Modèles en psychopathologie

Des modèles en psychopathologie

– Le modèle biomédical
Il concerne la mise en relation de troubles psychiques et de perturbations biologiques. L’archétype neurobiologie en est l’infection syphilitique. La suite de ce modèle concerne les neurosciences et la génétique. Les nouvelles techniques d’imagerie cérébrale mettent en corrélation des déficits cognitifs et atrophies corticales par ex. Alzheimer. Selon ce modèle, les comportements déviants, les troubles de la pensée, seraient liés à des altérations chimiques ou électriques du cerveau. Des traitements médicamenteux ou électro-convulsivothérapiques (abandon de la psycho-chirurgie : lobotomie) seraient aptes à réguler le fonctionnement du système nerveux et normaliser les émotions et les conduites. Le système nerveux contrôle tous les comportements cognitifs, émotionnels et moteurs. Au plan neuro-anatomique, l’accent est mis sur l’implication du système nerveux central dans les perturbations comportementales. Au plan neurochimique, les perturbations de la communication neuronale génèrent les troubles psychiques. Au plan génétique, les anomalies d’un gène augmentent la vulnérabilité à telle ou telle maladie mentale.
Ce modèle met en valeur un fonctionnement du cerveau plus complexe et interconnecté, en particulier dans l’idée de l’interaction de divers neurotransmetteurs, les conditions psychologiques et environnementales modifiant l’activité neurochimique, activant ou neutralisant l’expression d’un gène, favorisant ou non des mécanismes de connectivité et de plasticité cérébrale, et permettant ou non l’éclosion d’un trouble. L’influence des composantes émotionnelles, motivationnelles, socioculturelles demeurent agissantes sans être déterminantes.
Le modèle biologique des affections psychiatriques a permis la découverte des neuroleptiques et des psychotropes.
La neuropsychopharmacologie a mis en place et décris en particulier les systèmes noradrénergique, dopaminergique, cholinergique, glutamatergique, sérotoninergique du cerveau.

Le modèle psychanalytique
Il concerne l’approche des phénomènes mentaux placés sous la lecture principale des phénomènes de la mémoire inconsciente, à partir de la description de l’appareil psychique (les instances : Inconscient, Préconscient, Conscient – Moi, Ça, Surmoi), des concepts majeurs constitutifs de la personnalité (Œdipe, Narcissisme, Pulsions, Principes de constance, de plaisir-déplaisir, de réalité). L’archétype psychanalytique en est l’hystérie (Freud et Breuer – Anna O.) d’abord traitée par l’hypnose. Puis, selon la méthode de l’association libre, la psychanalyse a été éprouvée pour mettre en correspondance des représentations et des affects qui avaient été déliés pour abréagir (voir ce terme et les autres termes techniques) des souvenirs refoulés et actifs. L’appareil psychique se structure progressivement au cours des stades de développement, lesquels se caractérisent par un mode prévalent de relation du Sujet à l’Objet (stade oral, anal, phallique, génital). La structure psychique de la personne met en relation instances, concepts, affects dans une métapsychologique. La personnalité est le résultat de la constitution de la personnalité (instances, pulsions, affects) en relation avec le comportement lié singulièrement avec l’environnement, familial et symbolique. Les auteurs fondateurs sont Adler (complexe d’infériorité), Horney, Sullivan (contexte social et parental), Fairbarn, Winnicott, Klein, Mahler (relations objectales, séparation/individuation), Hartmann, Bowlby (attachement), et surtout Sigmund Freud (métapsychologie générale et appliquée) dont la lecture permet d’ouvrir et de développer des pistes d’approfondissement toujours plus pertinentes.
Extensions de la psychanalyse :
La psychothérapie analytique.
La psychosomatique.
Le psychodrame psychanalytique.
La psychothérapie de relaxation.
La psychanalyse de l’adolescent.
La psychanalyse groupale et familiale.

– Le modèle béhavioriste
Ce modèle se fonde sur une psychologie du comportement manifeste (Pavlov, Watson), et s’inscrit en faux contre l’étude des émotions, des cognitions, de la subjectivité. A ce titre, il rejette l’introspection. Le modèle postule que les comportements sont appris à partir des expériences, donc de l’environnement, et qu’ils peuvent dès lors être corrigés directement. Le comportement s’améliore s’il est récompensé, se dégrade si il est pénalisé (Skinner). Ce modèle s’intéresse aux symptômes (l’expérience psychique est une boîte noire) et est utilisé principalement en milieu carcéral, par l’intermédiaire de jeux de rôles, d’une thérapie de groupe, de la relaxation musculaire, de techniques de visualisation, confrontation, soutien. Les principes de la gestalt-thérapie, de l’analyse transactionnelle, de la programmation neuro-linguistique dérivent du modèle béhavioriste.

– Le modèle cognitiviste
Le promoteur de ce modèle est Piaget qui fonde l’étude du développement des processus intellectuels chez l’enfant, dans l’optique d’une continuité entre les actions motrices et la pensée sous la forme d’une action intériorisée. Il représente une suite dérivée du béhaviorisme. Il est aujourd’hui théorisé selon les thérapies comportementales et cognitives (TCC). Le conditionnement y joue un rôle princeps, et les processus médiateurs (pensées, conceptions, souvenirs, croyances, perceptions, attributions, évaluations, attitudes, auto-affirmations, émotions) peuvent modifier les effets des stimuli à l’origine des dissonances cognitives ou patterns des pensées inappropriées et déformées, sources de troubles psychologiques.
Pour Beck, les schémas cognitifs (façons de se percevoir et d’interpréter le monde) appris dès le plus jeune âge et guidant le traitement de l’information, influencent nos réactions émotionnelles. Ainsi, les schémas inadaptés (les expériences d’apprentissage défavorables) infléchissent la vision de soi et génèrent des déformations de la pensée provoquant dépression, anxiété, troubles de la personnalité.
Pour Ellis, ce sont des croyances irrationnelles concernant les expériences qui génèrent les difficultés psychologiques (obligations, attentes pessimistes, irréalistes) en faisant envisager les conséquences déplaisantes des situations et générant un sentiment d’impuissance.

– Le modèle systémique
L’archétype de ce modèle provient de l’école de Palo Alto (Bateson – Watzlawick). Il inclut des données de la cybernétique et de la théorie des systèmes généraux. Sont considérés dans ce modèle des aspects phénoménologiques de l’interaction dans la cellule familiale avec des observations d’entrées (input) – ex. les symptômes – et de sorties (output) d’information. Y sont observés les mécanismes de la distorsion familiale : double lien, schisme, déviance parentale, pseudo-mutualité et barrière de caoutchouc, masse de moi indifférenciée, mystification, défaut d’individualité intégrée, famille à transaction schizophrénique, triangulation rigide. En sont issues les thérapies familiales.

– Le modèle humaniste
Les représentants de ce modèle sont Rogers, Maslow, Perls, et une partie des développeurs de la gestalt-thérapie. Il postule que le comportement est déterminé par la perception que la personne a d’elle-même et du monde,  et s’appuie sur son libre arbitre. Ce modèle consiste en une position optimiste de l’humain qui aurait en lui, grâce à l’écoute et à l’empathie, les ressources nécessaires à son mieux-être. Chacun peut ainsi développer des valeurs fondées sur ses propres expériences et en modifier le devenir. Le modèle développe par exemple l’idée de fausses suppositions ou d’un désir exagéré de satisfaire les attentes des autres, ce qui cause des dysfonctionnements. Les perturbations psychiques sont liées à des influences sociales néfastes ou à des obstacles concrets. Anxiété, dépression ou autres troubles seraient des modes d’adaptation à de mauvaises structures culturelles et sociales qui entravent l’expression de la personnalité. Chacun aurait la responsabilité de reconnaître et d’accepter ses besoins et sentiments.

La multiplicité des modèles thérapeutiques remplacent la plupart du temps l’appréhension rationnelle des symptômes par des croyances philosophiques ou sociales et grâce à des postulats non vérifiés par la clinique. Cette multiplicité est utile, dans la mesure où elle permet d’indiquer à un patient peu souffrant de tel trouble relatif de choisir l’accompagnement adapté. Utile aussi la prise en compte d’une approche multidisciplinaire pour la bonne intégration d’une pathologie, y compris avec les données de la médecine et des neurosciences, pour tendre vers un diagnostic différentiel.

Elles sont, dans leurs développements les moins nocifs, des simplifications plus ou moins heureuses de théories psychologiques. Or, l’appréhension la plus aboutie logiquement et rationnellement des symptômes est la métapsychologie psychanalytique dans la mesure où elle est bien étayée d’abord par la clinique psychiatrique et par la psychopathologie scientifique, d’une part, et qu’elle est non dogmatique et a-principielle, d’autre part, puisque l’on sait à présent que le fonctionnement du système neuronal ne peut être dissocié du système de la pensée et, particulièrement, de la pensée inconsciente. Ainsi, les connexions synaptiques et les embranchements dendritiques se font et se défont en fonction de l’exercice intellectuel, expérientiel, représentatif et affectif de la personne. Le modèle analytique est naturellement scientifiquement étayé par la compréhension de la période de développement de l’enfant ainsi que le démontrent la conjonction de la psychanalyse, de la psychiatrie et de la psychopathologie.

Nicolas Koreicho – mars 2017