Le monde des « psys » : les reconnaître – Nov. 2006

« Qu’on puisse jouer sa partie, dire son récit, répondre au monde à sa façon, aimer et travailler. »
Sigmund Freud

Il y a quatre catégories dans le monde des psys : des psychothérapeutes, des psychanalystes, des psychiatres, des psychologues. Tous devraient pouvoir porter le titre de psychothérapeute. Cependant, ils ne le sont pas obligatoirement et pour utiliser le titre de psychothérapeute, ils doivent remplir certaines conditions, garantes d’une plus grande sécurité et qualité pour le patient.

En effet, les psychothérapeutes ne peuvent apporter comme garantie de la scientificité de leur pratique, et donc de leur efficacité, seulement une auto-proclamation, une inscription sur un annuaire ou sur une liste d’association, un titre ou une notoriété d’un autre domaine, fût-il prestigieux, médical, intellectuel ou entrepreneurial. Cf. Le monde des psys : s’y retrouver.
Pour qu’un psychothérapeute puisse porter le titre de psychothérapeute, en France, il doit être inscrit sur le registre national des psychothérapeutes ADELI.
En outre, les psychothérapeutes doivent pouvoir apporter, pour garantir la qualité de leur exercice, des informations sur trois dimensions : leurs pratiques, leurs concepts, leurs formations.

Leurs pratiques :

Les pratiques concernent la durée des séances, la fréquence et leur nombre, les principes de fonctionnement, les tarifs appliqués.
Une séance qui dure moins de 45 minutes ne laisse pas au patient la possibilité de s’intégrer dans le processus thérapeutique, de développer l’alternance des modalités discursives nécessaires au travail sur soi (associations, raisonnements, mouvements émotionnels…), d’intégrer les langages (l’inconscient, le corporel, le rêve…) indispensables à la réalisation de soi, de se voir enfin pleinement reconnu.
La fréquence et le nombre des séances sont les éléments les plus variables. Au début de l’analyse ou de la psychothérapie analytique, il est utile pour mobiliser les éléments les plus pertinents et pour amorcer un mouvement idoine, que les séances soient au nombre d’1 ou de 2 par semaine. Ensuite, on peut maintenir 2 séances, ou poursuivre sur 1 séance par semaine. Ce dernier rythme est le plus efficace en terme de résultat. Elles pourront se dérouler à raison de 2 fois par mois, en deuxième partie de processus. Cependant, les séances peuvent se dérouler jusqu’à 4 fois par semaine, pour un début d’analyse. Plus généralement, dans le cas d’une psychanalyse classique, 2 fois par semaine est un bon rythme, dans le cas d’une psychothérapie analytique, 1 fois par semaine convient bien. On peut du reste mener une analyse entre 1 fois par semaine et 2 fois par mois (dans un second temps) et pour une psychothérapie analytique selon le même rythme, en fonction de l’avancée des problématiques du patient. Une psychanalyse peut aussi succéder à une psychothérapie, comme il peut s’avérer utile de revenir, à un moment, à un dispositif de psychothérapie. Cependant, l’un et l’autre devraient pouvoir aboutir à une terminaison en un nombre de mois ou d’années (la plupart du temps) acceptable pour le patient.
Dans les principes de fonctionnement des séances, la parole du psychothérapeute est indispensable. Son silence n’est plus la règle, et plus uniquement bienveillant, ni son attention, plus seulement flottante. L’époque ne s’y prête plus. Il doit pouvoir parler, expliquer, orienter, interroger, répondre, dans le respect bien évident du cheminement de l’élaboration personnelle et mentale du patient.
Les tarifs se doivent d’être adaptés à la situation du patient. Il ne saurait être question de faire payer les séances un prix excessif, sans rapport avec le service rendu ou avec le nombre de séances par semaine, ni de faire payer des séances loupées, dès lors que le patient a prévenu suffisamment tôt de son absence (2 jours avant est un délai convenable), ou que manifestement son absence ne peut lui être imputé, dans le principe des significations de la matérialité de l’argent. Les tarifs actuels se situent généralement entre 40 et 70 euros.

Leurs concepts :

Les concepts utilisés par le praticien doivent pouvoir être transmis au patient, dès lors que cet apport peut lui faire gagner du temps, et donc de l’argent, de l’énergie, du mieux être. Ainsi, l’explicitation des principes de fonctionnement des composantes et des mécanismes physiques, psychiques et relationnels de l’humain sont susceptibles de donner au patient des alliances de compréhension de ses propres troubles, dysfonctions, désirs… Dès lors, il se trouve à même de s’approprier les conditions de son émancipation et de son désengagement souhaité du désir, du savoir, du confort de l’autre.

Leurs formations :

Les formations des psychothérapeutes sont de deux ordres.
Pour se prévaloir de ce titre et de l’habilitation à exercer, le psychothérapeute doit pouvoir justifier d’abord d’un cursus universitaire ou d’école agréée au titre de l’enseignement supérieur d’une durée minimale de 5 ans incluant les domaines indispensables à la compréhension du fonctionnement psychique de la personne : organisation de l’appareil psychique, psychopathologie, concepts fondamentaux de la psychanalyse.
Le psychothérapeute doit ensuite pouvoir faire état d’une spécialisation dans au moins un domaine psychothérapique : psychologie, psychiatrie, psychanalyse, psychosomatique, psychanalyse de groupe, psychothérapie analytique, relaxologie…
A ces deux types de formation s’ajoute naturellement une pratique personnelle consistante d’au moins 3 ans en tant que patient (à 3 séances par semaine), au moins une tranche didactique, ou de contrôle, ou de supervision d’au moins une année (à 1 séance par semaine), des supervisions tout au long de la vie professionnelle, en tant que de besoin.

Pour information, voici le tableau des nouvelles dispositions dorénavant en vigueur (mai 2012) pour postuler au titre de Psychothérapeute :

THÈME
de formation
PSYCHIATRES
Dispense totale
MÉDECINS
non psychiatres
PSYCHOLOGUES
cliniciens
PSYCHOLOGUES
non cliniciens
PSYCHANALYSTES
régulièrement
enregistrés dans
leur annuaires
PROFESSIONNELS n’appartenant à aucune des
catégories précédentes
Développement, fonctionnement et processus psychiques 0 h 0 h 0 h 0 h 0 h 100 h
Critères de discernement des grandes pathologies psychiatriques 0 h 0 h 0 h 0 h 100 h 100 h
Théories se rapportant à la psychopathologie 0 h 100 h 0 h 0 h 50 h 100 h
Principale approches utilisées en psychothérapie 0 h 100 h 0 h 0 h 50 h 100 h
Stage 0 mois 2 mois 0 mois (conditions) 2 mois (conditions) 2 mois 5 mois

Voici succinctement les éléments que chacun doit connaître pour choisir un « psy ». Triez le bon grain de l’ivraie, embrassez ce que vous voudrez, choisissez ce que vous aimez.

Nicolas A. KOREICHO – Institut Français de Psychanalyse ©