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Limites 1. Sur le transfert en formation : le transfert, le cadre

Nicolas Koreicho – novembre 2010

Il arrive, singulièrement en formation, d’être confronté à des interventions agressives de la part de participants qui ne réalisent pas que cette agressivité, qui bien évidemment pallie d’abord le défaut d’argumentation, n’est pas recevable lorsque ces « saillies » se produisent dans un cadre professionnel et, qui plus est, de la part de professionnels de l’accompagnement.

Il arrive aussi d’être sollicité par des interventions séductives qui, elles, seraient plutôt facilitantes pour le développement d’un travail d’apprentissage.

Ces premiers moments, agressifs, relatifs à la pulsion de destruction, peuvent prendre place dans des sessions de transmission et de formation quand le participant n’a pas encore pris le recul nécessaire à l’analyse des interactions, y compris lorsqu’il y est lui-même confronté, recul qu’autorise un travail sur soi et une éthique fondé sur une écoute attentive et bienveillante.

Cette écoute attentive et bienveillante met en branle la question du transfert et du contre-transfert* toujours analysables et aptes à être dépassés d’abord par l’accompagnant, du fait de sa formation, qui supposent un travail d’analyse et d’auto-analyse nécessaires, ainsi que la prise en compte de la question de l’éthique, décidément indispensable à une pratique intelligente et respectueuse de chacun.

Dès lors que l’on comprend que c’est toute la question du cadre** qui se pose ici, et le plus important degré du cadre, c’est-à-dire celui qui ne peut autoriser les passages à l’acte, on saisit que ce cadre est destiné à être intégré et respecté. A cet égard, le transfert positif est facilitant, dans la mesure où il autorise une certaine souplesse et le recours à une plus ample compréhension, pas l’empathie, l’humour, l’indulgence, cependant que le transfert négatif est à même de proposer des pistes de progrès, dès l’instant qu’il est admis par le participant, patient, étudiant, client…

Il faut en l’occurrence considérer trois points :

Tout d’abord la formation personnelle de celui ou celle qui n’intervient pas de façon adaptée, agressive en fait, dans la demande que présuppose le transfert. Cette situation doit de la sorte particulièrement prendre en compte les phénomènes de transfert et de contre-transfert à l’œuvre dans les situations d’interlocution, où l’autre veut se mesurer au professionnel, propres aux relations à enjeu, comme on les retrouve en coaching, psychothérapie, accompagnement…, lesquelles impliquent non seulement de penser le problème posé par l’autre, mais également de penser précisément la situation d’interlocution, et enfin de SE penser dans ce double fonctionnement.

En second lieu, le participant doit être prêt, comme en toute situation d’apprentissage, à accepter que des systèmes de référence, et éventuellement de valeur, différents des siens, lui soient proposés et puissent indiquer à l’autre le phénomène auquel il est soumis. Ici, l’écoute attentive, neutre et bienveillante du participant à l’endroit du formateur et vice versa doit s’exercer.

Enfin, le participant doit pouvoir s’entendre en train de se modifier lui-même dans une relation productrice de principes, cette relation fût-elle professionnelle, et à comprendre ce que sont au plus juste les phénomènes auxquels il est soumis ce qu’a priori, en passant, les formateurs devraient connaître bien et transmettre aussi bien.

Le participant doit ainsi en tout premier lieu « participer » à ce triple mouvement, pour adopter la flexibilité nécessaire à l’exercice de son métier de participant et de son métier tout court, ainsi d’ailleurs que dans les relations que chacun entretient avec l’autre.

On peut ainsi d’ailleurs élargir cette notion du transfert à toutes les relations sociales, et considérer que les réactions sont certes légitimes lorsqu’elles induisent une certaine souffrance, mais qu’elles doivent faire absolument la part de l’histoire personnelle du sujet dans la considération et l’attribution de cette souffrance, faute de quoi la personne vivrait sa vie « à côté ».

Nicolas Koreicho – novembre 2010 – Institut Français de Psychanalyse©

*Le transfert représente dans les processus d’accompagnement, psychanalyse, psychothérapie, coaching, mais aussi vis-à-vis du médecin, de l’avocat, de l’enseignant, etc. la projection, par l’analysant, l’étudiant, le patient, le client, etc. de contenus issus de son propre inconscient et provenant d’expériences infantiles avec les père et mère et avec la fratrie, sur la personne de l’accompagnant, qui lui apparaît dotée de qualités, d’intentions, d’affects différents de la réalité de l’accompagnant. (Francis Pasche – 1975) : « La reviviscence de désirs, d’affects, de sentiments éprouvés envers les parents dans la prime enfance, et adressés cette fois à un nouvel objet ». Le contre-transfert est la projection par l’accompagnant des contenus issus de son inconscient et de ses expériences sur la personne de l’analysant, du patient, du client, de l’étudiant de motions affectives.

**Le cadre est multiple et ses composants les plus importants, les cadres, donc, sont, dans l’ordre d’influence, relationnel (transfert, contre-transfert), personnel (le non-verbal), conversationnel (discursif), référentiel (éthique, théorie), contractuel (l’objectif), matériel (lieu, temps).

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Limites 1. Sur le transfert en formation : le transfert, le cadre
Limites 2. Entre transfert et morale : la question des limites
Limites 3. Limite et no-limit : implications d’une dissolution

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La Loi symbolique

Nicolas Koreicho – décembre 2014

Gustave Moreau – Jupiter et Sémélé, 1895 – Musée Gustave Moreau, Paris

Le concept de la Loi symbolique, dont la souveraineté est démontrée d’abord par l’anthropologie puis prouvée par la psychanalyse, provient de l’idée d’un ordre symbolique fondateur de la sociabilité (fonction symbolique de C. Lévi-Strauss), sans quoi les groupes sociaux déclinent (décadence) puis disparaissent (explosion de la violence – du pulsionnel – sous toutes ses formes, puis implosion).
Cette loi est universelle, elle concerne tous les continents et s’inscrit au-dessus des lois édictées, juridiques, religieuses ou idéologiques.
Toutefois, elle est lisible dans la mythologie, le légendaire, le fictionnel, certaines philosophies et certains préceptes religieux, ainsi que dans certaines lois et traditions humaines et sociales, sans toutefois qu’on puisse la confondre avec telle loi politique. En littérature, on en trouve des systèmes dans de grandes épopées et en inverse infernal, si l’on peut dire, dans l’œuvre de Sade.
La Loi symbolique en tant que telle n’est pas consciente et répond à des universaux d’intégration du corps humain et des grands termes de l’inconscient dans le corps social.

La Loi symbolique, dans son acception positive, est susceptible d’assimiler, afin que la personnalité n’y reste pas fixée, les grandes étapes de l’évolution de la personne en promouvant le dépassement indispensable des représentations originaires des fantasmes à absorber (Fantasmes originaires : retour au sein et au ventre maternel, séduction incestueuse, scène primitive réitérée, castration figurée effective), lesquels ne se rencontrent en principe, dans leur acception la plus logique en tant qu’étape obligée de l’évolution de la personne, qu’une fois. Leur signification globale autorise respect des espèces et harmonie entre les vivants. Elle se résout à l’occasion de la mise en scène de ces fantasmes, et s’actualise des sèmes suivants :

Proscription : meurtre, inceste. (F. Retour au sein maternel)

Verbalisation : nomination de la parenté, dès lors, proscription du crime et respect de la différence des générations. (F. Séduction)

Prohibition : amoralité du vol, du viol, de l’abus de pouvoir. (F. Scène primitive)

Prescription : différence des sexes. (F. Castration)

Ces repères, lorsqu’ils sont ignorés, donnent lieu non seulement à des transgressions manifestes, plus ou moins prises en compte par la loi des hommes, mais, pour ce qui nous occupe, si ces repères ne trouvent pas d’origine sur le plan des contenus latents, ces repères ignorés donnent libre cours au développement de psychopathologies, transformées et éclairées dans la sublimation des œuvres d’artistes, d’écrivains, de mainte manière.

« J’ai, pour me guérir du jugement des autres, toute la distance qui me sépare de moi ». Antonin Artaud

Proscription : meurtre et inceste. Ce sont les plus anciens, les plus fondamentaux et les plus fondateurs, tant du point de vue personnel que du point de vue social. Ils s’appuient sur la nécessaire construction de la personnalité à partir du système de l’Œdipe, système de signifiants constitutifs de l’indépendance de l’individu.
Le fantasme originaire du retour au ventre ou au sein maternels ne doit pas avoir lieu de manière prolongée, ceci pour autoriser l’accession à l’indépendance de l’enfant puis de l’adolescent, selon des modalités distinctes.
La question de l’altérité est posée. Il y a un autre. Il y a de l’identique (prohibition de la sexualité entre parents et enfants ; consanguinité) et du différent (aller vers l’autre sang, l’autre sexe : fécondité).
La dialectique du même et de l’autre structure et organise le monde et les sociétés.
L’identique, dans son exécution (relation amoureuse ou haineuse de deux frère et sœur par exemple) interrompt cette construction. L’absence des interdits du meurtre et de l’inceste provoque l’annihilation de la nécessaire distinction entre le désir (fantasmé) et son assouvissement (en réalité). Elle représente une régression qui empêche la formation du Moi qui, rappelons-le, nécessite que chacune des étapes de son évolution soit dépassée pour se réaliser. Sans cela, la constitution de la personnalité se fait sur un versant pervers. Par exemple, on ne peut rester fixé au stade sadique-anal. Il en est ainsi du dégagement obligé de chacun des stades d’organisation de la personnalité dans son acception libidinale (oral, sadique-oral, phallique…) pour que chacun puisse se réaliser.
Au contraire, ces interdits  permettent la réalisation et l’émancipation de la personne de ces différents stades, vers son autonomie donc, dans une direction d’expansion vers soi et le monde de l’autre.

Verbalisation : nomination de la parenté. La question de la différence des générations est posée. Les personnes ne se traitent pas de façon identique et ne doivent pas se considérer de la même manière, jeune et vieux, ascendant et descendant, parent et enfant, vivant et mort, enfant et adolescent… La nomination conditionne l’ordonnancement de ce qui est utile ou néfaste, bienveillant ou nocif, vital ou mortifère.
Cette nomination différenciée permet de sauvegarder la paix entre les personnes dans une régulation adaptée aux différents âges de la vie.
Les rôles de chacun sont spécifiés.

Prohibition :  du vol, du viol, de l’abus de pouvoir. La question du respect, de la coopération et du partage est posée.
La pulsion de mort, et son corrélat, la pulsion agressive, est mise à l’index, et ne doit pas s’appliquer aux relations entre les vivants. Elle le fait cependant dans ses réalisations sadomasochiques ainsi que dans certaines élaborations de pathologies narcissiques (psychopathie…) et psychotiques (schizophrénie paranoïde…).
Dépasser le narcissisme primaire est le grand enjeu de ces prohibitions et dans cette dialectique les prescriptions de coopération sont éminentes. La personne n’est plus sa majesté le bébé ou l’enfant-roi. Il s’agit de permettre, et de protéger, l’intégrité de la personne.
L’agressivité naturellement animale de l’homme ne s’applique plus à la vie dans la société, si, jadis, elle se justifiait par l’existence de ses prédateurs ou la rivalité entre tribus et la nécessaire protection du territoire, de la nourriture, de la descendance, de la femelle…
Aujourd’hui elle s’exprime par la guerre, les crimes et les délits, y compris dans les familles.

Prescription : la différence des sexes. La question du masculin et du féminin est posée. Il y a toujours des mâles et des femelles. C’est une différence irréductible qui conduit à la différenciation des personnes et des identités, différenciation qui, elle-même, permet l’individuation. Elle représente une irréductible opposition fondamentale à l’origine de la vie même. Elle est de surcroit le modèle de la pulsion de vie et s’exerce par la procréation et les relations amoureuses qui sont censées y préparer selon le précepte de la complétude. Différence des sexes et différence des générations constituant les deux piliers de la génitalité.

Le cannibalisme. Le cannibalisme, a, parmi les tabous universels – mais pas de tout temps et non dans toutes les civilisations – un statut particulier, et des significations situées entre l’appropriation symbolique, qui est censée conférer au mangeur les qualités du mangé (Freud, Totem et tabou, 1912), et l’inceste symbolique qui fait que les asiatiques, contre la civilisation, mangent des chats et des chiens, c’est-à-dire potentiellement des membres de la famille, en passant par l’identification (les fils de la horde dans Totem et tabou, qui dévorent le père), par l’imaginaire incorporatif prégénital (mère-enfant)(Claude Lévi-Strauss, Mythologiques, 1964-1968) et par les mythes littéraires amoureux (le coeur mangé – la sensualité mortifère de la tubéreuse) des amants (Baudelaire, Causerie in Les Fleurs du mal, 1857 ; Zola, Nana, 1880 ; Claudel, L’Otage, 1911 ; Donatien A.F. de Sade, La Philosophie dans le boudoir, 1796).

Nicolas Koreicho – décembre 2014 – Institut Français de Psychanalyse©

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Vos enfants

Vos enfantsarchere – Khalil Gibran

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit :
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit :
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie ;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

Khalil Gibran – extrait du recueil Le Prophète

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À une passante

passante

Giovanni Boldini – Portrait de madame Lantelme – 1907

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

Charles Baudelaire

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Choisir son psy

Nicolas Koreicho, le 2 février 2001

Cette lettre répond à un article paru dans une revue généraliste de psychologie qui décrivait l’ensemble des méthodes de psychothérapie. Voici la réponse faite à cet article par Nicolas Koreicho, le 2 février 2001.

Madame,

Votre dossier « Choisir son psy » est tout à fait bien documenté pour accepter qu’on lui apporte une légère critique et un élément supplémentaire. Dans la description très efficace que vous faites des différents mouvements « psy », il manque une hiérarchie qui replacerait la psychanalyse à sa juste place, dès l’instant où elle est clairement spécifiée, en, opposition aux thérapies agissant sur le symptôme et seulement sur celui-ci.
En effet, à l’heure des joies et des drames, des retrouvailles et des séparations, des vraies questions et des mauvaises réponses, la psychanalyse a, plus que jamais, son mot à dire.
En sachant prendre ses distances avec les sous-discours de certains médias et de la rue, des divertissements et les colloques, les cercles et les écoles, la psychanalyse doit proposer une véritable alternative à la société du spectacle, à la solitude des familles, aux actes incompris.
La psychanalyse est la seule à pouvoir donner une explication cohérente des motivations profondes de chacun et de chacune, qu’il soit chômeur, notaire ou amoureux.
En effet, la complexité des contraintes sociales, professionnelles et personnelles auxquelles les personnes, dans la société multiforme d’aujourd’hui, sont soumises, ne profite, en fin de compte, qu’à quelques hommes  de pouvoir.
C’est pourquoi l’interprétation des motivations des uns et des autres, à commencer par ce qui nous fait nous-mêmes agir, réagir ou subir les différents événements de la vie est, plus que jamais, indispensable.
Parce que la psychanalyse est apte à identifier ce qui se trouve derrière une santé défaillante, des relations humaines perturbées, ou des habitudes néfastes, que l’existence nous pose au quotidien, elle nous permet de nommer puis d’affronter les problèmes psychiques qui sont souvent à l’origine de nombreux symptômes physiques et psychologiques.
Des personnes souffrent dans leur corps, dans leur sommeil, dans leur alimentation, sans comprendre ce qui se passe, et sans comprendre pourquoi tel ou tel symptôme se développe.
D’autres souffrent d’une sexualité insatisfaisante, de difficultés à communiquer ce qu’ils voudraient, de la solitude.
D’autres encore ont trop souvent recours à l’alcool, au tabac et aux autres drogues, les conduisant à des dépendances de différente nature, pour tenter d’oublier les véritables questions qui les taraudent. Elles ne sont pas résolues pour autant.
Enfin, il existe toute une gamme de craintes irrépressibles, d’envies inquiétantes, d’obsessions lancinantes, qui peuvent peser sur la vie de tous les jours de façon handicapante.
La psychanalyse peut faire quelque chose contre tout cela. Pas n’importe quelle psychanalyse. Une psychanalyse discutée, expliquée, partagée entre le patient et l’analyste.
Elle permet que tout ce qu’on n’a pas pu dire sur ce dont on souffre puisse s’exprimer par des mots, révéler une origine aux choses, subjuguer les causes du mal et le neutraliser.
Elle nous fait revivre les situations enfouies, les moments clés, les sentiments refoulés, dans un cadre d’écoute, de compréhension, de bienveillance.
Enfin elle donne les éléments, dans l’interprétation, qui nous permettront de vivre pleinement, de s’épanouir avec d’autres, d’aimer simplement.
Sans être un remède miracle – il est bien des affections, des maladies, des accidents pour lesquels la psychanalyse ne saurait modestement être qu’une psychothérapie de soutien -, sans être non plus la seule, ainsi qu’en atteste votre dossier, la psychanalyse semble pourtant bien constituer aujourd’hui une véritable alternative mais en profondeur, aux émotions destructrices, aux échecs relationnels, aux réponses toute faites et immédiates, que provoque le quotidien, violent, spectaculaire ou insidieux d’une société devenant sans cesse plus complexe à dire, à penser et à vivre.

Nicolas Koreicho
, le 2 février 2001 – Institut Français de Psychanalyse©

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Pourquoi les frontières ?

Nicolas Koreicho – Mai 2011

« L’amour surgira dans votre cœur quand vous aurez abattu les barrières entre vous et l’autre, quand vous rencontrerez et observerez les gens sans les juger, quand vous regarderez simplement le bateau à voile sur le fleuve et jouirez de la beauté du spectacle. »
Krishnamurti

«Ce qu’il y a de plus profond chez l’homme, c’est la peau.»
Paul Valéry

«Comment mettre de l’ordre dans le chaos ? En traçant une ligne. En séparant un dehors d’un dedans.»
Régis Debray

Pourquoi les frontières ? 

Paul Gustav Fischer – Summer day at Reformer Church in Copenhagen

On retrouve la notion de frontière, de limite, d’éthique inhérente à l’idée de respect et de sauvegarde de soi et de l’autre, dans toutes les sphères d’activité et de pensée du vivant, dans tout le mouvement de l’évolution.

Une des raisons pour lesquelles l’univers nous inquiète (et nous fascine) est qu’il paraît infini. « Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » (Pascal).
C’est la prise en compte du cosmique et de son infinitude – mais de sa finitude conceptuelle -, jusque dans la formation de l’humain, qui fait que l’on comprend à quel point cette notion de frontière est vitale et nécessaire, ainsi que l’a démontré Ferenczi dans le rapport de l’eau des océans avec l’eau du liquide amniotique (Thalassa). A ce titre, du point de vue planétaire, la limite est l’atmosphère, du point de vue du corps, la limite est la peau. Qu’en est-il du point de vue de l’organisation psychique, du rapport entre soi et soi, de la relation entre soi et l’autre ?

C’est ainsi. Les frontières, les limites, la raison morale nous rassurent – nous contiennent – et pour de bonnes causes. Il s’agit donc d’aider à leur établissement les nouveaux venus au monde.

La sécurité interne, intra-subjective, principalement relativement au corps, et externe, intersubjective, principalement relativement à l’autre doit être assurée.
Le nourrisson est rassuré (et psychiquement contenu, c’est-à-dire hors des facteurs prépsychotiques) par le holding, le handling, et l’object-presenting, trois preuves de la présence bienveillante du père et de la mère, qui constituent trois gestes parentaux garantissant intégrité du moi, interrelation unifiante et développement libératoire qui le mettent hors de danger de déréalisation, de dépersonnalisation, d’auto destruction (Winnicott).
A contrario, l’enfant non sécurisé, instable sur le plan psychique, va s’adonner à l’auto-agression, afin de tenter de donner une réalité au ressenti s’apparentant à de la haine de l’autre (qui vaut mieux que la haine de soi) pour tenter d’en comprendre la logique et d’en neutraliser les effets.
L’enfant est rassuré également dans son discours, pris en compte, même encore Infans, et dans l’interrelation de son discours avec celui de l’autre (intersubjectivité), son narcissisme se développant  en liberté, sauf lorsque celui du parent prend la place de celui de l’enfant, et que le langage y compris symbolique, est absent de la relation.
L’adolescent lui aussi est rassuré et orienté lorsque son parent reste dans la maîtrise de sa propre adolescence et qu’il ne participe à ses « crises » que d’une façon compréhensive et distanciée dans une limite œdipienne surmoïque en particulier.
Pour lui aussi, l’auto-mutilation (e.g. la scarification) apaisera l’angoisse relative à l’incompréhension de la part de l’autre.

Ainsi, par exemple, la sexualité exempte de fondations limitantes, rassurantes, contenantes, sur un plan à la fois narcissique et relationnel, ainsi que ses avatars délirants ou enfermants – hormis dans le partage assumé (et dans quelle mesure) et dans l’art – peut représenter un profond contre-sens pour la prise en compte d’un autre respectable, et d’un soi acceptable sinon aimable, et s’accompagner d’une dénaturation de la relation et de son cortège de précarité, de prostitution, de perversion, de polygamie, d’inceste, de punition corporelle, de violence verbale, de soumission, d’abus de pouvoir, d’absence de consentement…,  puisque ces comportements conduisent au flou des relations, des corps, des personnes, au déséquilibre entre le principe de plaisir et le principe de réalité ainsi qu’à l’aliénation narcissique et personnelle et à de nombreux phénomènes contingents qui empêchent toute relation de qualité, de sincérité, de partage. Le no limit est aliénant, pour soi et pour l’autre (Cf. la démonstration – littéraire – sadienne). Au contraire, la prise en compte des limites est nécessaire à la poursuite et au bon développement de l’individuation et l’assimilation dans un environnement.

A contrario, la personnalité limite (borderline) témoigne dans la symptomatologie corporelle, psychique et relationnelle d’un flou, en témoigne les errements nosographiques, d’une instabilité des mécanismes pathologiques propres aux psycho-limites dans lesquelles l’on retrouve à la fois des caractéristiques des névroses et des psychoses, des comportements pathogènes et des types pathologiques, mais également des excès retournés sur soi et des aberrations, sexuelles, sentimentales, relationnelles, orientées vers les autres objectalisés, c’est-à-dire non reconnus comme sujets. En ce sens, les modalités relationnelles de ce type de personnalité sont aliénantes, en ce qu’elles  demandent à l’autre de résoudre cette aporie. A ce titre, le borderline projette sur l’environnement son absence de limites, dans une hésitation fondamentale entre homosexualité, perversion, passage à l’acte, dépressivité, manie, tout en étant avide affectivement et nécessairement défectif. Quant à l’étiologie des personnalités limites, on peut déceler dans la généalogie de tels sujets précisément l’absence – ou la prégnance dogmatique – éducative, corporelle ou affective, la précarité des limites (le manque, la faille, le trop, la violence, l’intimité forcée, l’attention, le soin défaillants).

De l’évidence philosophique jusque dans le fait religieux – en passant par ce qui fonde une nation (une civilisation, une langue, un territoire) -, tout n’est pas possible, et les idées, les préceptes sont constitués de limites elles-même garantes de sécurité. La liberté s’arrête où commence celle des autres ; les tables de la Loi symbolique (cf. infra) représentent une indication sur les exigences à respecter pour que chacun puisse vivre avec les autres dans le respect réciproque et, par exemple, le droit à la critique, au blasphème, à la distanciation doit être garanti car permettant une relativité à l’enfermement solipsistique de la conviction ; le bien et le mal ont un sens logique et biologique, sont opposés et, sinon définissables scientifiquement, du moins descriptibles en termes de respect et d’éthique, de prise en compte de la souffrance, de l’intégrité, de la distinction, de la transmission, de la bienveillance… Cela concerne les personnes bien entendu, mais aussi les animaux, et, pourquoi pas, la nature. Un paysage peut être en souffrance, c’est-à-dire absent de lui-même et sans plus de relation d’harmonie avec ses sujets, comme une lettre peut être en souffrance.

D’un autre point de vue, littéraire cette fois, l’idée qui voulait jusque dans les années 90 que l’on ne dissociât pas  une œuvre de la personne qui l’avait produite, et qui amalgamait l’ensemble en une espèce de matière unique, était techniquement fausse et scientifiquement infondée. La psychanalyse dans ses liens avec la littérature nous a prouvé que les deux étaient dissociables, que les écrits et la personne n’étaient pas liés ontologiquement, et avec bonheur et créativité.

Au quotidien, sur un plan sociétal, s’autoriser les attaques, les violences, les incivilités personnelles n’est au mieux qu’une réminiscence exprimée de problématiques psychiques de négligence primaire de la part de l’attaquant, et, souvent, de son incomplétude intellectuelle et affective. C’est d’ailleurs le cas lorsque les humains ne considèrent pas la souffrance animale, perdant ainsi l’idée de frontière entre soi et l’autre ou, pire encore, qu’ils l’érigent en spectacle*, comble de l’amoralité, en une apologie du crime sur le vivant.
Nous touchons alors au libre cours, toujours mortifère, de la pulsion brute, non bordée et non investie de limites morales, éthiques et esthétiques.

Dès lors, sur le plan du système relationnel, les incivilités, les violences verbales ou physiques laissent la part libre aux pulsions mortifères lorsque les interactions imposées à l’autre sont exemptes de la prise en compte et de l’application de Loi symbolique (proscriptions, prescriptions) laquelle doit être transmise par les parents.
Par conséquent, l’absence d’interdits sexuels et corporels, de définitions de territoires (de frontières), de distanciations et de différenciations éclairantes non seulement empêche que se développent les phénomènes de sublimation nécessaires à l’amour et à l’art, au travail relationnel (personnel : avec l’autre et avec soi-même), au travail professionnel (pouvoir donner le meilleur de soi-même dans une tâche à laquelle on croit et qui nous épanouit), au travail sociétal ou politique (orienter ses pulsions vers des buts élevés libérateurs), mais au contraire est propice aux abus de toute nature.
L’intolérance religieuse et politique (attentats, lutte des classes, collectivisme, obscurantisme, extrémisme, conformisme, progressisme, wokisme), est une des conséquences de l’absence de morale éthique, c’est-à-dire sentie et appuyée sur l’idée de civilisation et de mémoire, intégrée individuellement, et se réalise fatalement dans un totalitarisme, toujours assigné au mélange du social et d’une pseudo morale, qui menace les personnalités insuffisamment étayées ou contenues et autorise l’omission de toute consistance individuelle. De la sorte, les dogmes privilégiant les intérêts, frustes du point de vue intellectuel, des masses sociales et reproductives ou des minorités tyranniques sont forcément aliénants et, tôt ou tard, totalitaires.

La séparation des églises et de l’État, des extrêmes et des compréhensions, des pensées uniques et des singularités intellectuelles, préserve de toujours possibles aliénants s’il n’existe pas de frontière, de limite, de loi.
Ce n’est pas par moralité qu’il faut des frontières aux cultures, aux nations et aux personnes, c’est parce que l’absence de ces frontières est suicidaire.

*Cf. Un point de vue de la psychanalyse sur la corrida.

Nicolas Koreicho – Mai 2011 – Institut Français de Psychanalyse©

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Paris déprime

Nicolas Koreicho – 13 janvier 2011

« Quand tu auras désappris à espérer, je t’apprendrai à vouloir »
Sénèque

En cercles concentriques, les environnements dépréciatifs tels qu’ils se dessinent en prismes dans les grandes cités, induits par le stress logique de la surpopulation, créent les conditions de formes graduelles de déprime, formes dont la nature est fonction de leur adhérence de prédilection à tel environnement, lesquelles formes peuvent, selon la profondeur de la pathologie dépressive, se surajouter les unes aux autres. La solitude, l‘absence d’affiliation personnelle, la manque d’affinités professionnelles, les contraintes administratives et sociales, la ville et ses crapules, le défaut d’horizon et de lumière, les mensonges des ambitions politiques, les approximations journalistiques, l’envahissante violence religieuse, la guerre qui gronde au loin, leurs empiétements sur nos urbanités, nos rusticités, nos civismes, les animaux qu’on torture et qu’on déporte, la nature qui s’épuise, s’imposant en autant d’environnements dysphoriques, réfléchissent, dans leur retentissement en chacun, des problématiques plus profondes et essentielles, sans toujours la possibilité – et c’est là un drame profond – de formuler précisément ces ressentis. La plus ou moins grande sensibilité de chaque personne à tel de ces degrés d’une mise en abyme idéelle mais subie quotidiennement dépend de son histoire naturelle, culturelle et œdipienne, et la fera s’orienter vers le ralentissement, l’anhédonie, le défaut de motivation, les déplacements parasitaires, les substitutions prostitutives, les dépendances virulentes, et la fera se réfugier dans les faux objets que sont la violence reçue et donnée, les toxiques plus ou moins justifiés, la dévalorisation originaire et/ou le collectivisme sectaire, les illusions idéologiques meurtrières, la mensongère « lutte des classes », tous faux objets mais véritables ensembles psychopathologiques. Tous les leurres échafaudés par des esprits finalement simplement en mal de reconnaissance de leur vérité constitutive ne sauraient faire oublier à quel point la prééminence du travail psychothérapeutique et psychanalytique, qui rehausse l’individu à l’état de personne unique en s’établissant sur l’intimité langagière et discursive d’une relation unique et privilégiée, et qui seul est apte à faire se retrouver la vérité de l’unicité vitale hors des restrictions aliénantes et des impositions surmoïques, d’abord, fonction des transferts accompagnants, puis limpide et éclairant comme le narcissisme retrouvé, remet à leur juste place les combats revendicatifs et obéissants qui sont, disons-le nettement, d’un autre âge.

Nicolas Koreicho – 13 janvier 2011 – Institut Français de Psychanalyse©

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Dialogue – II – La pleine écoute

Nicolas de Beer – Nicolas Koreicho – Juin 2009

Dialogue entre un psy et un coach

« Chercher le bonheur dans cette vie, c’est là le véritable esprit de rébellion »
Henrik Ibsen

II La pleine écoute

Nicolas de Beer
La pleine écoute, ne se satisfait pas d’écouter les mots, attentivement, d’être présent, bienveillant et pour beaucoup, « reformuler » ce qui a été dit pour signaler au client qu’on l’écoute et le comprend. Serait-ce une envie de nous légitimer de cette façon, aurions-nous peur que notre client ne se sente pas compris ? A ce sujet, nous nous sommes aperçu depuis un certain temps que faire reformuler le client est bien plus efficace que de reformuler soi-même ses propos.
Ecouter, c’est aussi observer avec les yeux, avec le corps, les oreilles et aussi faire appel à la pensée.
Observer, pour agir, ne pas agir, aider, ne pas aider. Pour certains aussi interpréter les propos.
Regarder l’autre avec ses yeux, c’est être attentif aux expressions de son visage, ses expressions par rapport aux mots qu’il exprime, aux mots que j’exprime, aux silences que je pose, aux silences qu’il pose. C’est aussi être attentif à la position de son corps, en avant, droit, en arrière, détendu, tendu, etc.
Part-il en réflexion, alors je me tais ? Se détend-il, je le laisse ? A-t-il un visage interrogateur, je me peux me demander si je réponds ou me tais. A-t-il besoin de moi, j’y suis attentif, comment ? Ou pas ?
Observer avec mes oreilles, écouter donc. Je peux écouter à plusieurs niveaux. Ecouter les mots, certains pour y trouver du sens, y relever une répétition, un mode culturel, des contradictions, des répétitions, etc. Certains vont écouter ce que les mots disent qui n’est pas dit, l’absent mais implicite, inspiré des travaux de Derrida ; certains vont chercher la demande cachée ; certains vont chercher des associations de mots ; d’autres vont écouter les stratégies derrière l’expression ; d’autres encore vont observer ce qui se dit entre eux et le client, se demandant s’il y a une analogie avec un dialogue de mon client dans son contexte problématique. Etc.
Ecouter aussi à l’intérieur de soi, les associations, ce que soudain « un moi me dit », les voix intérieurs utiles ou inutiles. Et être attentif à son « courant de conscience » dont parle William James et qui s’écoule sans fin dans mon cerveau. « la conscience de soi n’est pas le point de départ mais un point d’arrivée, celui d’interactions sociales et publiques, de notions communes (langage, croyances…) déterminant notre conscience.
Expérimenter physiquement ce qui nous arrive, c’est une écoute du corps, des ressentis. Ayant un thérapeute pour traiter de ses propres difficultés, de ses résonances, il est possible que certains de des ressentis du praticien soient le vécu d’une partie de l’expérience que le client vit.
Tout ceci, nous amène à des négociations intérieures qui nous feront prendre une décision d’agir ou de ne pas agir, de proposer ou de se taire, ou tout autre chose.
Etre attentif à ne pas réagir, à faire ce qu’Alfred Korzybski appelait « une pause sémantique », mettre de l’espace entre le message reçu et son propre message, s’il y a lieu. Et toujours se laisser plusieurs choix, répondre et alors de multiples manières, ou ne pas répondre, ou encore donner un délai à sa réponse…
La pleine écoute implique d’être conscient à de multiples niveaux, que l’on utilise le paradigme psychodynamique, cognitivo-comportementaliste, gestaltiste, systémique, socio-narratif ou d’autres.
Elle semble indispensable pour respecter le client, respecter sa demande, co-élaborer ensemble les séances.

Nicolas Koreicho
Quel titre, et quel défi, pour nous qui nous honorons d’avoir la meilleure écoute, c’est-à-dire la plus juste.
Pour cela, nous disposons en effet de notre regard, dans le sens naturel, de nos yeux qui à leur tour sont observés (attendus même), et dans le sens culturel, avec toute notre histoire personnelle et professionnelle.
A quelques moments, il est d’ailleurs bon que les regards s’abandonnent, dans la contemplation de l’autre, ou dans le vide d’un mur, d’un tableau, d’un velours, afin de laisser l’autre prendre sa liberté, remplir l’espace de ses yeux.
Nous disposons également de notre écoute, éminemment complexe et enchevêtrée dans les discours de l’autre, et dans nos propres discours intérieurs. La justesse et la stratégie d’accompagnement nous font jouer là un merveilleux rôle quasi tactile pour jouer et tourner dans nos discours qui se cherchent, s’exaltent, se résolvent, en émotions, en illuminations, en sanglots, en rires, en consolation et en rationalisation, toujours…
Nous devons demeurer scientifiques et analystes dans nos circonvolutions platoniques.
Cependant, il nous arrivera d’observer et de compléter notre vision (regard, écoute, compréhension) par tous ces moments qui font le sel de nos métiers, c’est-à-dire la chaleur ou la froideur du visage, la souplesse ou la raideur d’un corps, la manière dont la vie a sculpté une silhouette, lui a donné rythme, respiration, battement ou gestualité, l’odeur d’une personne, de son pays, de sa ville, de sa maison, de sa peau, du soin qu’elle a de son apparence, de la qualité de son énergie, défaite, subjuguée, à côté, ou prompte à bander l’arc de ce qu’elle a de conquête.
En effet, c’est ce que tu appelles les « négociations intérieures » et qui me paraissent être une des clés du bon professionnel, on doit là aussi être au plus juste de ce que l’on fait de ce qu’on ressent, de ce qui se tait et de ce qui se défait. Tout n’est pas à relever, à prendre, à renvoyer. L’analyse du transfert et du contre-transfert sont là pour nous y aider. Il faut prendre le temps de l’accueil, de l’interstice, du « je ne sais quoi et du presque rien ».
Dès lors, le respect se développera et s’imposera comme La qualité profonde et entière à restaurer et à nourrir sans cesse pour que, finalement, elle s’impose d’elle-même dans un paradigme analytique responsable.

Nicolas de Beer
Je prends au vol deux mots : complexité et respect.
Oui, honorer la complexité, baigner dans la complexité, écouter la complexité, respecter la complexité de l’humain, et d’autant plus la relation entre deux êtres. Accepter l’ambiguïté. Une écoute respectueuse ne cherchant pas à simplifier la parole de l’autre, la réduire, à l’appauvrir pour se simplifier la vie de praticien. Vivre et accepter le mystère. « Il est bien vrai que les gens gagnent à être connus. Ils y gagnent en mystère ». (Jean Paulhan)

Nicolas Koreicho
Je dirais, et comme c’est la Centième de la Newsletter du site de Médiat-coaching, que le thème intitulé par toi, Nicolas, « La pleine écoute », est non seulement important pour l’efficacité et l’éthique de nos métiers de l’accompagnement, mais qu’en outre ce thème est peut-être un de ceux qui reflètent le mieux les plus profonds malentendus de notre société.
En effet, ce que nous disent l’adolescent qui commet un geste violent envers son professeur, l’épouse qui fait disparaître son enfant, le militant qui promène son vote entre différents refus, et par respect pour notre démocratie, si complexe soit-elle, il faut apprendre (et enseigner) que l’on peut croiser le sauvageon tout puissant qui doit rencontrer la Loi, l’épouse délaissée qui doit saisir le bien fondé de la sanction, l’idéologue déçu qui doit subir pleinement le discours des urnes, que ceux-là n’ont pas été écoutés, et qu’il y a encore bien du mystère à connaître. Médiat a encore de beaux jours devant elle.

Nicolas de Beer – Nicolas Koreicho – Juin 2009 – Institut Français de Psychanalyse©

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Dialogue – I – L’écoute, une qualité

Nicolas Koreicho – Nicolas de Beer – Mai 2009

Dialogue entre un psy et un coach

I L’écoute, une qualité

Nicolas Koreicho
Bien loin de ce qui était pertinent à la fin du 19ème siècle à Vienne pour une société fonda-mentalement différente de la notre, culturellement et en complexité, je postule que tout est dans la présence non pas flottante mais constante et effective du thérapeute que repose la qualité de la psychothérapie. Dès lors, le bon psy est celui d’abord qui peut instaurer une forme de dialogue intime, sincère, adapté, serré, précis, attentif, bienveillant, profond, analysé transférentiellement.

Ces quelques lignes reflètent les plaintes des analysants et des patients vis-à-vis des psychanalystes neutres, absents, silencieux. D’abord de la part des gens ordinaires, mais il peut de plus en plus souvent s’agir de psychanalystes en formation qui ont été abusés trois fois par semaine pendant 10 ans, simplement pour être inscrits sur les annuaires de sociétés sectaires, d’écoles prestigieuses, d’associations lucratives pour les titulaires, dans lesquelles les notables, les copains et les coquins font leur beurre, qui écrivent des livres assertifs (ni démonstratifs, ni logiques, ni argumentés), n’ayant que peu de patients, ils ont le temps pour ça, mais qui soumettent et exploitent leurs quelques pairs nourriciers… à coup de règlements intérieurs, de statuts, de contraintes qui transpirent le mépris et l’absence de considération pour la vie, la vraie vie, celle des histoires des gens qui veulent être, à tous prix, considérés !

Je suis pour ma part celui vers qui l’on va après. Après avoir essuyé les absences… Celles de psychiatres iatrogènes, de psychologues sauveurs, de psychanalystes supposés savoir et appliqués à ne rien en dire… Ces patients, mes patients, se voient reprendre les grandes étapes de leur propre analyse pour les structurer enfin, les relativiser alors, les repenser sans honte à la lumière d’une psychopathologie clinique, pour remettre en perspective leurs véritables capacités à faire le bien, pour eux, et le moins de mal possible aux autres…

Ces lignes s’inscrivent contre une psychothérapie toute puissante et volontiers culpabilisante qui laisse dans le silence, qui n’argumente pas, qui n’explique pas, qui ne discute pas, en faveur d’une psychanalyse ou d’une psychothérapie analytique efficace et libératrice qui rend plus heureux et qui n’empêchent en aucun cas que se développent chacun des éléments constitutifs d’une psychanalyse, ou d’une psychothérapie analytique, réussie. Etre heureux ? Ce mot ne doit pas faire peur. Il est l’idée qui envoie les déçus de tous les « psys » vers nous. Aller mieux. Allez ! Mieux ?
Et du côté des coaches, comment ça marche ?

Nicolas De Beer
Qu’est-ce que l’écoute, à quoi ça sert dans la relation d’aide ? Dans le coaching ?
C’est une question que nous pouvons nous poser. En effet c’est un concept tellement acquis, tellement évident, une qualité tellement nécessaire, qu’il serait peut-être temps de dépoussiérer, voire de remettre « en questions » cette vaste et floue qualité. Remettre en question veut simplement dire, se poser des questions à ce propos et non remettre en question le fait qu’écouter doive exister !

Souvent nous entendons de la part de personnes qui viennent nous voir pour apprendre le métier, l’écoute est une qualité essentielle. Certes ! Mais laquelle ?
L’écoute flottante, l’écoute active, l’écoute tournée vers le praticien, l’écoute tournée vers le client ? La double écoute ? Poser un silence ?

L’écoute tournée vers le praticien est une écoute orientée vers « le besoin d’information » en vue de décoder, diagnostiquer, avoir une représentation du client ou de son problème. Les questions vont alors aller dans ce sens : « Dites m’en plus à ce propos » … C’est une écoute qui cherche à des fils pour remplir les trous de la tapisserie, de trouver une ou plusieurs pièces du puzzle dans l’objectif de qualifier, caractériser voir classifier le client. C’est en quelque sorte, une curiosité tournée vers soi.

L’écoute tournée vers le client, est une écoute faite de curiosité, d’attention au récit de l’autre, à la découverte de sa différence. Donc, en tant que praticien, je ne raccroche pas mon client vers le connu, mais je le distingue. Mes questions vont avoir pour objectif de le faire travailler pas de m’aider à comprendre. Ce sont des questions-tâches. « Quand vous me dites cela, qu’être-vous en train de me dire ? » « Racontez-moi une histoire ou ça c’est passé différemment de cette fois ? Comment cela se passe-t-il quand le problème n’apparaît pas ? » …
Alors écouter, oui. Mais écouter quoi ? Et jusqu’à quand ? L’information qui augmente le savoir du praticien, écouter afin de parler, de poser une question qui aidera le client à relier des idées, des concepts, des événements ?

Et puis, une autre option souvent bien utile, c’est l’écoute remplacée parfois par le silence posé. Le silence extérieur et intérieur. Soudain, au coin d’un propos, je pose un silence. Ce n’est pas un silence gêné, un silence hésitant, un silence venu parce qu’on ne sait pas quoi faire, pas qui être. Celui qui surgit de ces circonstances marque possiblement une attitude peu professionnelle.
Dans le silence posé, nous sommes dans un espace fort différent de « l’écoute ». C’est une intervention, un silence actif, un espace concave, un espace d’accueil, un lieu de libre pensée pour le client, un temps où le client chemine, monologue, agit, surgit.

Nicolas Koreicho – Nicolas de Beer – Mai 2009 – Institut Français de Psychanalyse©

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Dialogues – Intégrisme, intégrité

Nicolas Koreicho – Isabelle Laplante – Nicolas de Beer – Avril 2009

Dialogue entre un psy et deux coaches

« Qui a le goût de l’absolu renonce par là au bonheur. »
Aragon

Intégrisme, intégrité

Nicolas Koreicho
Tu souhaitais que l’on différencie Intégrité et Intégrisme. Voilà qui nous fait passer de l’intégrité, c’est-à-dire ce qui est intact, entier, « droit dans ses bottes », la probité, voire l’irréprochabilité, à l’intégrisme, c’est-à-dire la soumission à une vieille doctrine d’étroite observance, la tradition, (à l’origine une subordination de l’Etat à l’Eglise), l’opposition au moderne, bref, toute forme d’obscurantisme.
Dans les métiers de l’accompagnement, il s’agit donc :
– pour ce qui est de la métapsychologie, d’œuvrer pour l’intégrité, de permettre que le patient puisse redevenir intègre, ce qui ne va pas de soi, compte tenu de la place de l’Autre dans les processus d’évolution de la personnalité : « L’enfer c’est l’autre », et il faut devenir soi-même comme le disait l’ami Nietzsche, dans toute son estime et sa confiance de soi retrouvées. L’intégrité du professionnel n’est pas en question, dès lors qu’il se situe dans une forme actuelle de l’éthique, approfondie de la technique, et qu’il est allé jusqu’aux termes d’un travail sur soi réussi.
– pour ce qui est du coaching, les conditions d’exercice de son intégrité sont les mêmes, puisqu’il s’agit pour lui, non plus de permettre l’autonomie, mais de la considérer comme une condition sine qua non de l’action et de la réflexion de son client. Son intégrité à lui serait de ne pas trop laisser parler son envie de délivrer une solution qui mettrait son patient dans une position de soumission à l’autre.
Pour le psy et le coach, il est question facilement d’intégrisme, dans la mesure où la tentation est grande de remplacer les éléments non complètement identifiés dans un travail sur soi qui ne serait pas mené soigneusement et régulièrement (grâce à l’analyse des processus relationnels spécifiques dans les définitions personnelles intersubjectives et inconscientes, et grâce aux remises en question dont ils sont – et tant mieux – les objets) par une doctrine, une grille, un gourou, une école, une association où les maîtres à penser se sont réfugiés dans la position de conserver (coûte que coûte : c’est le cas de le dire) leur forteresse dans un discours inextinguible, exemptés de remise en question dès lors qu’ils sont arrivés. Leur sécurité (sociale) les fait passer avant celle de leurs patients et de leurs clients.
Dis-moi dans quelle madrasa tu as fait tes classes et je te dirai qui tu es.
Les deux métiers, psy et coach, se rejoignent dans la nécessité de favoriser l’autonomie de la personne, selon deux acceptions différentes et toutes deux respectables de l’éthique.
Bon. Je vais courir pour sauvegarder mon intégrité physique au présent, en observant les intégristes du jogging lutter contre le temps passé !

Isabelle Laplante
J’ai envie de m’inclure dans votre conversation, car elle résonne. Quand je pense à l’intégrité, j’entends se décliner sa famille sémantique, intègre, intégrer, intégration, et son anti-famille, intégrisme.
A mon sens l’intégrité relève d’un processus d’unification (l’intact, l’entier, comme tu le dis Nicolas), d’harmonie. Une femme intègre (et un homme aussi, d’ailleurs) est fidèle à l’éthique, loyale à ses principes et engagements de vie, respectueuse de ses valeurs et de ce qui est précieux pour elle/lui. Elle/il est dans une dynamique d’inclusion, d’intégration de la pensée, de l’affect. Intègre serait être un, intégré serait être uni.
J’oppose l’intégrisme à l’intégrité en ce sens qu’il me semble relever d’un processus d’unification pervertie, c’est-à-dire d’un principe d’exclusion. Un homme intégriste (et une femme aussi d’ailleurs) prêche une morale reposant sur le rejet de toute proposition différente. Il/elle n’est pas animé par la loyauté, mais enkysté, sclérosé, et se révolte contre ceux qui ne pensent pas ou ne ressentent pas comme lui. L’intégrisme mène à la désintégration.

Ainsi, sous la même apparence de recherche de l’entier, du « un », l’intègre est dans un mouvement « aller vers » (vers les valeurs qui le portent) et l’intégriste est dans un mouvement « éviter de » (éviter les anti-valeurs qu’il refuse). Avec pour résultat l’intégration pour l’un et la désintégration pour l’autre.
L’intègre propose le dialogue, garantie d’une fertilisation croisée –c’est de la rencontre que l’émergence de nouveauté peut jaillir– et l’intégriste impose la soumission à sa loi –la rencontre lui est une menace pour exactement la même raison– avec violences pour ceux qui voudraient en discuter.
Alors, le coach et le psy dans tout ça ? Moi, j’en ai rencontré des deux bords. Mais, dans toutes les familles, il y a des voyous aussi.

Nicolas de Beer
Je mets mon grain de sel, je prendrai l’intégrité ici dans le sens : « l’intégralité de soi ». Alors cela voudrait-il dire que l’on ne fait pas un accompagnement « à moitié », ou encore avec une seule partie de soi ? Que l’on s’investit auprès du client ? « Utilisant » certaines démarches, approches, certains pourraient croire qu’il est possible de n’intervenir qu’avec des outils, grilles, classifications. S’il est parfois pertinent d’utiliser ces outils, grilles… ce n’est pas à la place de… mais comme complémentarité, comme une aide possible, en plus de l’indispensable : la connaissance de ses limites en lien avec la demande du client, la posture adaptée, la capacité d’accompagner avec sa personne entièrement, un travail étoffé sur soi et sur le soi praticien.
Et, l’intégrité se pratique dans un contexte précis, accompagné du respect en lien avec l’autre. Le professionnel intègre serait en vigilance dans un contexte partagé avec son client, et est bien délimité par ses compétences. Elle ne peut s’envisager dans l’absolu. Alors peut-être doit-elle se manifester par le respect du client et le respect de soi, la tolérance à l’autre et à soi, partager une éthique. L’éthique régule, tempère ; ce sont des règles que l’on va choisir pour mieux vivre ensemble.
Par ailleurs, l’intégrité accueille le doute, la critique la remise en question. Ethique, intégrité, vont bien ensemble.

Au contraire, l’intégrisme est intolérant, affirmatif sur ses savoirs, n’a pas de doutes, veut séduire, voire conquérir, n’a pas de limites, utilise tous les moyens. Séducteur et/ou répressif, son objectif : rassembler pour convaincre plus de monde, être complimenté, voire admiré ou/et craint. La critique n’est pas de mise.
L’intégrisme est ambiant, subreptice, feutré de nos jours en Occident. Oui, je suis d’accord, c’est une doctrine, des idées reçues, des théories incontestables sur la relation, sur les clients. Elle a quitté l’Eglise pour se réfugier aussi dans la société civile. Combien de couleuvres avalons-nous ? Combien de vérités toutes faites, d’idées reçues ? Comme de croire que certains clients viennent nous voir et n’ont pas vraiment envie de s’en sortir, ou qu’on serait capable de les changer, ou que telle hypothèse de travail est passé au statut de vérité. Tomber amoureux de sa théorie au point de la croire vraie peut amener à de l’intégrisme ? Pas toujours, mais possiblement. Les modernes en sont souvent capables tels ceux qui pensent que la recherche de la vérité est nécessaire, « la solution économique » sera trouvée un jour, la vitesse est inéluctable, ainsi que la performance, la réussite ou … Tous ces enjeux que nous n’avons pas choisi et qui nous poussent habillement vers un intégrisme envers soi. Les normes imposées seraient-elles de cette nature ? Les modernes ne sont-ils pas tombés amoureux de leur voie unique, la recherche de la solution, de la vérité. Convaincre même par la force que la pensée occidentale est la meilleure, voire la seule ?

Responsables d’une école, nous sommes évidemment vigilants à notre travail et à notre position. Bien conscients des risques d’imposer, nous pensons nécessaire d’avoir un espace théorique suffisamment large pour éviter de se laisser séduire par une seule démarche spécifique quelle soit scientifique, philosophique, thérapeutique. Vigilants à prioriser éthique et pratique sur les théories et concepts, les démarches seront vérifiées en rapport à la pertinence, au fait qu’elles soient actionnables et donnent des résultats chez celles et ceux qui viennent se former.
Quant à l’outil, le dogme, la grille, la classification, ils sont au coin de la rue. Au-delà de l’étique et de l’intégrité, l’autonomie de penser, s’autoriser à penser différemment de la pensée dominante, être attentifs à prioriser l’autonomie du client, voilà d’autres attentions nécessaires, que nous soyons psy ou coachs.

Nicolas Koreicho
Je trouve très pertinent le balancé que fait Isabelle entre l’intégrisme et la désintégration. On touche là à l’intégration de la politique dans la personne elle-même et à ce qu’elle fait de ses convictions. Ce qui est à relever ici, c’est l’idée que le geste, le mouvement, l’effectivité du propos révèle l’homme même. Celui qui, pour défendre une idée, vilipende, critique, détruit, ne démontre en fait d’idée que son agressivité, sa violence, son incomplétude, l’absence de travail sur soi.
Par conséquent, en ce qu’il fait violence à l’autre, à l’éthique du respect de la pensée de l’autre, l’intégriste impose la soumission non pas à une loi, mais à l’absence de loi, puisque la justice ne s’y trouve pas : une loi injuste ne saurait être légitime bien longtemps.

Pertinente également, Nicolas, l’idée selon laquelle on ne doit pas faire les choses à moitié : Le psy qui ne moufte pas, enfermé dans un dogme obsolète et nuisible, le coach qui ne donne pas un conseil, emmitouflé dans une certitude confortable et facile.
Bref tout enfermement est une régression, pour soi comme pour l’autre. A ce titre, l’intégrisme ne veut pas séduire, il veut soumettre, ce qui est son inverse. La séduction oriente, incline, suggère, alors que l’intégrisme impose, détourne, pervertit. La séduction propose, construit, fait exister, cependant que l’intégrisme impose, détruit, anéantit.
Rien de tout cela dans nos démocraties ? C’est pourtant là où règnent les maîtres à penser, les sommités auto proclamées, les people de la superficialité et de l’imposition de leur image. Et en effet, si le dogme est au coin de la rue, il est peut-être deux ou trois principes qui peuvent désacraliser l’autonomie, notion complexe, aléatoire et subjective : c’est par exemple le bien être, le bien vivre, le libre arbitre, la parole libérée, etc. … Cependant, le laisse émerger les associations qui peuvent naître de la belle métaphore d’un qui vient d’entrer dans la cour des grands : « Aux dirigeants de la planète qui sèment le conflit et rejettent la responsabilité de leurs maux sur l’Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous avez bâti et non sur ce que vous avez détruit. » (Discours d’investiture, Barack H. Obama. 20 janvier 2009).

Nicolas Koreicho – Isabelle Laplante – Nicolas de Beer – Avril 2009 – Institut Français de Psychanalyse©

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