Séminaire mensuel permanent de l’Institut Français de Psychanalyse©
Rentrée 2026-2027
Tous les 2èmes jeudis du mois – octobre à juin – 18h30/21h30
Exclusivement en visioconférence (Teams)
Pulsions
Argument
Il importe et il suffit de regarder le monde, sans nécessairement en contempler tous les aspects, de le voir nous submerger parfois, à travers les images dans le tréfonds desquelles se trouve, bien sûr, quelque chose de nous, pour rencontrer les pulsions : violence, destruction, catastrophe, emprise, sexualité, avidité, manipulation, mensonge, addiction, vertige, passage à l’acte, mais aussi création, don, spiritualité, attachement, recherche de l’autre, quête de soi, amour, désir de savoir, de voir, de comprendre, de transmettre. À l’intérieur des individus comme au plus profond des sujets, par-delà l’illusion des groupes, l’artifice des drogues, les impasses perverses, quelque chose pousse, insiste, se répète, au risque de la vie donnée, mais aussi jusqu’à l’excès, et jusqu’à la mort surgissant, parfois contre la conscience, contre la volonté de celui-là même qui en est traversé, possédé, touché.
Cependant, n’est-ce pas que lorsque nous parlons de « pulsion », une fraction d’instant, tant bien que mal, le terme bouscule tout à coup notre entendement ?
Le mot lui-même porte déjà en son histoire quelque chose du concept. Emprunté (XVIe) au bas latin pulsio, « action de pousser, de repousser », dérivé de pulsum, supin de pellere, « mettre en mouvement, pousser », il appartient d’abord au langage de la poussée – du nom usuel : pulsus, d’où pouls –, du mouvement, de la force, sans que le terme pulsion prenne le dessus. Son histoire française le conduit de la « poussée » aux usages physiques et techniques, issus de la propagation d’un mouvement dans un milieu fluide ou élastique (Voltaire, Newton), ceux-là impliquant d’emblée une opposition et/ou une facilitation, avant que la psychanalyse ne lui donne une portée nouvelle, pour exprimer une force psychique inconsciente qui fait tendre l’organisme vers un but.
C’est avec Freud que la pulsion – en allemand Trieb (de treiben « pousser, mettre en mouvement, actionner »), issu du Proto-Germanique drībana « pousser, chasser, aller vers l’avant » (qui a aussi donné drive en anglais) – devient véritablement un concept : non un instinct, non un simple besoin, mais un point de tension où le corporel et le psychique se trouvent engagés l’un dans et avec l’autre. Dans les Trois essais sur la théorie sexuelle, puis dans la métapsychologie (1905-1915 – 1920 : 1ère et 2ème théorie des pulsions), Freud en fait progressivement, selon diverses acceptions et terminologies, l’un des opérateurs fondamentaux de la vie psychique.
Dès lors, le concept ne cessera de se déplacer, conférant aux successeurs le loisir de l’affiner, d’en proposer quelques fois de courtes extensions. Pulsions sexuelles, pulsions du Moi, pulsions de vie, pulsion de mort : Freud lui-même en modifie les contours, les oppositions et les rapports. La pulsion possède une source, une poussée, un but et un objet ; mais chacun de ces termes ouvre à son tour au moins une question.
Ainsi, que devient une pulsion lorsqu’elle est refoulée, quand elle est déplacée, si elle est retournée contre le sujet, et quand elle est dirigée vers l’autre, et quelle est la nature de sa transformation lorsqu’elle est sublimée ? Que devient-elle lorsqu’elle rencontre le désir, le fantasme, le symptôme, le souvenir ou la répétition ?
D’une manière équivalente, que devient le concept lui-même lorsqu’il passe de la théorie sexuelle à la métapsychologie, puis de la métapsychologie à l’épistémologie de la psychanalyse ?
À la façon d’un développement, nous interrogerons les différents destins de la pulsion : ses destins psychiques, mais aussi les destins du concept de pulsion dans l’histoire de la psychanalyse jusqu’à nos jours.
De Freud à ses premiers successeurs, puis dans ses élaborations contemporaines, la pulsion sera mise à l’épreuve de la psychopathologie fondamentale et de la clinique : névroses, psychoses, perversions, addictions, passages à l’acte, organisations limites, mais aussi formes ordinaires de la vie psychique, des langages et des arts.
Cependant, si la pulsion est ce qui pousse, il nous appartiendra de comprendre ce qu’elle pousse à faire, ce qu’elle contraint à répéter, ce qu’à son tour elle peut transformer, et, peut-être aussi, ce qui, dans l’expérience, peut lui donner un autre destin.
NK – 31/08/2026

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