De la psychose au délit-re et au crime

De la psychose au délit-re et au crime

Régression – Psychose – Délire – Crime

Le Petit Journal Illustré

Officiellement, 15 % des auteurs d’homicides sont touchés par une maladie mentale grave (le plus souvent une psychose schizophrénique, paranoïaque, un trouble de l’humeur mélancolique), c’est-à-dire constante et caractérisée. Dans l’absolu, il faudrait absoudre tout criminel, dans la mesure où le crime est toujours le signe manifeste par excellence d’un déséquilibre psychique, fût-il temporaire, d’un trouble mental. Des nuances sont donc proposées dans les prétoires à valeur de l’abolition ou non du discernement, du contrôle ou non des actes, du criminel [*].

Dans un premier temps, nous poserons les conditions de la régression en les intégrant dans une temporalité qui va les distinguer d’un côté des conditions de la fixation, de l’autre de celles du dépassement.
Ensuite nous déclinerons les principaux syndromes pour comprendre en quoi, incidemment, ils peuvent mener à des passages à l’acte.
Enfin nous comprendrons la sublimation comme un processus pouvant éviter ces passages à l’acte.

Dans un second temps, nous décrirons les phénomènes et la spécificité des délires.

Dans un troisième temps nous expliciterons la question des psychoses, de la psychopathie et de certains troubles mentaux et à quelles conditions elles peuvent mener à des passages à l’acte criminels.

Régression

1. Distinction de la régression à une fixation présente.

Régression et fixation s’expriment par l’intermédiaire des processus de répétition (compulsion de répétition névrotique par ex.), comme processus psychologiques ancrés dans le biologique.
La fixation c’est la répétition des expériences fortes, cf. la métaphore du disque dur rayé : la psychothérapie analytique consiste à retrouver l’endroit et répéter cette retrouvaille non seulement pour repérer avec précision, mais surtout pour neutraliser et réparer.
Le plaisir s’est trouvé enrayé et non satisfait, le Moi cherche à savoir pourquoi, l’inconscient revient pour lui indiquer.
La culpabilité prend la place du plaisir sous la forme du plaisir pulsionnel puni.
On assiste alors à la persistance de comportements inadéquats à la réalité et au présent, à l’échec de la pensée symbolique et critique.
On constate, par la forme, la nature et l’histoire des symptômes, une dépendance de l’organisme par rapport aux affects (ressentis) issus des processus primaires de plaisir ou de déplaisir fixés aux Stades correspondants.
Le Moi, du fait de l’impossible satisfaction du plaisir, est affaibli, et, par suite, les fixations ramènent le Moi sur ces points de fixation, à un moment où à un autre du développement de la personnalité, en fonction de l’histoire personnelle, de la nature de l’objet, de l’ancienneté de l’événement. Ex. : fixation au stade anal oriente vers l’obsessionnalité.

 2. La régression proprement dite au passé.

La régression est représentée par l’affaiblissement des facultés et le passage à des modes d’expression et de comportement inférieurs du point de vue de la complexité, de la structuration et de la différenciation.
La régression constitue un retour – plus ou moins organisé et transitoire – à des modes d’expression antérieurs de la pensée, des conduites ou des relations objectales, face à un danger interne ou externe susceptible de provoquer un excès d’angoisse ou de frustration.
C’est à un retour vers l’Œdipe ou le préœdipien, constitué en grande partie par leur conjugaison avec des problématiques narcissiques, auquel on assiste.
On distinguera :
– La compensation : (ne pas confondre avec le mécanisme de défense) fatigue, faim, sommeil, douleur, tristesse… sont des éléments de relation de la libido vers l’extérieur non satisfaits qui se retournent vers le Moi et qui appellent des compensations régressives. Elles sont aux origines du narcissisme.
– La maladie psychosomatique. On a pu parler pour ce type de régression de conversion hystérique, végétative, qui se manifestent par des expressions d’émotions archaïques : hypertension, malaises vaso-vagaux, tachycardie, gastrites, allergies…), de conversion organique (on parlait de névrose d’organe), de maladies psychosomatiques. Il n’existe pas de maladie qui ne possède une dimension psychique. On parle aujourd’hui de psychoneuro-immunologie.
– Le retrait apathique (apathetic withdrawal – DSM-IV) : Il s’agit d’une régression à forme de détachement protecteur, fait d’indifférence affective, de restriction des relations sociales et des activités extérieures, et de soumission passive aux événements, qui permet à une personne de supporter une situation très difficile.
L’agressivité : modalité comportementale régressive si elle est univoque. Le masochisme psychique, ou l’idée de ne pouvoir s’extirper du mal, au point de se complaire dans la souffrance et la conflictualité.
Dans la régression, on peut lire un certain nombre de syndromes comme représentatifs de retrait, dont certains possiblement criminogènes :

3. Les syndromes (ensembles organisés de symptômes).

– Syndrome de Cotard : délire de négativité organique (absence des organes).
– Syndrome de Ganser : questions et réponses à côté et inhibition intellectuelle.
– Syndrome de Gélineau : cataplexie (perte brutale de tonus musculaire) et narcolepsie.
– Syndrome de Münchausen : simulation de pathologies viscérales sensées nécessiter une opération.
– Syndrome de Stockholm : attachement à l’agresseur.
– Syndrome d’Asperger : les principales perturbations des sujets atteints d’autisme de haut niveau ou d’un syndrome d’Asperger touchent la vie sociale, la compréhension et la communication. Ces troubles sont la conséquence d’une anomalie, potentialisé par l’organisation psychique de la personne) du fonctionnement des centres cérébraux qui ont pour fonction de rassembler les informations de l’environnement, de les décoder et de réagir de façon adaptée. Le sujet ne parvient pas à décoder les messages qui lui arrivent (il paraît submergé par la « cacophonie » de l’environnement), ni à adresser en clair ses propres messages à ceux qui l’entourent. Il est dispersé dans l’espace, déphasé dans le temps, dépassé par les échanges et sa communication maladroite et hésitante se perd le plus souvent dans des tentatives avortées. Pour être moins dispersé, il se concentre sur des détails, pour être moins déphasé, il se complait dans des routines, et ses échecs de communication avec les autres l’amènent à une concentration exclusive sur lui-même, sans pour autant le satisfaire. (G. Lelord)
– Syndrome d’influence (Clérambault) : pensée soi-disant commandée et manipulée par l’extérieur.
– Syndrome d’automatisme mental : dédoublement de la pensée (dissociation) et expression parasite d’idées, de mots, de gestes qui parviendraient d’une force étrangère qui contrôlerait l’activité psychique du sujet.
– Syndrome hallucinatoire : les hallucinations (visuelles, auditives, perceptives) représentent désirs ou craintes, souvent scénarisés, du sujet.
– Syndrome confusionnel : obnubilation de la conscience, perturbation de l’activité psychique. Ceci entraîne une grande inertie ou une grande agitation. L’origine peut en être infectieuse ou toxique. Il se manifeste par une obnubilation de la conscience où les idées s’agglutinent et se confondent (par degrés : de l’engourdissement à la stupeur). La modalité de cette expérience est proche de celle du rêve. A cela s’ajoutent souvent des troubles de la mémoire, des signes physiques (fièvre, déshydratation).
Les causes peuvent en être infectieuses, toxiques, traumatiques, épileptiques, démentielles, psychotiques.
– Syndrome de Korsakov : syndrome confusionnel et polynévrite des membres inférieurs. le passage à l’acte lorsqu’il se manifeste est conjoncturel.
– Syndrome dissociatif : discordance idéique et verbale, indifférence affective et apragmatisme, à l’exemple de l’hébéphrénie.

 4. Distinction de la régression eu égard à son dépassement futur du complexe d’Œdipe et de ses prolongements.

C’est une des marques de l’équilibre psychique qui sans cesse procède à des ajustements pour s’établir de manière plus ou moins stable. C’est critiquer (séparer le présent du Moi du passé du Ça et du Surmoi) ; c’est distancier, renoncer, cliver, admettre l’ambivalence.
Un dépassement à noter comme pouvant participer à l’équilibre et à l’indépendance est la sublimation. Le terme sublimation a deux sens dans l’œuvre de Freud :

  • La désexualisation d’une pulsion s’adressant à une personne qui pourrait (ou qui a pu) être désirée sexuellement. La pulsion, transformée en tendresse ou en amitié, change de but, mais son objet reste le même.
  • La dérivation de l’énergie d’une pulsion sexuelle ou agressive vers des activités valorisées socialement (artistiques, intellectuelles, morales). La pulsion se détourne alors de son objet et de son but (érotique ou agressif) primitifs, mais sans être refoulée. C’est le sens le plus habituel.

Délire

Du latin delirium, de delirare, « sortir du sillon ».
Les délires sont des modes d’expression psychotique. Ils sont l’expression d’un conflit psychique en réaction à des événements historiques précis.
De la sorte, il n’est pas pertinent de séparer le passage à l’acte criminel d’un déséquilibre psychiatrique : tout criminel est forcément psychotique, fût-ce de manière temporaire.

Terminologie
Syndrome délirant : aliénation du sujet, et sa croyance en la réalité du délire. Les jugements, les perceptions et la logique sont erronés par rapport à la réalité. Le discours représente le symptôme lui-même dans une formation de compromis entre l’Ics et le Cs en un paroxysme de l’ambivalence des mots et des sèmes. C’est une possible réponse à une sollicitation sexuelle (et vraisemblablement incestuelle et/ou homosexuelle) évidemment non désirée.

On distingue :
Les délires paranoïaques
Ce sont des délires organisés (en réseau, c’est-à-dire par envahissement de la pensée en toile ou en secteur : un seul thème est concerné).

  • Délires passionnels (Clérambault) : à thème de projection sur l’autre. Erotomanie, jalousie, revendication (ou de préjudice). Thème commun : la persécution (Lasègue).
  • Délires de relation des sensitifs : susceptibilité, accueil des brimades, dépressions. Retournement sur soi des motions haineuses.
  • Délires d’interprétation systématisés : interprétation erronée de faits (signes, sensations corporelles). Délire de filiation. Délire mégalomaniaque (comparable symétriquement au délire de persécution).
  • Invasion projective des pensées (paraphrénies – Kraepelin : imagination, fantastique, dédoublement des pensées).
  • Délires de possession (démon, dieu, être surnaturel, animal) (Dupré).
  • Psychose Hallucinatoire Chronique.
  • Bouffée délirante aiguë : brièveté et richesse du délire.

Les délires paranoïdes
Différents du délire paranoïaque. Il sont propres à une forme de schizophrénie. Les délires ne sont pas systématisés, ils sont flous, abstraits, hermétiques.

On assiste à de fréquentes hallucinations auditives et un automatisme mental se développe. Nous pouvons là encore nous référer aux psychoses hébéphrénique et héboïdophrénique.
La psychanalyse fut invitée à participer à une discussion qui avait pour visée « l’établissement des faits dans les recherches judiciaires » en 1906, date à laquelle Löfler, professeur de médecine légale, invita Freud à prendre la parole à l’Université de Vienne sur une question de « criminalistique » des plus concrètes, c’est-à-dire la possibilité d’identifier et de démasquer l’auteur d’un crime à l’aide de la méthode associative initiée par Jung et perfectionnée par Freud sous le terme des associations libres.
Freud se réfère à Hans Gross (1847-1915) en tant que ce juge d’instruction et enseignant en droit pénal va être à l’origine du terme « kriminalistik » que l’on retrouvera dans son « Manuel pour juges d’instruction » et est fondateur d’un Institut de criminalistique en 1912.
On attribuera par ailleurs à deux de ses élèves –Wertheimer et Klein – d’avoir amené Freud à prendre position initialement sur la question de la criminalité dont on trouve une trace dans les « Archives d’anthropologie criminelle et de criminalistique » de Gross, intervention qui était destinée aux étudiants en Droit. Ici la psychanalyse croise de manière effective, vers 1906, la criminologie.
Il est de raison et d’observation de proposer le classement des crimes religieux, sexuels ou homicidaires, compte tenu de leurs diverses dimensions suicidaires (partiellement ou totalement), individuelles ou collectives, dans les applications réalisées d’un délire psychopathique ou psychotique (paranoïde, paranoïaque).
Par ailleurs, les avancées de la psychanalyse considèrent que le crime, au sens ordinaire du terme, fait écho aux origines d’un double crime en référence à l’Œdipe, à savoir l’inceste, maternel, et le parricide sous de multiples déclinaisons.

Crime

Crime : le mot « crime » vient du mot latin « crimen (-inis) » qui signifiait à l’origine « décision judiciaire ». Ce mot vient à son tour du grec « krimein », c’est-à-dire « juger », « choisir », « séparer ». Dans le latin classique, le mot « crimen » a aussi pris le sens d’« accusation » ou de « chef d’accusation » (…). Cela veut dire que, dans son sens étymologique, le mot crime ne désigne pas directement une action, un acte ou un comportement particulier, mais plutôt l’acte de juger un comportement dans le cadre d’un processus institutionnel de type judiciaire. Pires in Debuyst, Digneffe, Labadie et Pires, 1995.
Le crime se distingue du délit et de la contravention. Aujourd’hui on considère qu’il existe trois grandes catégories de crimes : Les crimes contre les personnes, contre les biens, contre l’État. En affinant ces catégories, on distingue : les crimes avec usage de la force, les crimes contre la propriété, les crimes contre l’ordre public, les crimes haineux, les crimes contre l’État, les crimes contre la justice, les crimes environnementaux et les crimes non parfaits.
D’un point de vue psychanalytique, le crime est le rapport que le sujet entretient avec la culpabilité : la condamnation, interne et sociale, impliquant prévisionnellement la condamnation (sentiment de culpabilité) dont on peut considérer qu’elle complète et qu’elle découle de la prise en compte d’une logique conjonctive sociétale et individuelle réparatrice.

Psychose criminelle

La criminalistique (police scientifique) s’intègre à la criminologie, et les crimes psychotiques sont l’objet d’enquêtes et d’expertises, dès lors qu’elle constitue une science jumelle bien distincte, complémentaire à l’étude doctrinale et appliquée au phénomène appelé « crime » pris dans le sens large du terme, c’est-à-dire toute agression dirigée contre les valeurs morales ou sociales légalement définies ou pénalement protégées. Elle s’intéresse spécifiquement aux traces consécutives au crime lesquelles ne présentent pas de différence notable, hormis dans les relations qui en sont faites, avec les crimes « ordinaires ».
Ceci est un autre argument qui plaide en faveur de la nécessité de ne pas distinguer le crime de sa nature psychotique. Ainsi qu’indiqué, tout criminel est nécessairement psychotique, fût-ce de manière temporaire. 

Terminologie

– La criminologie : science qui étudie les causes, les manifestations et la prévention de la criminalité. Elle étudie précisément la nature, les causes du développement et du contrôle criminel selon à la fois un point de vue individuel et un point de vue social. C’est un champ interdisciplinaire qui étudie le phénomène criminel et qui fait appel à plusieurs disciplines (psychologie, Droit, sociologie, économie).
– La police scientifique : dimension de l’intervention sur les lieux intégrée à un corps de police.
– La criminalistique : dimension du travail technique en laboratoire sur des traces liées à l’investigation criminelle
– La forensique : cette science englobe les deux dimensions précédentes mais qui inclut également des aspects médico-légaux ainsi que la résolution de problèmes ou de litiges dans des domaines autres que criminels (civil, administratif, règlement, arbitrage), ainsi que l’expertise judiciaire.

– Cas de l’épilepsie
Tout un chacun, compte tenu du stade du miroir, est confronté à la problématique du double. Chez l’épileptique, la crise est un moment d’amnésie, d’ab-sence (qui n’a pas de sens). Le sujet épileptique demande aux spectateurs putatifs de rendre compte de la gémellité, chose qu’il ne veut pas considérer, qu’il ne peut « voir ». Pour lui existe dans la réalité un moi qu’il connaît, qu’il peut voir. Mais existe aussi un double, un non-Moi qu’il ne peut pas voir puisque l’amnésie est là pour lui cacher ce non-Moi de la crise. Le mot « double » prend alors plusieurs sens. C’est celui qui est étrange(r), non-familier. C’est celui qui pourrait lui appartenir mais qui n’est pas lui. S’il y a eu gémellité réelle et par exemple mort intra-utérine, la crise épileptique rejoue la quête perpétuelle, la recherche de ce mort que l’épileptique en crise tente de faire revivre.
L’épileptique est son double. Le sujet peut vouloir tuer un double encombrant. (Mythe d’Héraclès). Dans le stade du miroir, le double est structurant et nécessaire. Le double non reconnu est étrangement inquiétant. Un double mort, réel ou fantasmé, a existé, et il s’agit pour dépasser la crise de lui faire face, non de l’introjecter à l’occasion de cette crise.

– Cas de la schizophrénie
L’héboïdophrénie. C’est typiquement une schizophrénie délinquante, touchant principalement les adolescents, sous la forme d’une pseudo-psychopathie. Elle fait apparaître discordance et dissociation : le crime est immotivé, le vol absurde, le passage à l’acte choquant. Nous pouvons aisément émettre l’hypothèse plus triviale d’adolescents laissés (dés)oeuvrer en marge de la famille, de la scolarité, de la loi, paternelle en particulier, et qui, plutôt que s’attaquer aux humains, ce qui présente des risques d’enquête et de sanction trop importants, préfèreront, par métonymie, s’en prendre aux animaux d’élevage ou domestiques, moins aptes à se défendre, ces rivaux qui, pour ces schizophrènes amoraux, sont eux choyés par leurs « parents ».
L’hébéphrénie. Cette schizophrénie touche également en majorité les adolescents, sans exclusive, et laisse une très large part à la dissociation et au déficit mental, ce qui, par métaphore défensive, protège du passage à l’acte criminel. 
L’automatisme mental : l’hallucination, sous la forme d’une injonction venue de l’extérieur, impose à l’individu de passer à l’acte.
Le délire paranoïde : identiquement, l’injonction hallucinatoire se traduit par l’agression du persécuteur afin pour le criminel de devenir le vengeur et ainsi de prendre sa place sur l’échelle mégalomaniaque.

– Cas de la paranoïa
Le délire chronique et le passage à l’acte apparaissent ici comme le moyen de mettre fin à la persécution :
– Persécution amour-haine (« Je l’aime, il me hait »).
– Jalousie (« Ma femme me trompe avec un homme »).
– Erotomanie (« Cette femme m’aime mais un homme m’empêche de le faire reconnaître »).
Le persécuteur est la plupart du temps une personne du même sexe que la victime (comme représentant de l’interdit homosexuel).
Les caractéristiques du crime paranoïaque le présentent comme un acte individuel. A ce titre il est immotivé, non prémédité, non dissimulé, il touche un proche, est inaugural, souvent associé à un trouble de l’humeur, plus fréquent s’il est commis sous l’emprise de stupéfiants – malheureusement dans ce cas la toxicomanie est considérée comme une circonstance minorante – crime fréquemment contigu à une désocialisation, ou pour les instances les plus tolérantes, à une absence de soins.
Causalité : le crime, mu par un sentiment de culpabilité s’impose afin de soulager une certaine conscience de culpabilité. La culpabilité non réfléchie précède, cause même, le crime. C’est le cas dans la transgression de l’interdit pour l’adolescent dont la culpabilité réelle le soulage du sentiment de culpabilité inconsciente. C’est alors une occurrence de rationalisation de la culpabilité dans sa mise en situation formelle effective.

Cas de la mélancolie
C’est une forme majeure (parmi les troubles de l’humeur) et souvent suicidaire, de la dépressivité. Le passage à l’acte apparaît comme la manière de mettre un terme à un destin malheureux. C’est l’occasion d’un délire mélancolique de persécution (et donc, là aussi, de mégalomanie) qui peut amener le mélancolique à choisir un bouc émissaire.

Cas de la démence précoce (Kraepelin)
Elle est caractérisée par de profonds troubles intellectuels et affectifs, avec une évolution progressive vers un effondrement psychique. Ses symptômes sont des troubles de la mémoire, du langage, du raisonnement, des accès de négativisme pouvant conduire à l’auto ou à l’hétéro-agression.

– Cas de la bouffée délirante
C’est une déclinaison paranoïde dans l’agression du persécuteur prétendu. Elle peut conduire à l’homicide volontaire. La toxicomanie peut y prendre une large part. Il en est de même pour :
La crise perpuérale. Après la confusion survient le délire à thème d’infanticide ;
La confusion mentale. Violences, homicide involontaire, criminalité routière.

– Cas du crime sexuel
C’est une forme, dans ses réalisations ultimes et hétérocentrées, de la perversion, et, notablement, de la psychopathie, ainsi que du trouble limite. La toxicomanie, à l’occasion par exemple d’expériences de « délires », au sens trivial du terme, de chemsex, y joue un rôle parfois important.
L’exhibitionnisme, le sadisme, l’attentat à la pudeur, l’agression sexuelle, le viol, toutes pratiques, dans la mesure où elles ne sont pas consenties, sont criminelles, de manière systématiques lorsqu’elles sont incestueuses et lorsqu’elles vont à l’encontre de mineurs.

Questions toujours d’actualité :

Place de la responsabilité individuelle, de la sanction et de sa valeur éducative et de soin.
Place de la morale et des instances civilisationnelles.
Place de la Loi symbolique, de ses prescriptions et de ses proscriptions universelles.

Nicolas Koreicho – Novembre 2013 – Institut Français de Psychanalyse© 

[*]En France, l’article 122-1 du code pénal énonce : « N’est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes. »

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