Alice Tibi – Parcours

Alice Tibi

« L’intérêt de la psychanalyse », selon le titre que Freud a donné à son article de 1913, consiste dans son apport à toutes les autres sciences et à leur bouleversement radical de ce fait.
Quel était cet apport ? La notion d’« inconscient », qui ne pouvait que transformer les choses de l’esprit et leur traitement. Aujourd’hui relativisée, cette notion définit deux espaces : celui de la réalité objective et celui d’une « autre scène », ce que Freud appelle « la réalité psychique ».
Sans la caractérisation d’une autre scène dans notre esprit, les créations de fiction, écrites, peintes, musicales, architecturales, au vrai toutes les créations humaines voient leur source appauvrie.
Il n’y a pas d’œuvre humaine sans une vision intérieure, impérieuse et inconnue de nous mais, avec ses points d’orgue et ses altérations, comme sur une portée musicale, pour la générer.
La psychanalyse aujourd’hui, en puisant dans le préconscient, l’inconscient et les œuvres d’art son matériau d’élection, rend à l’humanité son terreau de départ, en lui faisant dépasser sa condition. À partir d’une destinée finie, elle retrouve ses potentialités infinies. Malraux a résumé cette procédure : « l’art est un anti-destin ».
Mais la psychanalyse permet aussi d’envisager la notion de fin, non seulement comme une mesure constante de la condition humaine mais comme un principe régulateur obligé. Un parcours analytique réunit les deux versants de l’esprit, leurs harmonies comme leurs opposés : elle s’inspire de l’observation de notre vie.
NB : l’analyse des adultes et celle des enfants s’appuient sur ́les mêmes principes, quoique sur des méthodes différentes : la première se sert du langage, la seconde du jeu, médiation prioritaire en ce cas. Alors que la communication adulte s’étaie sur le langage et le principe de réalité  qui lui est associé, l’enfant, plongé dans l’imaginaire, trouve dans le jeu son expression naturelle et nécessaire. L’approche kleinienne est particulièrement féconde en la ́matière, n’opposant en aucune façon adultes et enfants.
Au total, la psychanalyse éclaire le psychisme, conscient ou inconscient, maître d’œuvre de toute vie : il est temps de ré-apercevoir, à travers la « jeune science » d’hier, le centre de tout développement, «  le  rayon spécial » sur lequel Proust s’appuya avec sagesse, au hasard de ses découvertes.