de nom au gré des modes, puis, dans le meilleur des cas, s’éteignent.

NB : Mises régulièrement en question, Fasciathérapie, Anthroposophie (Rudolf Steiner), Colibris (Pierre Rahbi), Végétothérapie caractéro-analytique (Wilhelm Reich) ne sont pas considérées officiellement comme relevant de dérive sectaire.
Les organisations religieuses et politiques ne sont pas listées, dans la mesure où elles font l’objet d’un traitement particulier par les services spécialisés des ministères compétents qui exercent une surveillance spécifique sur leurs activités.

*L’article 52 (de la loi sur le titre de psychothérapeute) est venu combler un vide juridique qui permettait à tout un chacun dans notre pays de s’autoproclamer psychothérapeute, de visser sa plaque ou de figurer dans les annuaires et d’être alors en situation de répondre, sans aucune garantie de formation, ni de compétence, ni d’éthique, à des sollicitations de personnes par définition fragiles courant le risque de voir leur détresse ou leur maladie aggravées, et souvent, hélas, d’être abusées par des personnes ou des organisations présentant une vision « particulière » ou mensongère ou obsolète (new age, structuralisme, psychologie des organisations, psychosociologie…) du monde ou de la société, philosophique ou sociologique ou cosmique ou de la conscience ou de l’intelligence émotionnelle ou de l’énergie ou de la joie, etc…
Nous avions pourtant déjà fort à faire avec les professionnels en titre (Cf. Le monde des psys : les reconnaître), cependant qu’à présent, d’autres malins ne pouvant pas usurper le titre de psychothérapeute, utilisent d’autres titres courants, possibles ou imaginables – parfois soi-disant psychanalystes, hélas, car le titre n’est pas réglementé -, afin de s’insinuer dans les méandres d’organisations, d’entreprises, d’organismes de formation, de cabinets de RH, d’institutions de soins, hôpitaux et cliniques, et de pratiquer une psychothérapie ou une psychanalyse sauvages :

En effet, reste à présent aux instances d’éthique et de vigilance, ainsi qu’aux patients et aux clients, de répondre par la loi à l’utilisation et au détournement, par certains professionnels de la psychologie, de la psychanalyse, de la psychosociologie, de la relation d’aide, du développement personnel, du coaching…, soit de titres usurpés (y compris par des « stars » médiatiques) et de discours indûment empruntés, soit de « méthodes », d' »approches », de « thérapies » psychothérapistes sans solide fondement théorique assimilé, ou illégales et parfois dangereuses.
L’exemple de titres empruntés est par exemple témoigné par l’emploi, volontairement générique, du vocable thérapeute, ou de praticien, qui veulent ainsi donner l’idée du soin, en une imposture qui joue sur une ambiguïté lexicale métonymique, et par laquelle l’on ne sait de quel statut, diplôme, formation, ni de quelle « thérapie » le soi-disant thérapeute ou le « quelque chose thérapeute » ou le « thérapeute quelque chose » ou le « quelque chose praticien » ou  le « praticien quelque chose » se targue…
Ce même souci éthique et de vigilance, qui devra s’appliquer également aux professionnels du marketing qui s’avancent à présent masqués derrière un de ces titres, ou qui usent de faux diplômes, de coachs, mentors, thérapeutes, psychanalystes, praticiens, consultants…, doit se manifester entre autres dans la dénonciation de discours qui se font jour dans l’emploi erroné de termes (dont celui de « thérapie », ou de « psychothérapie ») empruntés à la psychanalyse, à la psychopathologie, à la psychologie, à la psychiatrie, par des « professionnels » en mal de crédibilité ou de rationalité provenant de cursus superficiels, de formations universitaires médiocres, mal évalués.
Ceux-là utilisent de façon abusive des termes scientifiques propres à ces sciences humaines et médicale, obéissant ainsi à un besoin de consommation : celui de la culture psychanalysante ou psychologisante à prise rapide. Ce psychanalysme, ce psychologisme, ce psychiatrisme de forme sont source d’erreur et de confusion pour la patientèle pour deux raisons :
D’abord parce que de telles utilisations de la terminologie et du lexique de ces disciplines scientifiques sont sans fondement justement scientifique (et par surcroît systématiquement inexactes). Des assertions, fausses dans les termes et sur le fond laissent penser que ces professionnels font par exemple, comme nombre de soi-disant psys, du Lacan sans le savoir dans ce qu’il a produit de plus discutable, car de plus éloigné du patient, lorsqu’en utilisant abusivement une connaissance superficielle de certains axiomes mathématiques il en inférait des logiques absurdes ou de la prose, comme superficiellement ces M. Jourdain d’aujourd’hui le professent.
Ensuite, et c’est là que les utilisateurs de disciplines d’accompagnement à la mode, mais qui se cherchent encore, doivent, pour leur propre crédibilité, dénoncer les abus et les abuseurs, car il est nécessaire que soient critiqués ceux qui, pour faire sérieux et professionnel et « psy », utilisent des discours psychologistes ou psychanalytistes ou psychiatristes, et qui profitent ensuite de contrats et de conventions d’accompagnement, de relation d’aide, de suivi personnel et professionnel, de coaching, de mentoring (liste non exhaustive) pour pratiquer dans un deuxième temps une psychothérapie sauvage (et coûteuse) en entreprise, en institution ou en cabinet, aux dépens de leurs patients/clients, en réalité sans droit ni titre…

NB : L’usage, sans droit, d’un titre attaché à une profession réglementée par l’autorité publique ou d’un diplôme officiel ou d’une qualité dont les conditions d’attribution sont fixées par l’autorité publique est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Article 433-17 du Code pénal

Alexandre Santeuil – Décembre 2012 – Institut Français de Psychanalyse©

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Un point de vue de la psychanalyse sur la corrida

« La corrida, ni un art, ni une culture ; mais la torture d’une victime désignée. »
Émile Zola

« Torturer un taureau pour le plaisir, l’amusement, c’est plus que torturer un animal, c’est torturer une conscience. Tant qu’il y aura des êtres qui paieront pour voir une corrida, il y aura des guerres. »
Victor Hugo

« L’œil animal n’est pas un œil. L’œil esclave non plus n’est pas un œil, et le tyran n’aime pas le voir »
Alain

Un point de vue de la psychanalyse sur la corrida

Historiquement (hystériquement aimerions-nous plaisanter sur un rituel que sa sécularité n’excuse pas et qui demeure moralement inacceptable), même si la corrida pouvait s’apparenter aux jeux du cirque de l’ancienne Rome, au moment où ces spectacles de tuerie, de combat entre hommes et animaux, sonnaient l’heure de la plongée de la civilisation romaine dans la décadence, la corrida est née dans les abattoirs (Séville – XVIème siècle).
Voici ce qu’il en est de la tradition, voilà ce qu’il en est de la culture.
C’est dans les abattoirs que les bouchers et leurs commis, avant de tuer les taureaux, s’amusaient, et amusaient leurs femmes, puis, moyennant finance, les bourgeoises et les bourgeois à les faire courir, à les piquer, à les poignarder, à les couper, à les saigner vivants, à les tailler en pièces pour distribuer queue, testicules, oreilles aux spectatrices et aux spectateurs fétichistes.
Certes il est nécessaire de considérer la terreur infligée aux animaux qui satisfait les perversions voyeuristes, fétichistes et sadiques des spectateurs avides de sang, compte tenu de la pulsion d’emprise perverse qui veut considérer l’autre (le faible, l’entravé, l’enfant, la femme, l’animal sans voix : la victime potentielle) comme un objet, en une conjugaison archaïque qui mêle pulsion de destruction et pulsion pornophile.
Une condition acceptable de cet abus de pouvoir aurait été que cela restât dans la fiction d’une littérature ou d’une peinture ou d’une sculpture. Pourquoi pas ?
Cependant, il est nécessaire également de prendre en compte pour l’analyse, outre la composante perverse de l’exercice, la dimension psychopathique intrinsèque au rejet d’autrui. Et c’est bien ce qui apparaît dans un tel spectacle : l’abject.
La violence tortionnaire proposée en spectacle à l’esthétique fruste « sublime » une expression sadique brutale, complexe, masquée, ambivalente, issue de la pulsion de destruction, et, plus précisément, issue des pulsions de mort sous leur forme perverse et psychopathique.
L’Autre y est pris en otage sous le statut de chose, d’objet réduit à l’impuissance par des corps impuissants, les tortionnaires et les voyeurs.
Complexité, car l’expression sado-tauro-machique se construit sur un anthropocentrisme borné selon lequel c’est le point de vue de l’observateur (de l’archaïque voyeur) qui est privilégié, et ce nonobstant la torture de l’animal. Un cortège d’arguments prétendument artistiques, sur ce qui reste une esthétique de foire, est appelé en renfort. Justification complexe de la pulsion scopique sous son aspect voyeuriste, donc. Pour autant, cette esthétique foraine populacière doit-elle prendre le pas sur la souffrance et la morale et piétiner la valeur compassionnelle de l’humanité ?
Masque, car l’énergie du taureau peut facilement le faire passer pour un animal agressif par nature, alors que tout est fait, dans son éducation (inculcation violente, incarcération, déportation, contention, brutalité, torture clandestine) pour réduire l’animal à une Chose répondant à l’exigence d’un commerce fondé sur l’abaissement d’une créature unique de beauté au rang de chair à la merci de ce que le peuple a de plus bas, d’un mammifère dont la noblesse, plus que l’homme, en impose. La force déployée par le taureau pour que cesse sa peur et sa souffrance est justifiée ab absurdo par les organisateurs dans son combat contre le torero, c’est-à-dire en inversant le véritable agressif qu’est l’homme, alors que les coups se portent sur le taureau, ivre de terreur, frappé de tous côtés par les picadors.
Ambivalence, car la violence impressionnante des scènes qui se succèdent devant la foule avide relève de la double contiguïté de la douleur de la bête et de l’acharnement de l’humain placée au rang d’une énergie vitale orientée à la fois vers une esthétique sommaire et bouchère (l’étal, l’énergie mortifère, la gestuelle répétitive, les couleurs criardes) et, en fin de compte, vers une mort abjecte (le sang, les tripes, les excréments, l’odeur) au point de faire oublier au spectateur que la soi-disant esthétique dont il est parfois question pour justifier la tenue des toréadors, des picadors, des opérateurs, tortionnaires excusés parce qu’ils donnent à un public demandeur, les autres, ce public, excusés par ce qu’ils ne commettent pas directement, esthétique qui ne devrait pas s’appliquer au crime sur un condamné.
Enfin, la question que pose l’exhibition du spectacle mortifère n’est pas due seulement au développement répétitif d’une danse ridicule (« olé ») s’il n’était question d’épuiser, de saigner et de tuer un animal qui ne veut que faire cesser son calvaire et qui lutte pour conserver sa vie, exhibition manifestement valorisée par les costumes clinquants d’une mise en scène grossière, camouflage du côté obscur et honteux de la référence à la peur de la mort.
C’est aussi que cette manifestation d’un autre âge, l’âge de cette pulsion parmi les premières, de la bête qu’on craint et que des bêtes humaines torturent et regardent pour repousser l’angoisse d’être par elle blessées, dans la nuit d’une jouissance primaire des temps des hommes d’avant l’histoire, que l’on sacrifie aux peurs les plus immédiates, peurs d’être blessé par les crises, l’inculture, la décadence, manifestation proposée en un spectacle admis, toléré, légal.
C’est spécialement là que le bât blesse.
Il existe dans ce spectacle de torture une contradiction dans les faits. Ce qui est encore légalement accepté représente d’une part le règne du plus fort et, paradoxalement, de l’irresponsable – quel exemple dans une démocratie que ce totalitarisme toléré du spectacle de la peine de mort -, ainsi que le règne de ceux qui, contre l’animal seul luttant de peur contre tous, ont la force lâche du plus grand nombre, les chevaux, les épées, les pointes, et ne laissent aucune chance à la bête nue jetée dans l’arène.
Cependant, d’autre part, la poursuite de ce rituel qu’on caractérisera un jour comme l’un des plus ignobles derniers crimes autorisés de ce siècle, implique philosophiquement que l’absence d’empathie, l’impossibilité de se mettre à la place de l’autre souffrant, amoralité à l’origine des pathologies narcissiques, ouvre par l’exemple la possibilité de tous les crimes.
« Tant qu’il y aura des êtres qui paieront pour voir une corrida, il y aura des guerres. »
Or, on l’a vu, la conjonction atroce de la pulsion sadique avec le légal n’est rien moins, d’une part, qu’une condition sine qua non du versant mortifère de la régression narcissique et n’est rien moins, d’autre part, qu’un exercice agréé de la perversité et de la psychopathie, ce qui, encore une fois, ne devrait être possible que dans l’expression littéraire ou artistique. Le crime est montré, infligeant ainsi au spectateur convulsé, tortionnaire par procuration, la confusion grotesque du bien de la lumière et du mal de la souffrance.

Alexandre SANTEUIL – 1er décembre 2008 – Institut Français de Psychanalyse©

Sur « No Corrida » en hommage au courage de leurs combats.

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Pour l’évaluation (bis) !

Pour l’évaluation (bis) !

L’actualité nous permet aujourd’hui de revenir sur cette nécessité de l’évaluation, particulièrement à l’endroit des psys, des magistrats, mais aussi vis à vis des médecins et des professeurs.

Les crimes relatifs à des récidives, qui impliquent en premier lieu les psys et les magistrats, mais également ces événements fâcheux que sont les maladies et le chômage, qui concernent spécialement les médecins et les profs, font dire aux journalistes ou aux politiques, ces frères de toujours, que ce ne sont pas des sciences exactes.
Certes. Aussi, concernant les membres de ces corporations, nous ne pouvons plus nous contenter de leurs titres, de leurs appuis ou des protections dont ils bénéficient.
Toutes raisons pour évaluer au premier chef les psys qui procèdent aux expertises avec précision ou sommairement, les magistrats qui ordonnent des mesures réglementaires ou pas assez contraignantes, mais pareillement les médecins qui sont proches de leurs patients qu’ils comprennent ou n’exercent pas leur métier avec toute la proximité et l’humanité qu’il faudrait, les profs qui connaissent leurs élèves et leurs étudiants comme leurs propres enfants ou ne savent pas qui sont leurs élèves et leurs étudiants tant ils en sont distants.
Il est nécessaire d’évaluer les psys sur leurs résultats – et sur le nombre de leurs patients, tant sont nombreux ceux qui se disent psychanalystes mais n’ont que trois patients – et non sur leur notoriété dans l’édition, ou sur le nombre de leurs livres ou leur poste dans l’université ou dans leurs associations ; les magistrats sur leur apport dans la sécurité des biens et des personnes, et non sur leur autorité personnelle et leur entregent ; les médecins sur le nombre de leurs patients sauvés, guéris, améliorés, et non sur leur train de vie, le prestige de leurs voitures ou de leurs résidences ; les profs sur le nombre de leurs élèves et de leurs étudiants qui trouvent du travail et réussissent, et non sur leur influence dans l’administration, les syndicats et le devenir de leur carrière.

Nicolas Koreicho – Novembre 2011 – Institut Français de Psychanalyse

Pour l’évaluation !

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Pour l’évaluation !

Pour l’évaluation !

Pour l’évaluation des psys, des profs, des médecins, des magistrats.
Les patients, les élèves, les clients sont soumis depuis toujours à l’évaluation et, incidemment l’exercent à leur tour, sans que leur avis ne soit pris autrement en compte que par le bouche à oreille, de manière individuelle, artisanale. C’est une anomalie.
En effet, nous avons entendu toute notre vie (de psychothérapeute) les patients qui se plaignaient d’un psy trop silencieux, trop dogmatique, trop jargonnant, voire sadisant, malveillant à force de ne pas s’impliquer ; nous avons subi, écolier, accepté ou ruminé toute notre vie de collégien, de lycéen, d’étudiant, que tel prof était génial, passionné, inspiré et que tel autre était nul, mauvais, conformiste, rabâcheur de ses propres bouquins ; nous avons avalé les prescriptions inutiles, puissantes, nocives des médecins qui travaillent dans l’abattage, n’expliquent pas, ne mesurent pas les conséquences d’ordonnances rédigées à la hâte, par habitude ; nous avons vu et revu les victimes de magistrats abusifs, tout puissants, démiurges, condamner, enfermer, humilier.
Les psys, les profs, les médecins, les magistrats ont l’occasion de se glisser dans les hardes du père, et, nécessairement – c’est la motivation du métier qui parle ici -, du père abusif. Il faut de cet Œdipe-là, en partie, s’il est appréhendé avec discernement et soin de la parole du professionnel et de celle de l’autre, l’autre comme personne, ayant une vie respectable et précieuse. Ils doivent représenter la Loi, chacun dans leur spécialité, mais avec une conscience de ce rôle éminemment transférentiel qu’ils sont amenés à jouer, et prendre une infinie précaution de leurs décisions, et de la manière dont ils évaluent leurs semblables.
Enfin, l’honneur et l’importance de nos fonctions doivent stimuler nos pairs et les inciter à accepter d’être évalués, pour la qualité de nos prestations, de notre présence au monde, de l’amour que l’on porte au vivant.

Nicolas Koreicho – Octobre 2011 – Institut Français de Psychanalyse

Pour l’évaluation (bis) !

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L’engourdissement

« Un bateau est conçu pour aller sur l’eau, mais l’eau ne doit pas y entrer. De la même façon, nous sommes conçus pour vivre dans le monde, mais le monde ne doit pas nous envahir. »
Sathya Sai Baba

Une année de l’engourdissement

Cette année qui se termine aura vu l’aménagement, par le souci de bien faire de responsables murés de bonnes et dogmatiques intentions et d’ignorance, de salles de shoot, au grand dam de toxicomanes ou de psychotiques encouragés à consolider leur addiction ou à autoriser de graves décompensations ; elle aura vu le bégaiement des responsables dans leur difficulté de donner une origine sociétale aux auteurs des attentats, contre les principes de reconnaissance pacifique ; elle aura vu la bonne conscience des acteurs de certains syndicats et de quelques associations plaider pour des migrants quittant leurs pays et souvent réduits à être de nouveaux allocataires, parfois délinquants, plus rarement activistes en Europe, au détriment des pays et des familles ; elle aura vu les mendiants se coucher dans les rues avec l’affirmation du droit de ces autres nomades haïs, cependant encouragés dans leur déchéance assistée par des administratifs bureaucrates, imposant régulièrement malhonnêteté et parfois maltraitance des enfants et des animaux.

L’engourdissement des responsables et des spectateurs encourage la misère des corps et des âmes à prospérer et la condition de cet engourdissement est l’ignorance et la bien-pensance dogmatique.

Il s’ensuit chez nombre de personnes le sentiment d’une effraction par l’autre, sous la forme d’attentats, de violence contre les biens et les personnes, d’incivilité, et l’angoisse de ne pas en être protégé.

Pour vieillir heureux et profiter de la vie, sans être accablé par les dogmes de la bien-pensance, il nous faudrait des liens humains forts dans de petites contrées non surpeuplées, un équilibre entre le travail et le repos de l’esprit et du corps, des activités physiques trophiques, et des nourritures terrestres et affectives.

Le grand nombre, qui sent tout au fond de son cœur palpiter un espoir faible qu’un sens, une raison, une hiérarchie fasse entendre leur vérité, un souci navré pour que l’image, la posture, la place de ceux qui doivent prendre soin de nous s’imposent à nouveau.
En attendant, tout cela ouvre la place dans les cabinets des psys à ceux qui doivent retrouver un sens, une raison, une hiérarchie dans les choses et dans les personnes, dans les inconscients aussi pour retrouver l’image nourrissante d’une mère, la posture accompagnante d’un psy, la place protectrice d’un père.

Luc Safrani – Décembre 2016 – Institut Français de Psychanalyse©

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Maturation humaine, animale, végétale

Y a-t-il de bonnes raisons de comparer la maturation humaine à la maturation animale ou végétale ?

Nous avons tendance à séparer hermétiquement l’animal et la plante de l’homme, voire à séparer chacun hermétiquement l’un de l’autre, considérant que la plante est inerte ou passive, l’animal actif mais limité, et l’homme, au sommet du vivant, voire étranger au « simple » vivant, disposant de plus de facultés que les autres créatures, de par ses capacités logo-théorique (à parler, raisonner et abstraire) et opératoire (utiliser, créer et perfectionner des outils toujours plus sophistiqués), ainsi que sa capacité à une conscience de soi, à une conscience également morale (différencier le bien du mal, savoir agir avec autrui). D’un autre côté leurs développements biologiques présentent beaucoup de similitudes (certes le règne végétal est moins proche de la biologie humaine que la reproduction et la maturation d’un singe, par exemple), surtout entre mammifères, ce qui n’est pas sans présenter des questions : l’homme est-il si distinct du reste du vivant qu’il le croit ? La maturation du petit d’homme est-elle si distincte de celle de l’animal (a fortiori social) ?

S’il est a priori acquis que l’homme n’est pas un animal ordinaire et que son développement et sa maturation sont uniques dans le règne animal, nous verrons qu’il n’est pas certain que la maturation humaine soit à séparer hermétiquement de la maturation animale, et peut-être juste un peu moins de la maturation végétale.

I/ En quoi l’homme serait-il distinct du reste du vivant ?
D’un point de vue biologique, on peut déterminer des différences entre l’homme et le reste du vivant dans leurs mécaniques de maturation :
Dans le cas de la maturation végétale, l’arbre ou la plante est d’abord une graine, un oignon, voire des spores (les champignons). Elle va s’enraciner dans la terre pour se nourrir, et grâce à la photosynthèse, va se développer d’un bourgeon à sa forme finale (arbre, fleur, etc.). La plante est généralement déterminée, et sa forme globalement certaine (à part certaines fleurs aux couleurs variables et les variétés de fruits et légumes qui peuvent légèrement différer en termes de forme –les pommes de terre par exemple) ; la plante contient toutes ses déterminations actuelles dès les germes.
Dans le cas de la maturation animale, le petit est souvent déjà déterminé, il naît en général déjà prêt à survivre (les faons, poulains, girafons ou cobayes naissent déjà constitués, les yeux ouverts et sont capables de se mouvoir très vite). D’autres petits (oisillons ou rongeurs tels la souris ou le hamster) naissent nus, aveugles et fragiles, mais vont très vite se développer. Le chaton naît aveugle, mais il est déjà pourvu de poils et ses yeux sont ouverts, et nonobstant les dents de lait, il a déjà tout ce qui lui sera nécessaire à exister. L’animal solitaire ou le poisson en bancs n’acquiert pas la manducation (se nourrir) tant qu’elle lui sera instinctive une fois sevrée (pour le mammifère, immédiate pour les autres espèces, les oiseaux qui régurgitent les aliments aux petits, des poissons qui se nourrissent directement, etc.). Le code social est presqu’évident chez l’animal, qui sait identifier le territoire ou la menace très vite.
La maturation humaine est un peu différente : le bébé naît « à moitié » complet (il sait à la naissance se redresser, les garçons peuvent être capables d’éjaculer, les filles ont un semblant de menstruation), mais tout disparaît ensuite et la maturation se clôt hors du ventre de la mère (ce qui explique pourquoi il faut en moyenne une grosse dizaine, voire une quinzaine d’années avant d’atteindre la maturité sexuelle, et pourquoi il lui faut jusqu’à une année pour marcher, là où les animaux en sont capables au bout de quelques semaines au plus –chez le félin par exemple). Là où l’animal (du moins social) et l’homme se rapprochent, c’est dans l’apprentissage des gestes : si l’homme, comme les autres mammifères, une fois assez mûr, « apprend » la manducation, les gestes de mâcher lui sont moins automatiques et l’apprentissage sera plus long. De même la propreté lui est plus lentement acquise (alors que, par exemple, les petits hamsters, nus et aveugles, savent néanmoins se rendre au coin « sanitaire » du nid pour y faire leurs besoins, ou que, comme le mentionne Emmanuel Kant dans l’introduction de ses Propos sur l’éducation, les hirondelles écloses savent déjà faire tomber leurs excréments hors du nid, citons aussi le chaton qui apprend où est la litière par pure imitation de la mère, avant d’en faire son propre savoir), il lui faudra quelques années au plus pour apprendre où et comment faire ses besoins. De même il faut à l’homme beaucoup plus de temps pour développer ses dispositions (ne serait-ce que les plus primaires comme la station, la déambulation,  se repérer dans l’espace, identifier les sons, voire ensuite chasser, se vêtir, s’abriter), sans parler de l’acquisition des codes sociaux, très lente chez l’homme (probablement aussi parce qu’ils peuvent changer assez vite –a fortiori dans nos sociétés contemporaines plus fluides). Le point le plus unique est la complexité théorique de l’homme, qui ne va pas apprendre seulement des pratiques utiles, mais aussi un vaste champ théorique et abstrait qui ne sert pas immédiatement la vie, mais a des implications à long terme (développement technique, scientifique, culturel, spirituel, large champ des représentations), qui échappe au reste du règne animal.
On s’accorde à dire que les représentations de l’animal sont factuelles, instrumentales, elles ne concernent que son confort et sa vie immédiate et son adaptation aux conditions (climat, raréfaction de la nourriture, concurrence, rivalité avec les nouvelles générations). L’exemple des animaux faisant des réserves reste caduque, car il est conditionné à l’imminence de l’hibernation à l’instinct plus qu’à une prévision, et se révèle inutile en captivité (ou chez un animal apprivoisé). L’homme au contraire, se contenterait rarement de la vie telle qu’il « l’a », telle qu’elle est ; là où l’animal « fait avec », l’homme lui rêve, espère, interroge, cherche à changer le cadre au lieu d’agir dedans, et ce travail ne fait que commencer réellement avec l’âge adulte (que l’on se place du point de vue juridique –l’âge légal, ou biologique –puberté et fertilité), l’apprentissage et le perfectionnement des savoir le poussent à sans cesse adapter ses représentations, voire à y adapter le cadre quand sa puissance opératoire est assez développée (pour l’exemple le plus primaire, le bâtiment permet à l’homme d’adapter le milieu à sa représentation d’un abri). En ceci on peut considérer l’homme comme très différencié de l’animal (le nid animal ne transforme que superficiellement le milieu, qu’il s’agisse d’un terrier ou d’un nid ; le barrage du castor est plus particulier car il modifie les cours d’eaux). De même, l’animal adulte limite souvent ses représentations aux moyens d’accéder à l’objet de son appétence (reproductrice ou alimentaire). L’homme en revanche explorera des champs hypothétiques (par exemple dans l’art, la musique, ou la littérature, notamment celle dite « d’anticipation », où l’auteur imagine un monde possible où des règles changent, et en explore les implications par la narration, ou encore la recherche dans les sciences théoriques et appliquées –physiques, mécaniques, mathématiques, sciences humaines…).
En ceci, on peut considérer que le développement de l’homme n’a que peu de points communs avec ceux de l’animal et du végétal, et qu’il serait faux de les comparer. Nous avons néanmoins identifié déjà des similarités qui rendent cette position caduque du point de vue mécanique, notamment en ce qui concerne l’animal social. Ajoutons que certains animaux, les méduses notamment, mélangent reproduction sexuée (fécondation de gamètes) et bourgeonnement de spores sur un sol propice pour produire un individu adulte, et les frontières semblent de plus en plus ténues. Remarquons également que l’homme, comme la grande majorité des mammifères (excluons l’ornithorynque et l’échidné, mammifères ovipares d’Australie pour notre propos) est vivipare, allaite ses petits, et que le petit du kangourou naît quasiment prématuré et termine sa gestation dans la poche marsupiale de sa mère, totalement dépendant durant tout l’allaitement, à l’instar du bébé humain, et nous trouvons de nombreux points biologiques de rapprochement. Plus fondamentalement, le fait que les trois règnes commencent par de petites formes faibles et incomplètes et aient besoin de se nourrir pour croître, forcir, et cherchent tous à se reproduire réduit les distances les séparant. Voyons maintenant en quoi cette porosité des frontières est plus profonde encore qu’il n’y paraît.

II/ La proximité entre l’homme et les autres vivants
Nous avons dit que l’animal et la plante naissaient a priori déjà suffisamment formés en vue de leur fin ((sur)vivre, puis se reproduire), la plante étant le modèle absolu, déjà toute déterminée dans sa forme comme son lieu. Néanmoins on a vu les espèces animales les plus intelligentes (dauphins, corbeaux, grands singes, perroquets) apprendre et transmettre des jeux, des outils, ce qui n’est pas si éloigné des hommes s’échangeant ou inventant des règles de jeux, ou se transmettre ce que l’on appelle vulgairement « les bons tuyaux » ou « le système D » (les petits trucs et astuces pour se débrouiller au quotidien). On sait également que l’animal sait, à son échelle, mentir (le renard qui fait le mort, le rat qui sait simuler, le perroquet ou le corbeau qui savent imiter). D’ailleurs la plante n’est pas vraiment une monade, elle a besoin de l’eau du sol, de la lumière du Soleil, et enfin des insectes pollinisateurs pour se reproduire.
La séparation entre l’homme et l’animal pas un universel philosophique. Rappelons qu’Aristote comme Saint Thomas considèrent l’homme comme un animal (Aristote parle de ζωον πολιτικον, et Saint Thomas, dans sa Somme théologique, secunda pars, dit que l’animalité fait partie de l’homme) et que les Grecs anciens accordaient une âme aux plantes, aux animaux et à l’homme (triplicité de l’âme –du moins dans ses catégories de fonctions, reprise dans la philosophie médiévale, avec l’âme végétative pour les fonction vitales de base, sensitive pour la perception du dehors qui permet de se mouvoir dans un contexte, et intellective pour la capacité abstraite et théorique qui caractérise l’homme). Ce schéma assume une continuité entre la plante, l’animal et l’homme, qui partagent donc tous un fond commun.
Emmanuel Kant emploie souvent des comparaisons avec les végétaux et les animaux. Dans ses Propos sur l’éducation, il pense que l’enseignement du chant par les oiseaux aux petits est assez proche de l’apprentissage de la parole humaine, et compare l’éducation à la culture des oreilles d’ours (une variété de fleurs) : si l’on replante la fleur (ou qu’on la dédouble par marcottage par exemple), la couleur des pétales sera identique. En revanche, si l’on en sème les graines, les couleurs obtenues varieront. Il en conclut que l’homme, de même, a en lui des germes qu’il devra faire fructifier par lui-même, et que si l’animal tire de lui-même sa destination, l’homme a d’abord besoin d’une représentation de celle-ci, il faudra donc se placer à l’échelle de l’espèce, d’où la difficulté de trouver une éducation et des éducateurs adaptés. Dans son Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, Proposition V, il emploie également une analogie botanique pour illustrer l’insociable sociabilité, le principe selon lequel la concurrence des hommes entre eux dans la société les pousse à tirer le meilleur d’eux-mêmes en se disciplinant : un arbre seul dans une clairière poussera tordu et rabougri, tandis que dans une forêt, confronté aux autres arbres pour jouir de la lumière, il poussera droit, grand et solide.
Philippa Foot, dans Le Bien naturel, considère que l’adjectif « bon » appliqué aux plantes ou aux animaux est comparable à son acception dans le champ humain, car il s’agit à chaque fois d’un jugement téléologique (lié aux fins de la vie). Ainsi parle-t-on de bonnes racines quand elles accrochent solidement le chêne en terre, d’un bon poulain quand il se tient debout dans l’heure suivant sa naissance et d’une bonne personne quand ses qualités bénéficient à autrui.
Il existe néanmoins un hiatus entre ces acceptions, qu’il faut remarquer, et qui ne lui échappe pas : le terme « bon » appliqué aux plantes ou animaux se réfère en général à des dispositions mécaniques et factuelles, alors qu’un homme frappé des mêmes défauts ne peut être simplement classifié ainsi. Un « mauvais » arbre sera grêle, aux racines faibles. Un « mauvais » poulain serait un petit incapable de marcher dans l’heure suivant sa naissance, donc condamné à mort dans la nature. En revanche, un « mauvais homme » mécaniquement peut être « bon » (par exemple un brillant scientifique comme Stephen Hawking) ou « mauvais » (comme l’Homme-crabe, monstre de foire né mal formé, aux mains et pieds comme des pinces, alcoolique notoire et connu pour battre régulièrement sa femme et ses enfants). La notion de « bon » ou « mauvais » a donc deux dimensions, de même qu’un « bon » cheval (fort, endurant et alerte) peut avoir un « mauvais » caractère qui le rend impropre à l’emploi domestique. Cette différence amène Philippa Foot à parler d’excellences « primaire » (liée à la téléologie propre de l’espèce) et « secondaire » (liée à l’usage qu’autrui peut faire des dispositions d’une espèce).1
Les frontières étaient déjà poreuses du point de vue biologique, nous voyons que l’injection du langage rend les différences encore plus ténues. Avec l’animal social, nous avons un élément supplémentaire –les applications pratiques (comprendre morales), pour montrer que les maturations végétale, animale et humaines ne sont peut-être pas si éloignées.

III/ Les applications pratiques
L’animal social a, comme l’homme, un enseignement du bien et du mal : les singes apprennent les attitudes acceptables dans leur société, les éléphantes et les lionnes se partagent le soin des petits, les colonies de rats laissent les aînés se risquer à goûter les aliments douteux ou repérer le terrain pour épargner les jeunes (comparons cela aux ouvriers japonais âgés qui désiraient se sacrifier pour examiner et travailler sur les réacteurs endommagés à Fukushima en 2011, arguant qu’il serait injuste de condamner les jeunes alors qu’eux sont déjà très avancés dans la vie), les dholes (chiens sauvages d’Asie, de l’Inde à la Corée) privilégient toujours les chiots et les mères lors des repas. À partir de ces considérations, nous pouvons revenir sur les propos de Philippa Foot, qui dans Le Bien naturel, explique que l’homme, comme l’animal, a des rôles à jouer dans le cadre social, et que l’on peut parler de défaut s’il y faillit.2 L’homme va un pas plus loin que l’animal avec les principes moraux de la promesse par exemple. Ainsi chez Philippa Foot de l’exemple de Maklaï,3 un photographe russe en voyage en Malaisie, qui aurait pu très bien prendre une photographie de son guide pendant son sommeil sans aucune conséquence négative –celui-ci, par croyance, avait peur de perdre son âme une fois pris sur le cliché, mais Maklaï s’y est refusé. En termes kantiens, il s’est donné pour fin le pur devoir de tenir sa promesse.
Philippa Foot suggère d’ailleurs qu’un homme privé du langage serait certes capable de survivre et de se reproduire, mais serait « en état de privation  »4, incapable d’accéder à la dimension sociale qui fait de l’homme un homme. Bien que Kant considère l’homme comme unique, en ceci qu’il doive s’éduquer pour devenir homme alors que l’animal est déterminé, il assure dans ses Propos sur l’éducation qu’il est possible de « simplement » dresser un petit d’homme, tout en affirmant ensuite que cela serait une mauvaise entreprise car elle le laisserait incomplet.
Les concepts de cadre, rôles, moyens et éducation rendent possible de voir ici une proximité car l’animal social, comme l’homme, ne dresse pas ses petits. Nous en avons donné des exemples, il leur fait acquérir des gestes et attitudes qui servent une communauté, un contexte dans lequel ils vont s’inscrire. C’est d’ailleurs ce point que vise Philippa Foot quand elle dit qu’un homme privé de langage aurait une « défectuosité humaine possible », et que ceci n’est pas très éloigné des défectuosités naturelles de l’animal et de la plante. Dans le cas de l’homme comme de l’animal social, cette éducation permet d’avoir confiance dans le groupe et de survivre par et pour lui, avec lui. Sans possibilité de confiance, et surtout de conscience de cette confiance, il n’est pas de possibilité de promesse ni de survie. En un sens, quand mon chat miaule parce que j’ai oublié l’heure de son repas, il me rappelle que je lui ai promis de lui fournir sa nourriture, de prendre soin de lui pour que nous puissions jouir de la compagnie de l’un et de l’autre, que je dois garder en tête la conscience de sa confiance en moi.
Par le langage, nous accédons à un point crucial qui nous permet de rapprocher étroitement animal, plante et homme : le contexte. La plante a besoin de s’enraciner dans le sol (ou de s’accrocher à un hôte dans le cas de champignons ou d’orchidées arboricoles, mais le fond reste le même), d’être accrochée quelque part pour se développer. L’animal a besoin d’un territoire ou d’un groupe (troupeau, meute, clan, banc), ou des deux. Et de même manière, l’homme a besoin d’un enracinement dans un groupe, une culture, une société, une nation, un État, appelez-cela comme bon vous semble. Les trois créatures ont besoin d’un endroit à habiter pour développer leurs déterminations et leurs potentiels. Ce qui nous permet de relier ici Kant, Foot et Heidegger, qui avait beaucoup insisté sur l’importance de l’habiter comme médiation de l’authentique pour le Dasein. Sans un habiter, un lieu d’enracinement et de contextualisation, il n’y a pas moyen de s’ancrer pour être au monde, autrement dit pleinement présent, et tirer du sens de ses expériences pour sa vie. Or Kant, empruntant à Rousseau, considère que sans État, l’homme est condamné à ne pas être libre, car l’état de nature est un état de perpétuelle angoisse et de conflit.5 Or la liberté ne peut s’exercer que si on a défini au préalable des limites, ce que fait l’entrée dans l’état de culture (autrement dit la société). Il a donc besoin d’être enraciné dans un contexte où pourront se développer des valeurs, qui elles-mêmes serviront de condition de possibilité au développement de ses germes. Philippa Foot suit une ligne similaire quand elle parle des « nécessités aristotéliciennes » (dont notre mode de vie dépend) ; sans contexte dans lequel s’inscrire et sans fins en vue desquelles agir (le groupe social et le bénéfice que tous en retirent), il n’y a en effet ni bien ni mal mais la seule urgence de la survie.
Notre anthropologie « postmoderne » semble pousser à l’extrême les opinions des Lumières anglaises (Locke, Hume, Mandeville, Smith, notamment), qui voient la société comme une coagulation forcée d’individus par un État toujours trop présent pour laisser chacun faire ce qu’il désire. Si chez Locke, comme chez Hobbes, cette coagulation est nécessaire pour éviter la guerre civile et de s’entretuer, chez Hume et Smith elle n’est qu’une série de conventions servant au confort, toujours trop présente vis-à-vis des aspirations de l’individu (ceci est plus marqué chez Adam Smith, qui prône un gouvernement laxiste, à la suite de Mandeville et de sa Fable des abeilles, où la transformation des vices privés en marché assure l’opulence et le bonheur de la Cité). Le bien et le mal ne sont que relatifs et la société n’est pas un projet commun, mais un simple état de fait lié à des frontières et des accords (plus ou moins unilatéraux) suite aux conflits. Nous en venons à considérer l’État comme toujours mal venu (combien en entendons-nous se plaindre en payant leurs impôts qu’il est le plus grand pillard ?), nous prenons les transports en commun comme acquis, voire comme une gêne à notre circulation individuelle en voiture ou en deux-roues, nous en venons à espérer la privatisation de tous les services par souci d’efficacité (comprendre que j’aurai ce que je cherche plus vite, et non qu’à long terme cela profitera à tous). Notre propos ici n’est pas de nous lancer dans l’analyse au peigne fin des théories de philosophie politique, ou de départager l’exagération et la justesse des reproches faits à l’État contemporain, mais de présenter sommairement une vision qui fait fi de l’enracinement mentionné précédemment.
Or pour Philippa Foot, Kant et Aristote, le bien fait partie intégrante du projet de vie commune constituant l’existence humaine. Aristote, comme Platon, cherche et le bon gouvernement et comment bien gouverner. Kant leur emboîte le pas dans son Projet de paix perpétuelle et dans Théorie et pratique. Il faut d’abord un gouvernement adapté, qui assure que chacun n’ait plus à craindre autrui, avant que de pouvoir bien gouverner (cette idée se rencontre en croisant en plus l’Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique). Sans aller jusqu’à la philosophie politique, Philippa Foot s’appuie au moins sur la même recherche des conditions de possibilité dans Le Bien naturel, et en arrive à la conclusion que le Bien contient une dimension naturelle en ceci qu’il est indispensable à la vie commune. Chez ces trois auteurs il y a donc téléologie, articulation autour d’une fin. Il y a donc un Bien naturel pour l’animal, un Bien naturel pour l’homme et l’animal et le végétal ensemble, et un Bien pour les hommes, et il n’est pas impossible qu’il soit le même car le τελος qui s’y rattache semble chaque fois être de réussir à vivre ensemble (remarquons qu’en broutant et en foulant le sol, les herbivores aident à désherber et aérer la terre, et qu’en les chassant les carnivores empêchent leur surpopulation qui nuirait au sol qui les nourrit ; toute cette mécanique peut être vue comme obéissant à une téléologie qui vise comme fin que la vie puisse continuer à se perpétuer).

Conclusion
Nous avons pu voir que, même au niveau le plus mécanique, les maturations végétale, animale et humaine ne sont pas forcément très éloignées. Nous avons remarqué ensuite en quoi les animaux comme les hommes dépendent d’une téléologie liant les moyens dont ils disposent aux fins de leurs espèces, et en quoi ils sont d’autant plus proches de nous, car animal, végétal et humain sont en constante interaction, qui leur bénéficie à tous. Avec l’introduction du langage, nous avons même pu donner des formes aux moyens en vue de ces fins, voire de cette fin, notamment avec le terme d’enracinement. Il n’apparaît pas certain qu’il faille séparer l’animal, la plante et l’homme. Au contraire, il nous semble qu’en examinant de plus près les trois espèces, nous en apprendrons beaucoup plus sur l’homme en réalisant ce qui était évident jusqu’à la Scolastique, et que la phénoménologie a redécouvert : que toutes les espèces vivantes ont besoin les unes des autres. L’homme n’est pas une exception, il en a peut-être même plus besoin encore de par l’immense quantité de potentialités qu’il peut déployer à l’échelle de son espèce.

Nicolas STROZ – Septembre 2016 – Institut Français de Psychanalyse©

1 Le Bien naturel, trad. Jean-Marc Tétaz, Labor et Fides, Paris, 2014, chapitre 2, p.69

2 Le Bien naturel, op.cit., chapitre 1, pp.52-53

3 Cette anecdote est racontée et analysée au chapitre 3 du Bien naturel, op.cit., pp.101-106

4 Le Bien naturel, op.cit., p.95

5 Notamment dans La religion dans les limites de la simple raison, section consacrée à « l’état de nature éthique ».

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2015 : annus horribilis

« On commence par céder sur les mots et on finit par céder sur les choses »
Sigmund Freud, 1921, Psychologie collective et analyse du Moi.

2015 : annus horribilis

Plus jamais on ne pourra parler d’amalgame ou de stigmatisation sans risquer d’être dans la dissimulation ou l’hypocrisie, car les liens sont patents. Malgré ce que disent beaucoup de journalistes officiels et certains politiciens, le silence du monde ne peut plus taire pour les témoins que nous sommes les relations que les événements éclairent entre immigration non régulée et délinquance, délinquance tolérée et criminalité, criminalité insuffisamment punie et angoisse des personnes.
A vivre sans frontière, sans limite, sans loi symbolique, dans un laxisme dogmatique et peut-être trop humain, le pire du mal reprend son écheveau national-socialiste, fasciste, communiste, islamiste, et en tricote à nouveau les mailles du malheur.
Le temps est à la haine, cette haine, indissociable de l’amour, qui évite de tomber dans la régression masochiste, et sans laquelle aucun deuil n’est possible.
Le temps aussi est à la peine, au renoncement, au deuil complet, qui pourra restaurer un narcissisme blessé, pour ceux qui ont perdu un morceau de leur vie.
Pour les enfants qui découvrent le voile du mal et de la discrimination, les jeunes gens qui apprennent leurs différences et leur relégation, les adultes qui, écrasés par l’enrichissement des politiques privilégiés, des artistes d’état et des journalistes officiels, voient leurs étudiants trahis et laissés dans la précarité, les vieilles personnes qui précipitent leur oubli dans le mal retrouvé.
Je souhaite aux mots de pouvoir se dire, aux images de pouvoir pleurer, aux musiques de pouvoir sonner.

Alexandre Santeuil – Décembre 2015 – Institut Français de Psychanalyse©

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Chronique de France

« (…) s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel ».
Albert Camus

Chronique de France

De notre beau pays pas si loin d’un régime de discrète dictature politique et médiatique où on ne nomme pas les criminels, où on élimine les notes pour ne pas baisser le niveau, où on dénomme la viande pour que le clampin puisse l’acheter, où des instances ministérielles vous disent quoi dire aux repas de fin d’année, nous devons affirmer qu’appeler un islamiste un terroriste est une manière de ne pas nommer l’origine du crime, que ne pas donner de nom aux délinquants est une façon de complicité, que ne pas donner de note est une démission du bien devant le mal, que dicter aux journalistes et aux quidams leurs propos est un mensonge différé, que perdre du vocabulaire n’est qu’une réduction de la culture par le bas de la tolérance, tout ceci aboutissant à détourner le regard des problèmes à régler.
D’ailleurs, nier ou camoufler l’origine des choses et des personnes, c’est une lâcheté ou une incompétence. Cela pourrait devenir aussi nocif qu’une trahison. Cacher l’inculture (des quartiers), le no-limit (des « racailles »), le laxisme (des politiques), vouloir dire l’éducation sans évoquer l’intégration, c’est favoriser la chaleur sous l’œuf du serpent.
Origine des terroristes, inculture des préceptes, acceptation des vêtures discriminantes sont autant de motifs de ressentiment et de perdition.
Les gens ne sauraient ravaler indéfiniment leur inquiétude et leur ressentiment et garder ces motifs de dépression et d’anxiété à l’égard de ceux qui détournent, qui déguisent, qui rabaissent.

Alexandre Santeuil – Décembre 2014 – Institut Français de Psychanalyse©

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La grande illusion

« Et nous les petits, les obscurs, les sans-grades, – Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades, – Sans espoir de duchés ni de dotation. »
Edmond ROSTAND – L’Aiglon (1900), III, 9

La grande illusion

A quoi il faudrait ajouter : la grande division. On aurait pu penser que dans l’épreuve, nous aurions opéré un de ces regroupements qui promettent des lendemains qui chantent. Que confrontés aux mensonges, aux dogmatismes, aux lâchetés, aux sectarismes nous eussions dit, comme un seul homme, « Cessez, donnez-nous de la vérité, de la beauté, de la dignité, de l’humanité ! ». Foin de tout cela. Nous aurions été confrontés à l’histrion, au médiocre, à l’éventuel ?

Plus pernicieux et plus douloureux, nous aurions dû nous résoudre à payer comme jamais pour ce monstre plus froid et fourbe de l’Etat ?
Il y aurait eu un ministère de la Rééducation, un porte-parolat ministère de la Propagande, des ministères putatifs éphémères dirigés par des débutants et vieux militants d’icônes obsolètes, avec l’appui d’innombrables tenants de la fonction publique, de la députation, du train-train sénatoriel, de régions, de départements, de territoires, de grandes entreprises et leurs milliers de privilégiés qui sentiraient la république bananière dans lesquels les copains et les coquins pourraient assurer leurs prébendes, leur avenir et leur retraite ?

Pis encore, nous aurions été contraints d’accepter la bien-pensance, cette pensée unique boboïsante caviardesque, et d’accuser réception du no-limit à la délinquance, au multiculturalisme, à la déresponsabilité personnelle (les centaines de milliers de malfaiteurs sans nom, sans visage, sans nationalité) ?
Nous aurions vu l’éthique animale foulée aux pieds par l’insensiblerie afficionadée, par les producteurs, les égorgeurs (les rituels, les usines à viande, les jeux du cirque) ?
Nous observerions le déclin de l’histoire, de la tradition, du respect de la vie et de la mort, porté par les anti-judéo-chrétiens, les anti-jeunes, les anti-vieux (tout est possible, les minorités imposent leur paraphilie à la population) ?
Nous subirions l’absence de respect pour les anciens, la négation de la différence des sexes et des générations, un nouvel et ridicule anti-Œdipe anti scientifique et des négations de transmissions mémorielles (démolition de la morale, de l’honneur, du mérite, de la Loi) ?
Nous retrouverions les vieilles lunes du constructivisme et du déconstructionnisme vanté par les anti-stéréotypes, les anti-monde libre, les anti-psys (les anciens pseudo intellectuels en manque d’imagination, de genres et de concepts) ?

Nous en serions à un ersatz de civilisation du moins, du faux, du vide ?

La bien-pensance est une illusion : il n’y a derrière sa réduction par le bas du social et sa séduction par le pire de l’amoral, rien qui vaille, car elle est sans culture, sans mémoire, sans civilisation.

Alexandre Santeuil – Décembre 2013 – Institut Français de Psychanalyse©

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Sur le mariage pour tous : le détail oublié

« Quelle que soit la chose qu’on veut dire, il n’y a qu’un mot pour l’exprimer, qu’un verbe pour l’animer et qu’un adjectif pour la qualifier. Il faut donc chercher jusqu’à ce qu’on les ait découverts, ce nom, ce verbe, cet adjectif, et ne jamais se contenter de l’à-peu-près, ne jamais avoir recours, pour éviter la difficulté, à des supercheries, à des clowneries de langage. »
Guy de Maupassant


Sur le « mariage et l’adoption pour tous ».

Le détail oublié : Œdipe et Loi symbolique

De nouveau des politiques veulent en découdre avec les principes découverts par les anthropologues et par les psychanalystes. Ce n’est pas nouveau, ils sont les premiers à faire l’objet de doutes et de suspicions, dès lors que l’ignorance et la manipulation sont d’actualité.

La Loi symbolique, ignorée encore par le citoyen lambda, et utilisée toujours partiellement par les « élites » pour de mauvaises raisons, permet différenciation, structuration et distinction des pulsions de vie et de mort.
La différence des sexes est un des principes fondamentaux de la Loi symbolique ; la nomination de la parenté en est un autre ; le complexe d’Œdipe en est sans nul doute le principe fondateur, à l’œuvre dans toutes les grandes civilisations.

La différence des sexes détermine la concordance et la complémentarité qui assurent la sauvegarde de l’humain.
La complexité de l’éducation se mesure dans l’accompagnement d’un enfant par un père et une mère, clairement nommés, en un couple que le mariage, la plupart du temps, conforte.
Le complexe d’Œdipe est l’archétype des interdits fondateurs et protège, dans une large mesure, de l’inceste et du meurtre.

L’adoption naturelle d’un enfant par son père et par sa mère biologiques ressortit à une complexité naturelle éprouvante pour les raisons susdites.
L’adoption d’un enfant par un couple composé d’un homme et d’une femme constitue un degré de plus dans la complexité d’un accompagnement de qualité.
L’adoption d’un enfant par un couple d’hommes ou un couple de femmes constitue une équation qui semble presque impossible à résoudre sans dommage.

Le rôle et la fonction d’un père et d’une mère vis à vis de l’enfant sont distincts et spécifiques, non seulement dans la distribution de la protection et de la formation de l’enfant, mais surtout particulièrement du point de vue de leur place respective dans son inconscient.
L’introduction d’une invraisemblance dans la vie d’un enfant (deux pères, deux mères, aucun père, aucune mère : parents 1 et 2) déstructure la filiation, laquelle détermine la distribution des rôles paternel et maternel, nécessairement différenciés, dans la régulation indispensable de leurs correspondants symboliques que sont les interdits fondamentaux (meurtre et inceste), la nomination de la parenté, la prohibition de l’abus de pouvoir, le respect de la différence des générations et de la différence des sexes.

La confusion qui peut résulter du mariage et de l’adoption (laquelle peut advenir suite au recours à la PMA, et advient à coup sûr avec la GPA) pour tous ne l’est pas sur le papier écrit par des fonctionnaires du légal, elle l’est pour les psychanalystes (qui ont des patients et qui les accompagnent dans le devenir soi-même et dans la sauvegarde de leur individuation).
Effacement des différences, absence de repères, narcissisation problématisée car investie par des orientations sexuelles non différenciées, identification projective, sont quelques uns des problèmes posés par l’appariement sans idée de filiation logique distincte chez un couple, d’ailleurs avec le risque de la seule satisfaction d’un désir de normativité ou d’un prétendu « droit à l’enfant », au mépris du droit de l’enfant à disposer d’un socle parental en tant que tel, ne reposant pas seulement sur une résolution narcissique des parents putatifs.

Car la question est bien là. Devra-t-on considérer l’enfant comme un objet de désir transformable en chose du droit d’une loi générale abusive, ou bien devrait-on comprendre que l’enfant est d’abord un sujet de droit d’une loi symbolique supérieure qui suivra la voie de son propre désir, respectable et plus que digne d’être pris en compte ?

Louis SANTEUIL – Janvier 2013 – Institut Français de Psychanalyse©

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