Le monde des « psys » : s’y retrouver – Nov. 2005

« Tout le monde a besoin d’aide, de quelqu’un qui prenne soin de vous
et à qui l’on se confie, jusqu’à ce qu’on soit prêt. »

Grey’s anatomy

Ce qu’il faudrait c’est une mise au point. Une fois pour toutes. D’abord pour expliquer que dans les « psys » il y a de tout. Des psychologues, des psychothérapeutes, des psychiatres, des psychanalystes.

Dans ces quatre composantes du monde des « psys », il y a de vrais psychologues, de ceux avec qui l’on parle et qui soulagent et qui orientent. Il y a de vrais psychothérapeutes, de ceux qui nous parlent et qui soignent et qui font aller mieux. Il y a de vrais psychiatres, de ceux dont on se parle et qui aident et qui captent. Il y a de vrais psychanalystes, de ceux qui parlent et qui réparent et qui font changer.

Et puis il y a des sectes, des sociétés, des congrégations, des écoles, des associations, des chapelles dans lesquelles les notables, les copains et les coquins font leur beurre. A coup de règlements intérieurs, de statuts qui font des kilomètres, de définitions des métiers, de règles de trois : le bon (le patient qui prend patience, qui est en souffrance), la brute (celui qui recommande, l’autorité, la puissante association), le truand (le « psy » silencieux). L’argument d’autorité : ils jouent l’intimidation à coup de principe (les trois séances par semaine), ils terrorisent les novices (sans notre caution, point de salut). Ils administrent, ils se veulent la vérité, ils s’envoient les patients entre titulaires, entre élus, entre ceux qui ont un tarif accolé à leur nom. Et il y a le psy de quartier, qui sauve des vies.

Beaucoup d’universitaires aussi, plus très jeunes, des fonctionnaires, vous savez bien, indéboulonables, dirigeants d’une cellule, d’une commission, d’un master, d’un département, d’un institut, d’une UFR, ou des amis de ces petits patrons, anciens maoïstes planqués, qui détiennent encore aujourd’hui la direction de pans entiers de l’université, de départements, d’écoles doctorales, qui lisent en cours les épreuves de leur bouquin à paraître, qui accordent des entretiens de dix minutes par an aux étudiants sauf à ceux qui font montre à leur endroit d’une attention à leurs tentatives de séduction, qui s’écoutent et mettent beaucoup de sens à leurs mots, à leurs effets de langage, plus ou moins jargonants, plus ou moins méprisants, et qui font payer à leurs patients leur notorité acquise en début de carrière en fréquentant de vrais intellectuels.

Beaucoup qui s’écoutent penser, qui se font plaisir en pensant et en écoutant leurs étudiants, leurs cours (en publiant et en ramassant une notoriété imméritée : ils ont le temps d’écrire : ils n’ont pas de patient), et dont on sourit en y pensant tant ils et elles sont loin du monde, de la souffrance, de la nécessité, des autres, de la bonté, de la beauté. Mais il est aussi des professeurs, maîtres de conférence, non connus, non adulés, et qui transmettent de profondes vérités dans la démarche la plus noble qui soit.

Beaucoup de médecins dont Freud disait que leur formation était incompatible avec la psychanalyse. L’important pour eux c’est la rentabilité. Meilleur rapport que les consultations. Et en plus les patients reviennent, même si c’est la sécurité sociale qui paie. Cependant, il est des praticiens qui sont capables d’oublier ce qu’ils ont appris, et qui connaissent le corps, les corps. Ceux-ci qui comprennent que les maladies, les accidents, les drames ont une dimension psychique prépondérante.

Et puis il y a tous ceux, pseudo-intellectuels et vrais terroristes, qui veulent faire croire qu’il n’y a pas de durée pour une analyse, qu’elle peut aller jusqu’à 20, 30 ans ou toute la vie, alors qu’avant toute autre considération, la durée d’une analyse doit être proportionnelle à l’évolution et à l’épanouissement du patient. Il faut être attentif à cela si une thérapie ou une analyse semble durer plus que le mieux être de la personne, car, en guise de confort, c’est d’abord celui du psy que l’on assure. Pourtant, quelques uns brillent par des intuitions d’une extrême justesse dans des dispositifs conceptuels fulgurants.

D’ailleurs, en matière de psychothérapie, on peut et on doit améliorer la qualité de vie d’une personne au bout de trois ou quatre séances. S’il ne se passe rien, partez. Essayez un autre « psy ». Quelqu’un d’honnête, c’est-à-dire d’efficace. Ou posez-vous la question de vos résistances. Dans ce cas comptez (en même temps que vos billets) huit à dix séances et poursuivez si vous le pouvez, vous éviterez les rechutes.

Que ce soit des psychologues, des psychothérapeutes, des psychiatres, des psychanalystes, évaluez-les : encore une fois, vous les payez. Soyez juges de leur efficacité, de leur utilité, du rapport de la qualité de leur intervention (ce sont des professionnels n’est-ce-pas ?) avec le tarif qu’ils pratiquent (comptez ce qu’ils vous demandent de l’heure et comparez avec d’autres professionnels de tout autre secteur). Fiez-vous à ce que vous ressentez, aux égards, au respect que le psychothérapeute vous porte (bien mal assis, trop vite debout, ne profite jamais).

Dès lors, soyez plus tranquilles. Déjà vous exigez, déjà vous vous donnez une valeur à vous aussi, déjà vous vous donnez de l’importance, lorsque vous vous mettez à éprouver, vous vous faites respecter.

Vous commencez à vous aimer. Vous vous faîtes aimer. Vous choisirez d’aimer.

Nicolas A. KOREICHO – Institut Français de Psychanalyse ©